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Charbonneau: un commerçant relate les incendies criminels à ses entreprises

10/09/2013 10:55 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Devant la Commission Charbonneau, mardi, Jocelyn Anctil, un important propriétaire de quincailleries et usines de matériaux de construction en Estrie, a relaté que ses commerces ont été frappés par une série d'incendies criminels en 2009 et 2010.

Le commerçant, qui emploie maintenant 600 personnes, vendait notamment des ponceaux de plastique, qui servent au drainage de terrains. Et ce sont ses réserves de ponceaux qui étaient visées par des incendies criminels.

Il avait entendu dire que ses compétiteurs qui vendaient des ponceaux avaient également été victimes d'incendies criminels dans la région.

Très vite, il a reçu des informations pointant vers un dénommé Ray Coulombe, un compétiteur relié à Les Ponceaux de l'Estrie. Ses sources lui disaient que son compétiteur lui en voulait de remporter les appels d'offres et de prendre de l'essor. L'homme est aujourd'hui décédé.

«Mes clients excavateurs m'ont dit: ne cherche pas, il t'en veut, il n'est pas content», a rapporté le témoin. «J'ai eu au moins cinq témoignages» à cet effet.

Les répercussions de cette vague d'incendies criminels ont été importantes pour l'entreprise familiale de M. Anctil. Il a essuyé une larme en relatant à la commission le stress vécu, les nuits passées dans un véhicule à surveiller ses commerces, l'embauche d'un détective privé, l'embauche de gardiens de sécurité, les tensions avec sa compagnie d'assurances.

Il a estimé avoir abandonné 457 000 $ de ventes potentielles, soit parce qu'il s'est abstenu de déposer une soumission, soit parce qu'il a intentionnellement déposé une soumission à un prix trop élevé, de peur de remporter l'appel d'offres, a-t-il raconté.

Il a également perdu deux vendeurs, à qui il disait de ne plus soumissionner. Il a estimé ses pertes totales à 800 000 $ ou 900 000 $, sans compter ce que sa compagnie d'assurances lui a remboursé.

«Comme la famille, on vit tous dans l'entreprise et que chacun s'occupe d'une des entreprises, on vivait ce stress-là tout le monde en même temps. Un moment donné, on s'est dit 'est-ce que ça vaut la peine de vivre ça, de vivre un stress comme ça?' C'était effrayant!» s'est exclamé M. Anctil.

«Avec tous les problèmes que ça nous encourt... Est-ce que ça vaut la peine de se battre pour des ponceaux? On était près de faire ça: abandonner la vente de ponceaux», a-t-il rapporté.

Ces ponceaux représentaient deux pour cent de son chiffre d'affaires.

Ses suggestions

L'homme d'affaires a confié à la Commission Charbonneau que les commerçants comme lui était peu équipés pour faire face à de telles situations.

Il a formulé deux suggestions pour y pallier, dont une mesure qui s'inspirerait de la Loi sur les arrangements avec les créanciers de compagnies et qui protégerait un entrepreneur ou commerçant victime d'intimidation contre le refus d'un assureur de renouveler une police d'assurance.

«Vous voudriez un cadre réglementaire qui ferait en sorte que quand il est prouvé que vous êtes victime d'intimidation de ce genre-là, vos assureurs ne peuvent pas vous menacer de s'en aller, là. Ils doivent rester là pour continuer à vous assurer?» a résumé le commissaire Renaud Lachance. M. Anctil a acquiescé.

M. Anctil a aussi proposé la constitution d'un fonds pour l'aide psychologique, juridique et financière des entrepreneurs et commerçants qui vivent de telles situations.

À la fin de son témoignage, la juge France Charbonneau l'a remercié. «Vous avez fait preuve de beaucoup de courage», lui a-t-elle lancé, notant la solidarité de sa famille, aussi engagée dans l'entreprise.

Après, la commission a poursuivi ses audiences en non-publication, comme prévu. Elle a maintenant entendu quatre des huit témoins qu'elle doit entendre sans que les médias puissent rapporter leurs propos. La commission doit en effet veiller à protéger la preuve dans les procès à venir et ces témoins doivent être appelés à la barre lors de prochains procès.

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