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Couillard prône la neutralité religieuse de l'État, mais pas celle des individus

05/09/2013 03:08 EDT | Actualisé 05/11/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Un gouvernement du Parti libéral enchâsserait le principe de neutralité religieuse de l'État dans la charte québécoise des droits, mais laisserait ses employés, même ceux en autorité, comme les juges ou les policiers, libres de porter des signes religieux ostentatoires.

Le chef libéral Philippe Couillard a précisé les contours de la politique de sa formation en matière de «laïcité ouverte» de l'État, jeudi, une position qui reprend pour l'essentiel celle qui était en vigueur sous l'ancien gouvernement libéral de Jean Charest.

Ainsi, comme le précédent, un éventuel gouvernement libéral présenterait un projet de loi stipulant que tous les services de l'État devraient être fournis et reçus à visage découvert. Ce serait là la seule restriction de type vestimentaire imposée aux citoyens. Le gouvernement précédent avait déposé le projet de loi 94, qui reprenait les mêmes objectifs et qui est mort au feuilleton.

Le projet de loi réaffirmerait aussi le principe de l'égalité entre hommes et femmes et serait accompagné d'un guide énumérant des balises devant faciliter la gestion des demandes d'accommodement religieux sur le terrain.

En conférence de presse, M. Couillard a dit que son parti serait intraitable sur un point: pas question de restreindre les libertés individuelles. «Un droit est un droit est un droit. Les libertés individuelles, pour nous, sont absolument essentielles. On ne se rendra pas complices d'une atteinte aux libertés individuelles au Québec», a tranché M. Couillard, refusant de hiérarchiser les droits des citoyens.

Le ton employé indique que l'opposition libérale s'apprête à démolir le projet gouvernemental de charte des valeurs, dont les détails devraient être connus la semaine prochaine, et votera contre le projet de loi sur le même sujet qui suivra cet automne.

Par souci d'afficher une totale neutralité de l'État en matière religieuse, le gouvernement Marois veut proposer d'interdire à tous les employés de l'État de porter des signes religieux ostentatoires.

«Une telle interdiction est déraisonnable et fort probablement contraire aux chartes», selon le chef libéral, qui juge le terme «ostentatoire» bien subjectif.

M. Couillard a dénoncé le fait que tout le monde parlait de la future charte des valeurs depuis quelques semaines, à partir de diverses fuites dans les médias, mais que personne n'avait encore vu le document.

«C'est pas responsable. C'est pas sérieux. C'est de l'amateurisme gouvernemental. Sur un sujet de cette importance-là, on ne procède pas ainsi sur un sujet d'une si grande importance», a-t-il déploré.

Le modèle identitaire qu'il propose pour le Québec s'appuie, comme le faisait le gouvernement précédent, sur le principe de l'interculturalisme, qui, par opposition au multiculturalisme, implique que tous les citoyens doivent partager les valeurs de la majorité, et avoir comme langue commune le français, mais sans pour autant renoncer à leur différence, leurs convictions et leurs droits.

«Le multiculturalisme, c'est un peu comme une forêt d'arbres isolés les uns par rapport aux autres», a illustré le chef libéral.

Tandis que l'interculturalisme serait plutôt, à ses yeux, «un arbre unique très vigoureux, un tronc qui est constitué de valeurs communes sur lequel viennent converger et se rallier les diverses communautés qui constituent notre diversité».

Il a réaffirmé qu'il n'y avait pas, selon lui, de crise identitaire au Québec.

M. Couillard a également soutenu que la laïcité des institutions ne devait pas entraîner «la négation ou la dissimulation du sentiment religieux des individus».

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