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Lutte contre l'itinérance : un programme fédéral contesté au Québec

08/09/2013 09:02 EDT | Actualisé 08/11/2013 05:12 EST

De nombreux projets de lutte contre l'itinérance pourraient être compromis si le gouvernement conservateur décide d'aller de l'avant avec sa réforme contestée de l'aide apportée aux itinérants.

C'est du moins ce qu'ont soutenu, dimanche après-midi, d'une seule et même voix la ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon, et le président du Réseau solidarité itinérance du Québec (RSIQ), Pierre Gaudreau.

Dans le dernier budget fédéral, les troupes de Stephen Harper ont annoncé leur intention de mettre un terme à la Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance (SPLI), un programme communautaire qui offre, depuis 12 ans, un financement direct à 61 collectivités à travers le Canada.

Un nouveau programme, centré sur l'approche « Logement d'abord », devrait prendre le relais dans le domaine de l'aide apportée aux itinérants.

Selon M. Gaudreau, cette forme d'aide axée sur le logement privé ne peut offrir une réponse acceptable à la réalité complexe et diversifiée qui est celle des sans-abri.

« Il n'y a pas une seule réalité d'itinérance, il y en a plusieurs, autant pour les hommes et les femmes que pour les personnes issues de peuples autochtones et les jeunes. Différentes formes d'aide doivent être apportées », a-t-il martelé, en rappelant que 50 000 Québécois vivent ou risquent de se retrouver en situation d'itinérance.

Pierre Gaudreau craint que ce nouveau programme ne fournisse un logement qu'à une frange limitée de la population itinérante, notamment aux individus vivant dans la rue en milieu urbain et souffrant de maladie mentale.

Il a dit vouloir lancer un véritable cri d'alarme pour sauver plusieurs volets des programmes de soutien à l'itinérance qui sont « efficaces » et « complémentaires » à ses yeux.

Il s'agit notamment du travail de rue, du soutien alimentaire, des programmes d'insertion sociale et professionnelle ainsi que de la construction et de la rénovation de refuges et de centres de jour.

« La SPLI permet à la fois d'aider des gens sans abris dans des refuges, de faire un travail dans la rue, de faire un travail d'accompagnement pour les programmes de réinsertion et d'intervenir au niveau de la santé mentale et de la toxicomanie », a-t-il expliqué.

Le 30 avril dernier, une motion adoptée à l'unanimité par les quatre partis représentés à l'Assemblée nationale était venue appuyer la démarche du RSIQ pour convaincre le fédéral de faire marche arrière dans le dossier.

La motion avait été pilotée par la ministre Hivon, qui conteste le caractère unilatéral de ce changement de cap des conservateurs.

« D'un programme qui permettait aux collectivités de définir elles-mêmes leurs priorités pour lutter contre l'itinérance, nous nous retrouverons avec un programme qui nous impose une seule et unique approche, a-t-elle déploré. La prévention et la lutte contre l'itinérance passent par des approches diversifiées : il n'y a pas de recette unique. »

Mme Hivon craint que des organismes qui offrent des services ne correspondant pas à l'approche « Logement d'abord » perdent leur financement provenant du fédéral et que des personnes figurant parmi les plus vulnérables de notre société n'aient plus accès à des ressources cruciales pour elles.

La Presse Canadienne

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