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G20 : rien sur la Syrie dans la déclaration finale

06/09/2013 09:01 EDT | Actualisé 06/11/2013 05:12 EST

Aucun consensus n'a émergé sur la crise syrienne au terme des travaux du G20, en Russie, où les dirigeants se sont quittés vendredi aussi divisés qu'à leur arrivée. La question est à ce point conflictuelle que le mot « Syrie » n'apparaît nulle part dans le texte de la déclaration finale du sommet.

Les tensions entre les États-Unis et la Russie, qui s'oppose fermement à toute intervention armée contre son allié syrien, étaient palpables à Saint-Pétersbourg, où les chefs d'État ont rapidement expédié la traditionnelle « photo de famille » qui a mis un terme à la rencontre.

Devant le palais Constantin de l'ancienne cité impériale russe, Vladimir Poutine et Barak Obama sont arrivés séparément, s'échangeant un regard de salutation, mais sans plus.

Si les Américains et les Français peuvent actuellement compter sur l'appui d'une dizaine de pays, dont le Canada, aucun de ces pays n'est prêt à s'engager militairement en Méditerranée orientale.

Dans une déclaration commune signée en marge du sommet du G20, les dirigeants de l'Australie, du Canada, de la France, de l'Italie, du Japon, de la Corée du Sud, de l'Arabie saoudite, de l'Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis se sont engagés à condamner fermement l'utilisation d'armes chimiques, qu'ils attribuent au régime de Bachar Al-Assad.

Reconnaissant l'urgence d'agir pour éviter qu'une telle tragédie se reproduise, les signataires déplorent le blocage qui perdure au Conseil de sécurité de l'ONU et s'engagent à appuyer les efforts entrepris par Washington pour sanctionner l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien contre son propre peuple. 

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Brève rencontre Poutine-Obama en marge du sommet

Advenant une frappe contre le gouvernement syrien, la Russie n'a pas l'intention de réduire son aide au régime de Damas, a indiqué le président Poutine lors de la conférence de presse de clôture. « Nous l'aidons déjà aujourd'hui. Nous fournissons des armes. Nous coopérons dans la sphère économique [...] »

« Tout ce que l'on voit en matière de déploiement d'armes chimiques vient du côté des rebelles. Ce sont les rebelles qui sont responsables. C'est de la provocation », a-t-il déclaré. 

En dépit du fossé qui les sépare, les présidents russe et américain se sont tout de même entretenus en marge des travaux du sommet. Vladimir Poutine a confirmé avoir eu un entretien d'une vingtaine de minutes en tête-à-tête avec Barack Obama sans toutefois trouver un terrain d'entente sur la réponse à apporter aux attaques chimiques qui ont tué des centaines de civils le 21 août dernier, près de Damas.

« L'atmosphère était très amicale. Nous avons campé sur nos positions, certes, mais nous avons lancé un dialogue [...] Nous avons essayé d'analyser nos positions respectives et évoqué des solutions éventuelles à cette crise syrienne », a dit le président russe.

En dépit de cette impasse, Vladimir Poutine a ajouté que les deux hommes avaient convenu que leurs chefs de la diplomatie respectifs, Sergueï Lavrov et John Kerry, se rencontreraient très bientôt.

Barack Obama s'adressera à la nation

Le président Barack Obama, pour sa part, a déclaré en conférence de presse après le sommet qu'il s'adressera au peuple américain mardi sur la question syrienne.  

« J'ai été élu pour mettre fin aux guerres, pas pour les commencer, mais le monde ne peut pas rester les bras ballants », a déclaré le président Obama aux journalistes.

Le président américain a toutefois refusé de spéculer sur ce que son administration ferait si les membres du Congrès devaient refuser d'appuyer le recours à la force contre le régime syrien­. Il a cependant reconnu qu'il ne sera pas aisé d'obtenir un feu vert du Congrès à une intervention militaire contre la Syrie. 

« Je savais que ce serait difficile », a déclaré M. Obama, soulignant les réticences des Américains alors que le pays « est en guerre depuis plus de dix ans maintenant ».

Rappelons que le président américain détient le pouvoir de lancer ces frappes, même sans l'aval du Congrès.

