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La NSA pourrait résoudre le mystère de la mort d'un secrétaire général de l'ONU

09/09/2013 03:00 EDT | Actualisé 09/11/2013 05:12 EST

LONDRES - L'agence américaine de sécurité nationale pourrait détenir des preuves essentielles à propos de l'un des plus importants mystères jamais résolus de la guerre froide: la cause d'un écrasement d'avion survenu en 1961, lors duquel le secrétaire général des Nations unies Dag Hammarskjold a été tué, a affirmé une commission de juristes lundi.

Largement considéré comme étant le secrétaire général le plus efficace de l'histoire de l'ONU, M. Hammarskjold est mort alors qu'il tentait de rétablir la paix au Congo, nouvellement indépendant.

La rumeur court depuis longtemps que son avion DC-6 a été abattu, et une commission indépendante mise sur pied pour évaluer de nouvelles preuves entourant sa mort a recommandé lundi une nouvelle enquête, en citant des transmissions radio interceptées par la National Security Agency (NSA) comme une clé possible pour résoudre l'affaire.

«La seule copie fiable du trafic radio, s'il en existe une, serait entre les mains de la NSA», a déclaré le président de la commission, Stephen Sedley, dans l'introduction de son rapport. «Si [cet enregistrement] existe, cela confirmera ou infirmera l'affirmation voulant que le DC-6 ait essuyé un tir ou ait été menacé immédiatement avant sa descente.»

L'avion de M. Hammarskjold s'est écrasé le 17 septembre 1961, terminant sa course dans une zone boisée à proximité de l'aéroport de Ndola, dans l'actuelle Zambie. Une série de questions demeurées sans réponse à propos de l'accident a mené à une pléthore de théories de la conspiration.

Parmi celles-ci, pourquoi a-t-il fallu 15 heures pour trouver l'épave, à quelques kilomètres seulement de l'aéroport? Pourquoi le garde du corps du secrétaire général, qui a survécu pendant quelques jours, a-t-il dit que l'avion avait «explosé»? Pourquoi des témoins ont-ils déclaré avoir vu des étincelles, des éclairs, ou même un autre avion?

M. Hammarskjold volait vers une zone de guerre infestée de mercenaires et traversée par des tensions liées à la guerre froide. Le Congo a obtenu son indépendance de la Belgique en 1960, mais des multinationales étrangères convoitaient ses vastes ressources minières, et le pays a été grevé par une insurrection appuyée par l'Occident au Katanga, qui abritait des intérêts miniers appartenant aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à la Belgique. Ceux-ci luttaient également pour contrer l'influence de l'Union soviétique, qui tentait de répandre le communisme dans les pays africains nouvellement indépendants.

Les quatre pays avaient des pions sur l'échiquier congolais, et tous ont été qualifiés de suspects potentiels dans la mort du secrétaire général.

Trois enquêtes sur la tragédie n'ont pas permis de résoudre la question de façon satisfaisante. La publication de «Who Killed Hammarskjold» en 2011 par Susan Williams a relancé les spéculations, entre autres en raison de l'utilisation de témoignages ignorés par les précédentes enquêtes.

Des témoins zambiens ont révélé à Mme Williams avoir vu un brillant éclair, ou un petit avion poursuivant celui de M. Hammerskjold. Mais l'un de ses témoins les plus importants se trouvait à des milliers de kilomètres de là, le soir de l'écrasement. Dans son témoignage devant la commission, le commandant Charles Southall, basé à un poste d'écoute de la NSA à Chypre, a dit avoir entendu une conversation radio interceptée qui proviendrait possiblement d'un appareil de poursuite.

«Je l'ai touché», se rappelle avoir entendu M. Southall. «Il y a des flammes. Il tombe. Il s'écrase.»

Le rôle de la commission n'était pas de déterminer si les témoignages étaient véridiques. Mais, dans une référence aux capacités de surveillance de la NSA, M. Sedley a dit être «quasi-certain» que les États-Unis surveillaient les transmissions radio dans cette région.

M. Sedley a précisé que la commission avait déjà demandé l'aide des archives sur la sécurité nationale de l'université George Washington, un centre de recherche non gouvernemental, pour déterminer si la NSA disposait d'éléments utiles.

«Sur les trois documents ou informations qui semblent correspondre à notre requête, deux sont classés top secret pour des raisons de sécurité nationale», a-t-il dit.

Les archives sur la sécurité nationale et la NSA n'ont pas répondu à des demandes de commentaires, et les prochaines étapes vers une nouvelle enquête ne sont pas clairement définies.

La commission n'a pas de statut officiel, mais le secrétaire général actuel de l'ONU ou des États membres pourraient demander à l'Assemblée générale de poursuivre l'enquête.

Une telle demande pourrait mener à une résolution, puis à une enquête officielle.

L'ONU a annoncé qu'elle étudierait le rapport.

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