POLITIQUE

Des publicités négatives pour contrer Justin Trudeau? Thomas Mulcair dévoile sa stratégie

09/09/2013 05:15 EDT | Actualisé 09/11/2013 05:12 EST
PC

Le chef du NPD Thomas Mulcair croit que son parti devra diffuser des publicités négatives pour contrer le Parti libéral lors de la prochaine campagne électorale.

Dans une longue entrevue accordée au Huffington Post en vue de la réunion du caucus prévue pour lundi à Saskatoon, M. Mulcair affirme avoir tiré des leçons de la défaite d’Adrian Dix en Colombie-Britannique. Le candidat néo-démocrate avait pourtant une confortable avance dans les sondages.

Le défi du NPD sera de convaincre les Canadiens avides de changement que les libéraux ne sont pas une option valable à gauche et que Justin Trudeau manque d’expérience par rapport à Thomas Mulcair.

« L’échec des néo-démocrates de Colombie-Britannique s’explique en partie par leur campagne trop positive », déplore M. Mulcair. « Chaque fois qu’ils ont voulu critiquer leurs adversaires, ils se sont fait dire qu’ils n’étaient pas assez positifs. »

« Il y a une grande différence entre éviter les attaques mesquines et refuser de tenir un débat corsé qui permettrait de mieux distinguer deux options », précise-t-il.

« Il faut dire à la fois pourquoi appuyer le NPD, et pourquoi ne pas voter pour l’adversaire. »

Toutefois, M. Mulcair ne dit pas quand les publicités du NPD fédéral entreront en ondes. Selon lui, les néo-démocrates n’ont pas l’habitude de recourir à des publicités négatives. De plus, il n’a jamais été question de produire des messages similaires à ceux que le Parti conservateur a diffusés après l’élection de M. Mulcair au poste de chef ou à ceux qui ont tenté de dénigrer Justin Trudeau.

En fait, M. Mulcair tient surtout à rappeler que le Parti libéral est le parti des promesses brisées : « Allez à la Bibliothèque du Parlement, consultez le Livre rouge [la plate-forme électorale du PLC en 1993], puis lisez la section qui promet l’abandon de la TPS. Ensuite, faites jouer l’enregistrement de [Jean] Chrétien qui demande en riant : “Vous nous avez réellement pris au sérieux?” »

« C’est de ces promesses brisées que nous souhaitons parler. Vous voulez du changement? Alors il est temps d’appuyer le NPD et de voter pour des mesures que vous obtiendrez vraiment. »

Thomas Mulcair entend passer les deux prochaines années à démontrer que le NPD constitue une véritable alternative : « Les Canadiens ne sont pas obligés de rester coincés avec Stephen Harper, ni de retourner aux libéraux qui sont passés maîtres dans l’art de dire aux gens ce qu’ils veulent bien entendre pour ensuite faire à leur guise. »

« Le PLC a promis de s’attaquer aux problèmes des Premières nations et d’instaurer un programme national de garderies mais n’a rien fait en ce sens. Ce parti a signé le Protocole de Kyoto à des fins de relations publiques sans avoir l’intention d’y donner suite. »

Justin Trudeau passé sous silence

Thomas Mulcair évite soigneusement de prononcer le nom « Justin Trudeau » au complet – bien qu’il mentionne « M. Trudeau » à l’occasion et utilise plus fréquemment le terme « chef libéral ». Cette entrevue de deux heures et demie démontre tout de même l’importance qu’il accorde à cet adversaire.

« Vous avez probablement remarqué que je ne mentionne jamais son nom », reconnaît-il. « Je préfère parler du Parti libéral en tant que structure. Le passé étant garant de l’avenir, je crois que cette formation continuera à agir comme elle l’a toujours fait. Je ne vois aucun changement chez les gens qui prennent les décisions. Je ne vois aucun changement dans leurs faits et gestes. »

Pour le chef néo-démocrate, la politique est l’art de traiter l’information : « Si vous n’y parvenez pas, vous devez vous fier à la perception des autres. Voilà en quoi mon expérience peut être utile. Ça fait un bon bout de temps que je suis là. »

M. Mulcair fait bien entendu référence à ses trois décennies d’expérience à titre d’avocat, de fonctionnaire et de ministre provincial – un parcours qui se compare avantageusement aux cinq ans d’enseignement et cinq ans de politique active de Justin Trudeau.

M. Mulcair n’hésite pas à dire du bien de Stephen Harper, qu’il qualifie de « bourreau de travail très déterminé et bien structuré », mais refuse de dire quoi que ce soit de positif au sujet de son opposant libéral : « J’en sais très peu au sujet de M. Trudeau, je n’ai jamais travaillé avec lui. Il est venu à la Chambre des Communes de manière sporadique. Les quelques interventions que j’ai entendues de sa part étaient peu mémorables. »

« Il a peu d’accomplissements professionnels à son actif. Je suis toujours surpris lorsqu’on le présente comme un jeune chef alors qu’il aura 44 ans à la prochaine élection... » affirme-t-il avant de prendre une pause, conscient d’accorder trop d’attention à celui qu’il refuse de nommer.

