NOUVELLES

Le maire sortant de Moscou donné vainqueur, l'opposant Navalny conteste

08/09/2013 11:10 EDT | Actualisé 08/11/2013 05:12 EST
ap

L'opposant Alexeï Navalny a contesté dimanche soir la victoire annoncée du maire sortant de Moscou, Sergueï Sobianine, dénonçant des "falsifications" et menaçant de faire descendre ses partisans dans la rue s'il n'y avait pas de second tour.

"Ce que nous voyons, ce sont des falsifications évidentes", a déclaré M. Navalny, s'exprimant tard dans la nuit devant les journalistes à son état-major de campagne.

"Nous demandons l'annulation des votes à domicile, et l'organisation d'un second tour", a-t-il ajouté, dans une allusion à des procédures prévues pour les personnes ne pouvant se déplacer, et soupçonnées de permettre des fraudes.

"Dans le cas contraire nous appellerons les citoyens à descendre dans la rue", a-t-il encore déclaré.

Après dépouillement dans plus de 80% des bureaux, la commission électorale a donné 51,4% des suffrages pour M. Sobianine, un ancien chef de cabinet de Vladimir Poutine, et 27,2% pour l'opposant, qui fait figure d'adversaire numéro un du régime russe.

L'état-major de M. Navalny avait auparavant affirmé disposer de sondages effectués à la sortie des bureaux de vote selon lesquels M. Sobianine, soutenu par le Kremlin, obtenait moins de 50% et était contraint à un second tour.

L'état-major de l'opposant a réclamé les chiffres de participation définitive, qui n'avaient pas été publiés à 22H00 GMT. Selon le chiffre publié à 18H00 locales, la participation était très faible, seulement 26,5% deux heures avant la clôture du vote.

Alexeï Navalny, un leader charismatique de 37 ans, avait d'ores et déjà appelé, avant même le scrutin, à un rassemblement dans le centre de Moscou lundi soir.

Devant plusieurs milliers de personnes rassemblées dans le centre de Moscou, M. Sobianine a de son côté lancé dans la soirée être "certain" de sa victoire.

"Nous avons organisé les élections les plus ouvertes et les plus honnêtes de l'histoire de Moscou", a-t-il également déclaré.

Pour Nikolaï Petrov, un professeur de la Haute école d'économie de Moscou, M. Navalny est devenu avec ces élections "un homme politique d'ampleur nationale".

Mais il a estimé que l'opposant avait été admis dans ces élections à dessein, pour en relever la légitimité dans la capitale, théâtre de grandes manifestations contre Vladimir Poutine à l'hiver 2011-2012.

"Le schéma choisi par le Kremlin pour ces élections a réussi", a-t-il estimé.

Condamné en juillet à cinq ans de détention pour des accusations de malversations qu'il dit fabriquées de toutes pièces, Alexeï Navalny avait été emprisonné puis libéré contre toute attente par la justice jusqu'à l'examen en appel.

Des commentateurs avaient estimé que cette décision, qui lui permettait de participer à l'élection, ne pouvait avoir été prise sans l'aval du Kremlin.

"Ils vont maintenant transformer sa peine en sursis, cela va empêcher les protestations d'éclater, et en même temps l'écarter de la politique pour un moment", a estimé M. Petrov. "Change la Russie, commence par Moscou", disait le slogan d'Alexeï Navalny dans la campagne, et la plupart de ses électeurs rencontrés dans des bureaux de vote dimanche disaient avoir voulu envoyer un message à Vladimir Poutine.

En votant dans un bureau du sud-ouest de la capitale, le président Poutine s'était de son côté dit "certain" de la victoire de son candidat.

Avocat de 37 ans, pourfendeur de la corruption aux accents nationalistes, Alexeï Navalny avait pris la tête du mouvement de protestation à l'hiver 2011-2012.

Sa participation à l'élection à Moscou, même s'il n'a pas eu accès aux grands médias et a dû mener campagne dans la rue et sur l'internet, a changé la donne dans un paysage politique aseptisé et où l'opposition est marginalisée depuis dix ans.

L'opposant a rapidement grimpé ces dernières semaines dans les sondages d'intentions de vote à près de 20%, restant cependant loin derrière le maire sortant.

Il a mobilisé plusieurs milliers de volontaires et plus de 100 millions de roubles (2,3 millions d'euros) en donations.

Sergueï Sobianine, 55 ans, gestionnaire efficace mais sans charisme, a de son côté multiplié les initiatives pour séduire les Moscovites, de la création d'un système de vélos en libre-service à de gigantesques chantiers de rénovation du centre historique.

Nommé par un décret du Kremlin en 2010, il a convoqué une élection anticipée pour asseoir sa légitimité dans la mégalopole de 12 millions d'habitants.

D'autres élections locales avaient lieu un peu partout en Russie, comme celle d'Ekaterinbourg, important centre industriel de plus d'un million d'habitants dans l'Oural, où le candidat d'opposition Evgueni Roïzman, soutenu par le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, l'emportait à 33% contre 30% contre le candidat soutenu par le pouvoir, selon des résultats partiels publiés dans la soirée.