BIEN-ÊTRE

Y a-t-il de la place pour la Haute Couture au Québec?

05/09/2013 11:21 EDT
Getty
ROME, ITALY - JULY 09: A model walks the runway during Sabrina Persechino F/W 2013-2014 Haute Couture collection fashion show as part of AltaRoma AltaModa Fashion Week at Santo Spirito In Sassia on July 9, 2013 in Rome, Italy. (Photo by Elisabetta Villa/Getty Images)

Les vêtements de Haute Couture tapissent les pages des magazines féminins et le seul nom des marques fait rêver : Chanel, Dior, Jean-Paul Gaultier évoquent le luxe, la noblesse, l'élégance. Au Québec, le marché du vêtement de luxe existe à travers le travail de nombreux créateurs comme Helmer Joseph et Claudette Floyd. Incursion dans ce milieu méconnu où le textile devient œuvre.

Contacté par téléphone quelques jours avant son défilé, Helmer Joseph revenait d'un voyage d'affaires et se préparait déjà à se remettre au travail. Travailleur infatigable, créateur exigeant et minutieux, Helmer Joseph possède une expérience de près de 20 ans dans des ateliers de haute couture parisiens. Sa ligne éponyme, créée en 2007, est composée de pièces qu'il conçoit souvent seul, pigeant dans le savoir-faire qu’il a acquis dans les 16 écoles de mode qu’il a fréquentées. Sa ligne peut être qualifiée de «Couture», à défaut de pouvoir accéder au titre officiel de «Haute Couture», une appellation contrôlée depuis 1945.

C'est la Chambre syndicale de haute couture de Paris qui octroie ce titre, sorte de passeport pour un club très sélect composé d'une dizaine de créateurs. «La Haute Couture, c'est une institution, un peu comme l'Académie française, dit Helmer Joseph. Ça prend du temps pour être accepté.» Les vêtements doivent répondre à des critères très précis, être entièrement faits à la main, et sept artisans doivent avoir travaillé sur chaque look, que ce soit les chaussures, les bijoux ou le maquillage par exemple.

Aussi fascinante et excitante soit-elle, la Couture n'est pas sans exiger une maîtrise technique et une juste connaissance du vêtement. «Je peux passer 200 heures sur une robe à broder des perles de verre», explique Helmer Joseph, qui compare d'ailleurs son travail à celui du sculpteur, quelque part entre l'art et l'artisanat. Le designer, à l'instar de Claudette Floyd par exemple, possède à la fois une ligne de prêt-à-porter et une ligne couture faite de pièce coupée sur mesure. La première sert à financer la deuxième, qui nécessite beaucoup de temps et attire moins de clients.

Au Québec, aucune griffe n'a le titre officiel de «Haute Couture» et il est «peu envisageable», d'après le designer et critique Jean-Claude Poitras, que cela arrive un jour. À l'heure où les grandes maisons se questionnent sur la viabilité de leur département de haute couture, M. Poitras estime que les créateurs québécois doivent non pas copier les grandes maisons, mais «fouiller dans [nos] racines, trouver ce qui nous caractérise». Selon lui, «il ne faut pas refaire la tradition, mais plutôt créer l'innovation».

Le Québec a-t-il besoin, au final, de la Haute Couture? «Non, répond Helmer Joseph. On a besoin de la Couture.» Selon lui, il existe «une méconnaissance» du travail des designers qui oeuvrent dans ce créneau. «Il y a ici des créateurs qui font du très beau travail, aussi beau que celui de Prada.»

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