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John Kerry vante les mérites de frappes en Syrie, Washington affine ses préparatifs

08/09/2013 10:05 EDT | Actualisé 08/11/2013 05:12 EST
AP
Secretary of State John Kerry gestures during a statement on the ongoing situation in Egypt before the start of a press briefing at the State Department in Washington, Wednesday, Aug. 14, 2013. Kerry said the violence in Egypt is deplorable and is a serious blow to reconciliation efforts. He says it runs counter to Egyptians' aspirations for peace. (AP Photo/Evan Vucci)

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, poursuivait dimanche en Europe son offensive diplomatique pour vanter les mérites de frappes contre la Syrie accusée d'avoir perpétré un massacre chimique, tandis qu'à Washington, les préparatifs militaires s'intensifiaient, selon la presse américaine.

Avant le vote dans les prochains jours du Congrès américain et la publication d'un rapport de l'ONU sur l'attaque aux armes chimiques du 21 août, M. Kerry a rencontré dans la matinée à Paris ses homologues égyptien et saoudien ainsi que des représentants de la Ligue arabe, et devait ensuite gagner Londres.

Samedi soir à Paris, au côté du chef de la diplomatie française Laurent Fabius, M. Kerry a affiché sa détermination à "sanctionner" militairement le régime syrien. Les deux ministres se sont dits assurés d'un soutien international "large et grandissant" au projet américano-français d'une opération armée "courte et ciblée".

"C'est notre Munich à nous!", a lancé, en français, M. Kerry, dans l'espoir de convaincre des opinions publiques réticentes, voire hostiles, en France et aux Etats-Unis.

Paris et Washington, qui s'étaient durement opposés en 2003 sur l'Irak, affirment d'une même voix qu'une action armée contre la Syrie ne ressemblera en rien aux interventions en Irak, en Afghanistan ou même au Kosovo ou en Libye.

Mais "les Etats-Unis (...) ne peuvent laisser un dictateur se servir impunément des armes les plus effroyables", a prévenu M. Kerry.

Avec l'objectif de "punir" Damas pour s'être servi d'armes chimiques et le "dissuader" de recommencer, les Etats-Unis et la France assurent avoir engrangé de plus en plus d'appuis politiques dans le monde.

M. Fabius s'est félicité que "sept des huit pays du G8" et "12 pays du G20 (...) partagent notre analyse sur une réaction forte", en parlant aussi des soutiens des 28 de l'Union européenne et du Conseil de coopération du Golfe (CCG, Bahreïn, Koweït, Oman, Emirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite).

Encore plus affirmatif que M. Fabius, M. Kerry s'est vanté qu'"un nombre de pays à deux chiffres", qu'il n'a pas nommés, soient "préparés à prendre part à une action militaire".

Toutefois, l'UE et les 12 pays du G20 se sont bien gardés de parler d'opération armée, exprimant dans une formule vague leur volonté d'apporter "une réponse claire et forte" à la Syrie. Et deux Etats de l'UE -- la Suède et la Pologne -- ont prévenu que la crise syrienne risquait de durer "des décennies".

Trois jours de frappes

Le secrétaire d'Etat américain regagnera Washington lundi, après avoir rencontré à Londres, dimanche soir, le président palestinien Mahmoud Abbas, et, lundi matin, le chef de la diplomatie britannique, William Hague, dont le gouvernement a dû renoncer à s'associer à une intervention militaire en Syrie après un véto du parlement.

La situation serait "alarmante si les différents Parlements du monde" décidaient eux aussi qu'il ne faut pas intervenir, a estimé dimanche M. Hague, pour qui "le risque de ne rien faire est plus grand que celui d'agir".

Le Congrès américain doit donner ou non dans les prochains jours son feu vert aux frappes, comme l'avait décidé le week-end dernier le président Obama. L'issue du vote est très incertaine, notamment à la Chambre des représentants.

Alors que les télévisions américaines diffusaient en boucle ce week-end des images de victimes des attaques à l'arme chimique du 21 août, le président américain a prévu d'enregistrer lundi une interview avec les grandes chaînes américaines. Diffusée dans la soirée, l'interview précédera le message à la Nation d'Obama mardi, avant le vote du Congrès.

Son homologue français François Hollande a aussi promis de s'adresser à son opinion, mais après le vote du Congrès et la remise du "rapport des inspecteurs" de l'ONU qui ont enquêté fin août.

Aux yeux de la plupart des Etats de l'UE, ce rapport attendu dans les jours à venir est une étape essentielle, susceptible de confirmer de manière indépendante les accusations d'attaques aux gaz toxiques.

M. Hollande s'est engagé à attendre ce document avant d'agir éventuellement militairement. Pour M. Kerry en revanche, les Etats-Unis n'attendront pas s'ils doivent frapper.

Selon le Los Angeles Times, le Pentagone prépare des frappes plus longues et plus intenses qu'initialement prévu, pendant trois jours. Les stratèges américains optent pour un barrage massif de tirs de missiles, suivi de frappes supplémentaires contre les cibles manquées, selon des responsables du Pentagone cités par le quotidien.

Deux officiers américains ont déclaré au journal que la Maison Blanche avait demandé une liste d'objectifs élargie pour inclure "beaucoup plus" que la cinquantaine de cibles préalablement définies.

Sur le terrain, les combats se poursuivaient entre rebelles et fidèles du régime de Bachar al-Assad.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les rebelles, constitués notamment de jihadistes du Front Al-Nosra lié à Al-Qaïda, ont pris dans la nuit le contrôle du village chrétien de Maaloula au nord de Damas après de violents affrontements.

Dimanche, le pape François a réaffirmé son opposition à une intervention militaire en Syrie, dénonçant des "guerres commerciales pour vendre des armes" et appelant les responsables politiques à "trouver une juste solution au conflit fratricide.

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