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Nigeria: Shell négociera avec des villageois après deux importants déversements

09/09/2013 04:58 EDT | Actualisé 09/11/2013 05:12 EST

LAGOS, Nigeria - Des responsables de la pétrolière Shell ont entamé des négociations lundi avec une communauté de Port Harcourt, dans le sud Nigeria, pour discuter de mesures compensatoires et de nettoyage, cinq ans après l'un des pires déversements pétroliers de l'histoire du pays.

Certains experts estiment que deux fuites ayant débuté en 2008 ont mené à la plus grande perte de mangroves jamais provoquée par un déversement de pétrole, affectant quelque 30 000 personnes vivant dans le delta du Niger, selon la firme d'avocats britannique Leigh Day.

«Ces gens, certains depuis 2008, vivent dans une baie de pétrole. Vous sortez de chez vous, vous voyez du pétrole, vous respirez du pétrole et des émanations toxiques», a déclaré l'avocat Daniel Leader. Leigh Day représente environ 15 000 personnes de la communauté Bodo qui ont déposé une poursuite en 2012.

Bien que Shell ait admis sa responsabilité pour les deux déversements, l'impact est contesté et sera le principal point des négociations à Port Harcourt.

La pétrolière affirme qu'une enquête commune a permis d'estimer que 4100 barils de brut ont été perdus lors des deux fuites. Cette estimation s'appuie sur les enquêtes initiales de représentants de l'entreprise et de la communauté locale, a précisé à l'Associated Press le porte-parole Jonathan French.

Il a toutefois indiqué que la compensation «sera basée sur les pertes financières en raison du déversement».

Leigh Day soutient que 15 000 pêcheurs et 31 000 habitants de 35 villages ont été affectés dans le lagon Bodo, ses environs et ses affluents. Des experts indépendants évaluent que de 500 000 à 600 000 barils de pétrole ont été déversés, dévastant 90 kilomètres carrés de mangroves, de marécages et de canaux, précise le cabinet d'avocats.

«La majorité des habitants sont des pêcheurs et des agriculteurs de subsistance. Jusqu'aux deux déversements de 2008, Bodo était une ville relativement prospère grâce à la pêche», a dit le cabinet dans un communiqué. Ces fuites ont détruit l'industrie de la pêche et l'environnement, affirme le cabinet.

«Ces communautés reçoivent encore des livraisons d'eau, mais le système est déficient, et nous craignons que plusieurs d'entre elles boivent à partir de puits empoisonnés», a mentionné Me Leader.

Le porte-parole de Shell croit quant à lui que ces estimations sont très élevées, précisant que l'entreprise n'a pas eu accès à la région pour entamer le nettoyage. Shell attribue la majorité des fuites pétrolières de la région à des attaques de militants ou à des pilleurs perçant des oléoducs pour voler du pétrole afin de le revendre sur le marché noir.

Le Nigeria, l'un des principaux exportateurs de brut à destination des États-Unis, oblige les entreprises à nettoyer rapidement les déversements de pétrole, mais cette politique n'est pas respectée.

Les deux parties disent avoir bon espoir de s'entendre d'ici la fin de la semaine.

Personne n'a voulu parler d'une éventuelle somme compensatoire. Le quotidien britannique «The Guardian» mentionne que Shell pourrait offrir environ 20 millions $ US, alors que les villageois réclament 200 millions $ US.

Les communautés locales demeurent largement hostiles à Shell et aux autres pétrolières en raison des dégâts environnementaux. Selon certains environnementalistes, jusqu'à 13 095 238 barils de pétrole se seraient écoulés dans le delta du Niger pendant les quelque 50 ans d'activité de Shell au Nigeria.

Les Nations unies ont recommandé que l'industrie pétrolière et le gouvernement nigérian mettent sur pied un fonds, avec une somme initiale de 1 milliard $ US, pour entamer ce qui pourrait être un mandat de nettoyage et de restauration de la région s'étalant sur 30 ans.

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