Stephen Harper aux côtés des États-Unis

En conférence de presse à Saint-Pétersbourg, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a affirmé que le Canada partageait le point de vue de ses alliés sur la nécessité d'agir en Syrie pour mettre un terme à l'utilisation d'armes chimiques. Soulignant qu'il est pratiquement impossible d'obtenir un feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU en raison du veto de la Russie, Stephen Harper estime qu'il est malgré cela impératif d'intervenir en Syrie.

« Nous partageons la vision de nos alliés à l'effet que l'utilisation d'armes chimiques à une échelle sans précédent part le gouvernement syrien est troublante. Cela pourrait constituer un précédent qui pourrait s'avérer très dangereux pour l'humanité. Manifestement, nous soutenons nos alliés qui veulent agir pour prévenir de tels développements », a déclaré le premier ministre Harper.

Si la communauté internationale n'agit pas, a souligné M. Harper, il y aura une recrudescence de l'utilisation de ces types d'armes dans l'avenir.

Questionné sur la raison pour laquelle le Canada ne participait pas à une éventuelle opération militaire contre la Syrie, Stephen Harper a répondu que Washington n'avait pas demandé d'assistance militaire au Canada. Il a ajouté que de toute façon, les forces canadiennes ne disposent pas des ressources nécessaires pour mener ce genre d'intervention à l'étranger.

Le premier ministre Stephen Harper a précisé vendredi dans un communiqué que son gouvernement fournirait 45 millions de dollars d'aide supplémentaire à la Syrie. Ce montant s'ajoute aux 203,5 millions de dollars versés par Ottawa en aide humanitaire en réponse à la crise en Syrie depuis janvier 2012.

Washington toujours en quête d'alliés

En dépit des efforts déployés par le président américain pour convaincre ses homologues de la nécessité d'une intervention militaire contre la Syrie, aucun nouveau pays ne s'est rangé aux côtés de Washington.

Se butant à la tiédeur de leurs alliés et à la puissante opposition de la Russie et de la Chine à toute action militaire non sanctionnée par l'ONU contre le régime de Bachar Al-Assad, les États-Unis et la France ressortent affaiblis du G20.

Seuls à vouloir lancer immédiatement une intervention militaire contre le régime du dictateur Bachar Al-Assad, les présidents français et américain devront de plus convaincre leur parlement respectif du bien-fondé d'une attaque contre la Syrie dans un contexte de vive tension avec la Russie et sans l'aval de l'ONU.

En attendant le rapport des enquêteurs

Pour la majorité des pays présents au sommet de Saint-Pétersbourg, il convient d'attendre les résultats de l'enquête menée par les experts en armes chimiques des Nations unies en Syrie, avant de lancer des frappes militaires contre le régime de Bachar Al-Assad en dépit des soupçons qui pèsent contre lui.

Les experts en armes chimiques de l'ONU devraient être en mesure de déposer un rapport provisoire mardi prochain, soit le 10 septembre, selon des sources à la Maison-Blanche.

Plusieurs gouvernements, dont ceux de la Russie et de la Chine, exigent des preuves de l'implication du régime Al-Assad dans les attaques chimiques du 21 août dernier et estiment essentiel que toute action militaire soit au préalable approuvée par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui inclut la Russie et la Chine.

Un point de vue que partage aussi l'envoyé spécial de l'ONU au sommet de Saint-Pétersbourg, Lakhdar Brahimi, qui a déclaré vendredi à la sortie du G20 qu'aucun pays ne peut prendre sur lui d'appliquer seul la loi et que toute action militaire dans le dossier syrien doit être sanctionnée par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Le Parlement syrien demande de ne pas intervenir

Le président du Parlement syrien, Jihad Al-Lahham, a par ailleurs exhorté vendredi les parlementaires américains à ne pas autoriser de frappe militaire contre son pays.

« Nous vous demandons de ne pas prendre de mesure irréfléchie, alors que vous avez le pouvoir de pousser les États-Unis à quitter la voie de la guerre pour celle de la diplomatie », déclare Jihad Al-Lahham dans une lettre adressée aux élus américains.

M. Al-Lahham demande que sa missive soit transmise à chaque élu américain avant le début des discussions et du vote au Congrès, requis à la demande du président Barack Obama.

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