« En tout cas, il a 41 ou 42 ans en ce moment? Je ne sais pas son âge précis », ajoute tout de même M. Mulcair. « Tout dépend de ce que vous avez accompli dans votre vie. J’ai pour ma part 35 ans d’expérience en administration publique. À son âge, j’étais déjà député à l’Assemblée nationale, après avoir passé six ans à l’Office des professions puis travaillé comme procureur au ministère de la Justice du Québec. Nous avons un parcours professionnel différent. Je suis né dans une famille de 10 enfants. Personne ne m’a rien donné, j’ai dû lutter pour faire mon chemin. Notre passé est donc très différent à cet égard aussi. »

Inverser des sondages défavorables

Les libéraux dominent les sondages depuis que Justin Trudeau est aux commandes du parti. Ils se classent bons premiers dans presque toutes les régions du pays, y compris au Québec, où le NPD détient 57 de ses 100 sièges actuels au Canada (et donc aussi 57 des 75 circonscriptions fédérales de la province). Thomas Mulcair n’arrive pas à inverser la tendance favorable aux libéraux, bien que les observateurs voient d’un bon œil sa performance aux Communes ce printemps. Il demeure tout de même optimiste, soulignant que l’appui à sa formation surpasse la tendance historique et demeure élevé au Québec.

« N’oubliez pas, ces mêmes firmes de sondages classaient notre parti au quatrième rang en 2011, y compris au Québec. Je prends toujours les sondages avec un grain de sel et je sais exactement ce que je dois faire. »

M. Mulcair prédit que l’élection de 2015 sera « une bataille épique » opposant deux visions du pays, c’est-à-dire une vision à la fois néoconservatrice et néolibérale visant à réduire le rôle de l’État, et une vision plus interventionniste visant à protéger le mieux possible les services publics.

Le NPD proposera des mesures concrètes se comparant avantageusement aux promesses brisées des libéraux.

« Ce que nous proposons est de rendre la vie quotidienne des gens plus abordable », précise M. Mulcair.

Un gouvernement NPD exigera que les cartes de crédit soient émises « à un taux d’intérêt raisonnable ». Il augmentera le financement fédéral de l’éducation postsecondaire et de l’éducation des Premières nations, et collaborera avec les provinces pour établir un régime universel de garderies et d’assurance médicaments. Il consultera les gouvernements provinciaux deux fois par année pour s’assurer que ses promesses sont tenues.

En route vers l’élection de 2015

Le chef néo-démocrate a la ferme intention de former le prochain gouvernement et a déjà pris des mesures pour y parvenir.

« Notre défi des deux prochaines années est de consolider l’assise du NPD dans chaque circonscription. Nos députés font un travail formidable et en sont très heureux. Le membership est en hausse, nos associations locales sont fortes et la collecte de fonds va bon train. De plus, nous travaillons activement à définir notre programme. »

M. Mulcair tient également à démontrer que le NPD est le seul parti capable de former un gouvernement. À cet effet, il prévoit mettre de l’avant ses députés les plus expérimentés, dont David Christopherson, Libby Davies et Megan Leslie. Il souhaite promouvoir le NPD comme un parti de principes, digne de confiance et capable de bien gérer les affaires de l’État.

« Durant la plus grande partie de son histoire, le NPD a été la conscience du Canada au Parlement », nous rappelle-t-il avant d’insister de nouveau sur l’importance de constituer une alternative crédible.

« Une administration publique compétente et fiable ferait un slogan électoral ennuyeux. Mais de fait, nous voulons effectuer des changements en douceur et devons trouver un moyen de bien communiquer cette idée. »

Faire accepter le principe pollueur-payeur fait partie du défi.

« Les gens comprendront », insiste-t-il. « Notre réglementation favorisant les énergies renouvelables ne sera pas incompatible avec l’extraction des ressources naturelles. Elle évitera tout simplement aux générations futures d’assumer le coût de la dévastation environnementale. »

En appuyant le libre-échange avec la Jordanie ce printemps, Thomas Mulcair a confirmé le glissement de son parti vers le centre de l’échiquier politique. Le chef néo-démocrate demeure toutefois opposé au libre-échange avec la Chine et à la vente de Nexen à des intérêts chinois. Contrairement au chef libéral, il n’appuiera aucun traité commercial avec des pays dépourvus de règle de droit, de normes du travail et de lois environnementales.

Et malgré tout le brouhaha au sujet de Justin Trudeau, M. Mulcair croit que son principal opposant en 2015 sera Stephen Harper. Visant une majorité au Parlement, il se dit prêt à collaborer avec les autres partis intéressés en cas de gouvernement minoritaire.

Bien qu’il soit trop tôt pour savoir quel sera le thème dominant de l’élection, M. Mulcair est convaincu que les électeurs seront fatigués de Stephen Harper. Le Parti libéral et le NPD tenteront tous deux de faire valoir qu’ils sont le camp du changement. Or le changement promis par le NPD serait plus crédible, puisqu’il repose sur le leadership et l’expérience de son chef. Le dernier congrès néo-démocrate, tenu à Montréal au printemps, a déjà commencé à insister sur cette idée.

« Tout repose sur notre leadership et notre expérience. Je crois que nous avons fait nos preuves de manière très concrète. Notre capacité à diriger n’est pas une question d’opinion, elle repose sur des faits », conclut-il.

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