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G20: Obama admet que le dossier de la Syrie divise les É-U et le monde

06/09/2013 10:21 EDT | Actualisé 06/11/2013 05:12 EST

SAINT-PÉTERSBOURG, Russie - Aux prises avec des désaccords dans son pays et à l'étranger, le président américain Barack Obama a candidement reconnu, vendredi, qu'il faisait face à de grands défis dans sa quête d'appuis de la part d'alliés internationaux et du Congrès américain dans son projet d'intervention militaire en Syrie. Il a refusé de dire s'il allait agir seul, une initiative qui pourrait avoir de lourdes répercussions pour les États-Unis et pour le reste de son mandat à la présidence.

La Maison-Blanche a prévu une importante semaine de rencontres et de discussions, et M. Obama prononcera un discours devant la Nation, mardi soir, à Washington.

«Je n'ai pas soumis cela au Congrès à des fins de manoeuvre politique ou par symbolisme», a déclaré M. Obama, ajoutant que ce serait une erreur de discuter de toute autre stratégie avant que les législateurs ne se prononcent sur une résolution portant sur l'usage de la force.

Le président a rencontré les journalistes à l'issue d'un sommet international de deux jours, où il a cherché des appuis pour une frappe militaire en Syrie, en riposte à une attaque aux armes chimiques qui a fait plusieurs victimes parmi la population civile. Mais M. Obama a semblé quitter le sommet du G20, à Saint-Pétersbourg, en Russie, sans plus de soutien qu'à son arrivée.

En fait, le président de la Russie, Vladimir Poutine, a affirmé qu'il était celui possédant le plus grand nombre d'appuis parmi les nations présentes. M. Poutine a de nouveau insisté sur le fait que M. Obama devait obtenir l'appui des Nations unies, en dépit du fait que la Russie a bloqué les tentatives précédentes du Conseil de sécurité pour punir Bachar el-Assad depuis le déclenchement de la sanglante guerre civile qui fait rage en Syrie depuis deux ans et demi.

La Maison-Blanche a tenté de contredire l'affirmation de M. Poutine en publiant une déclaration commune regroupant les États-Unis et dix autres pays, dont le Canada, annonçant leur appui «aux efforts mis sur pied par les États-Unis» pour mettre en vigueur une interdiction internationale sur l'utilisation d'armes chimiques.

La déclaration ne faisait pas allusion à une intervention militaire en Syrie de façon spécifique, mais des responsables de l'administration ont précisé que l'intention était de démontrer le soutien international pour ce type de riposte.

Toutefois, M. Poutine a affirmé que les démarches des États-Unis en vue d'une frappe militaire n'ont obtenu le soutien que de quatre pays, soit le Canada, la France, l'Arabie saoudite et la Turquie.

«L'utilisation de la force contre une nation souveraine n'est possible qu'en situation de légitime défense — et la Syrie n'a pas attaqué les États-Unis — et avec l'approbation du Conseil de sécurité des Nations unies», a déclaré M. Poutine. «Ceux qui agissent autrement ne respectent pas la loi.»

La coalition à laquelle aspire Barack Obama semblait en effet moins solide qu'elle ne l'a déjà paru. Le Parlement britannique a déjà voté contre une intervention militaire. Même le président français François Hollande, qui a manifesté l'intention de former une coalition avec les États-Unis contre la Syrie, a affiché une soudaine prudence, affirmant qu'il attendrait la publication des résultats d'une enquête des Nations unies sur l'attaque au sarin du 21 août avant de décider d'une action militaire.

Le rapport des Nations unies n'est pas attendu avant le milieu de septembre.

MM. Obama et Hollande ont discuté stratégie lors d'une rencontre en retrait, vendredi. Par ailleurs, le président américain a tenu un meeting surprise avec M. Poutine, initié par le président russe. Un haut responsable de l'administration Obama a confié que les deux leaders, dont les relations sont tendues, se sont plus tard déplacés vers un coin d'une pièce, se sont assis et ont discuté entre 20 et 30 minutes, sous les yeux des autres participants au sommet. Le responsable n'était pas autorisé à parler de la rencontre et s'est exprimé sous le sceau de la confidentialité.

MM. Obama et Poutine ont plus tard déclaré que leurs discussions avaient été franches, mais sans mener à un accord sur la question de la Syrie.

Le président américain a par ailleurs admis que ses démarches pourraient ne pas porter fruit.

«C'est possible, en fin de compte, que je ne parvienne pas à convaincre une majorité d'Américains qu'il s'agit de la bonne chose à faire», a-t-il noté. «Et ensuite, chacun des membres du Congrès devra décider.»

Les choix s'offrant aux États-Unis et à la communauté internationale sont ni commodes, ni attrayants, a déclaré M. Obama. Mais il prône une intervention pour des motifs moraux, citant des estimations américaines selon lesquelles l'attaque aux armes chimiques a tué plus de 1400 personnes, incluant 426 enfants. D'autres estimations font état d'un moins grand nombre de victimes.

«Il y a des moments où nous devons faire des choix difficiles si nous voulons appuyer les choses qui nous tiennent à coeur», a-t-il fait remarquer. «Et je crois qu'il s'agit de l'un de ces moments.»

Deux récents sondages montrent que les Américains s'opposent à des frappes aériennes, dont l'un du Pew Research Center qui chiffre cette opposition à 48 pour cent, comparativement à 29 pour cent en faveur. Un autre sondage, celui-là du Washington Post-ABC News, révèle que 59 pour cent des Américains rejettent une telle intervention, comparativement à 36 pour cent.

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