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La coupe du bois continue de menacer les papillons monarques au Mexique

09/09/2013 07:15 EDT | Actualisé 09/11/2013 05:12 EST

MEXICO - Une nouvelle étude sur les zones d'hivernage des papillons monarques, dans le centre du Mexique, soutient que l'exploitation forestière à petite échelle est pire que prévue et pourrait contribuer aux menaces compliquant les caractéristiques uniques de migration de ces insectes.

La principale zone d'hivernage, forte de 13 550 hectares, a jusqu'à présent perdu 16,6 hectares de pins et de sapins en 2013, dont environ la moitié en raison de coupes illégales, mentionne l'étude d'Omar Vidal, le directeur de la division mexicaine du Fonds mondial pour la vie sauvage (WWF), et d'autres auteurs. Les autres pertes sont imputées aux sécheresses ou à des coupes visant à combattre des maladies.

Le gouvernement mexicain s'est fermement positionné en faveur de la protection des zones à monarques au cours des dernières années, fermant des scieries et s'en prenant aux fardiers, aux exploitant commerciaux et à leur équipement. Au final, la réserve pour papillons a franchi un point important, en 2012, lorsque des photographies aériennes n'ont pratiquement pas permis de trouver des traces de déforestation en raison de la coupe commerciale, par rapport à l'année précédente.

Cette constatation avait été accueillie comme un signe que les responsables avaient mis fin à la coupe forestière, un phénomène qui, à son plus fort en 2005, entraînait des pertes allant jusqu'à 461 hectares par année dans la réserve.

Mais une analyse comparative de photos aériennes prises à plus d'une décennie d'intervalle montre que la coupe à petite échelle n'a jamais disparu. Trop faible pour être détectée d'année en année, l'étude a révélé des pertes en comparant les photos de 2001, lors de la première surveillance aérienne, à celles de 2011.

«La coupe à petite échelle est un problème grave et en croissance pour la conservation des sanctuaires de monarques», mentionne le rapport.

Le document attribue près de la moitié des pertes de 2012 dues aux coupes, soit quatre hectares, à la coupe à petite échelle, souvent effectuée par des résidents des villages des montagnes s'en allant chercher du bois de chauffage ou pour couper des poutres et des planches afin de construire des bâtiments.

Quelque 27 000 personnes vivent dans les petites communautés agraires qui parsèment, et souvent possèdent, les terres de la réserve. Si les bûcherons commerciaux peuvent être attrapés et poursuivis, traiter avec les résidents locaux appauvris qui utilisent ou vendent occasionnellement du bois de leurs terres pourrait être beaucoup plus difficile à combattre.

«L'un des principaux facteurs qui nous permettront d'éliminer ce problème sont les municipalités elles-mêmes», a dit le chef des réserves nature du Mexique, Luis Fueyo.

M. Vidal affirme quant à lui que les municipalités doivent être davantage compensées pour ne pas abattre les arbres, ainsi que pour protéger et reboiser la région.

Les forêts de pins et de sapins de la réserve, tout juste à l'ouest de Mexico, servent en quelque sorte de couverture aux millions de papillons qui y migrent chaque année en provenance des États-Unis et du Canada, les protégeant de la pluie et des températures froides alors qu'ils se regroupent en immenses bouquets sur les troncs.

La migration des monarques est d'ailleurs sérieusement menacée. Un rapport remontant à mars précise que le nombre de papillons se rendant au Mexique cette année a chuté de 59 pour cent, soit le plus bas niveau depuis le début de l'enregistrement des données, il y a 20 ans.

ll s'agit de la troisième année de recul consécutive pour les papillons orange et noirs. Six des sept dernières années ont révélé des pertes, et il n'y a désormais plus qu'un quinzième du nombre de papillons recensés en 1997.

La réserve forestière totale s'étend sur 56 259 hectares de sommets montagneux et de vallées, mais moins du tiers de cette superficie se trouve dans la zone centrale fortement protégée. Quelque 42 707 hectares sont dans des régions moins protégées, et souvent exploitées, où les entreprises, les résidences et les réseaux routiers sont permis.

Homero Aridjis, un écologiste et défenseur de la réserve de longue date, précise qu'il faut en faire davantage dans la zone tampon.

«En plus de faire bien plus respecter l'exploitation forestière de toute sorte ou taille dans la zone centrale, la zone tampon doit aussi être protégée, puisque les colonies ont souvent changé d'emplacement, et que la zone centrale ne peut pas exister telle une île d'arbres entourés de bâtiments, de routes et de champs», dit-il.

Les essaims de papillons ne reviennent pas nécessairement aux mêmes endroits à chaque année. Parfois, pour des raisons encore inconnues, il se rassemblent sur d'autres sommets montagneux, à des kilomètres des précédents lieux.

Tous les experts soulignent par ailleurs que la déforestation au Mexique n'est pas la seule menace.

La disparition progressive de la seule plante utilisée par les papillons pour pondre, aux États-Unis, les asclépias, en raison de l'utilisation de pesticides et de changements dans l'usage des terres, est sans doute encore plus dangereuse pour ces insectes ailés. Pour M. Vidal, si le Mexique est aux prises avec ses propres problèmes, les États-Unis doivent aussi en faire plus pour garantir la santé des monarques.

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