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Le surdiagnostic, le surtraitement et des lacunes dans la coordination des soins

09/09/2013 05:14 EDT | Actualisé 09/11/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Cinq milliards. Ce chiffre représente le coût des problèmes de surdiagnostic, de surtraitement et des lacunes dans la coordination des soins. Une somme considérable, perdue dans le système de santé au Canada. Une situation qui traverse les frontières.

L'Association médicale du Québec (AMQ) avait publié ces données en avril dernier et quelques mois plus tard, cette dilapidation des ressources se traduit par une grande conférence, «Preventing overdiagnosis», aux États-Unis.

Des associations de médecins, d'établissements de santé, des pharmaciens et d'infirmiers du Canada, des États-Unis, de l'Australie et du Royaume-Uni convergent jusqu'à jeudi à Hanover, au New Hampshire, pour tenter de prévenir ces dépenses évitables et repenser la prestation des soins.

Des études citées par l'AMQ soutiennent que tant aux États-Unis qu'au Canada, entre 18 et 35 pour cent des gestes et actes médicaux sont effectués sans véritable valeur ajoutée pour les soins. En éliminant plusieurs de ces tâches, l'Association croit qu'il serait possible de dégager des sommes considérables qui seraient bénéfiques ailleurs dans l'appareil médical.

Le président de l'AMQ, le docteur Normand Marcoux, cite par exemple certaines expertises radiologiques ou certains types d'examens, fréquemment demandés, mais qui ne sont pas toujours nécessaires pour poser un diagnostic. Ces examens sont coûteux et engorgent le réseau médical, sans justification.

L'évolution des techniques médicales explique en partie ce phénomène qui se traduit par des doublons de diagnostics. À titre d'exemple, l'imagerie médicale n'a pas à être systématiquement précédée d'une radiographie de la colonne vertébrale pour des douleurs lombaires. L'imagerie fournira toutes les informations et la radiographie devient alors bien accessoire.

Mais la faute n'incombe pas qu'aux médecins. Des patients eux-mêmes réclament parfois des soins et insistent pour obtenir des traitements qui ne sont pas toujours essentiels au maintien d'une bonne santé.

«Les attentes des patients ont aussi un rôle à jouer. Les patients sont plus informés, naviguent sur Internet et réclament des examens. Le médecin, qui répond positivement à la demande de son patient, emboîte le pas au surdiagnostic», explique le docteur Marcoux.

Il précise que l'objectif n'est pas de soustraire des soins ni de minimiser les actes médicaux essentiels. Il croit au contraire qu'une meilleure optimisation des ressources permettrait de mieux servir les patients, libérer des ressources humaines et augmenter l'accès aux soins.

«L'inflation des soins de santé avec les nouvelles technologies fait en sorte qu'ils sont de plus en plus coûteux, donc il faut les employer à bon escient», souligne le médecin.

Le président de l'AMQ estime qu'il faudra sensibiliser tout le monde, tant le personnel médical que les patients.

«Le premier pas, c'est la conscientisation au fait que certains gestes que l'on pose ne sont pas tous nécessaires et contribuent davantage au gaspillage qu'au bon diagnostic», insiste-t-il.

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