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Syrie: Poutine demande des preuves convaincantes d'une attaque chimique

04/09/2013 06:23 EDT | Actualisé 04/11/2013 05:12 EST

MOSCOU - Le président russe Vladimir Poutine a mis l'Occident en garde contre toute intervention militaire unilatérale en Syrie, avant d'ajouter que la Russie pourrait appuyer une éventuelle résolution punitive de l'ONU s'il est démontré que le régime syrien a utilisé des armes chimiques contre sa propre population.

M. Poutine a fait ces commentaires mardi soir à l'occasion d'une entrevue accordée à l'Associated Press et au réseau de télévision russe Channel 1, avant l'ouverture jeudi du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg.

Le sommet devait porter sur l'état de santé de l'économie mondiale mais risque maintenant d'être dominé par la crise syrienne.

Le président russe a indiqué que Moscou a déjà vendu à Damas certaines composantes du puissant système antimissile S-300, mais que toutes les livraisons futures ont été suspendues. Il a prévenu que la Russie pourrait vendre le système à d'autres clients si jamais la Syrie est attaquée sans l'appui du Conseil de sécurité de l'ONU.

M. Poutine a dit espérer pouvoir profiter du sommet de Saint-Pétersbourg pour avoir des discussions sérieuses avec son homologue américain, Barack Obama, concernant la Syrie et d'autres dossiers importants.

«Le peuple américain n'a pas élu M. Obama pour qu'il soit gentil avec la Russie, a dit M. Poutine. Et le peuple russe n'a pas non plus élu votre humble serviteur pour qu'il soit gentil avec les autres. Nous travaillons, nous sommes en désaccord sur certaines questions. Nous sommes humains. Parfois un de nous se fâche. Mais je voudrais de nouveau répéter que les intérêts mondiaux mutuels forment un bon point de départ pour trouver une solution commune à nos problèmes.»

Le leader russe, qui a écoulé un an de son troisième mandat à la présidence, a semblé déployer de grands efforts pour se montrer conciliant, sur fond de refroidissement des relations entre la Russie et les États-Unis. Les deux pays se sont disputés concernant la Syrie, l'ancien analyste Edward Snowden, le traitement des dissidents en Russie et la place faite aux groupes financés par l'Occident.

M. Poutine a estimé qu'il serait «invraisemblable» que le président syrien Bachar el-Assad, un allié proche de la Russie, ait utilisé des armes chimiques au moment où il domine l'insurrection.

«De notre point de vue, il semble absolument absurde que les forces armées (syriennes), qui sont à l'offensive aujourd'hui et encerclent même les présumés rebelles dans certains secteurs et soient en train de les achever, que dans de telles conditions elles commencent à utiliser des armes chimiques interdites en sachant très bien que cela pourrait servir de prétexte à des sanctions contre eux, y compris le recours à la force», a-t-il dit.

L'administration Obama affirme que l'attaque chimique du 21 août a fait 1429 morts en banlieue de Damas. Des enquêteurs de l'ONU attendent les résultats d'analyses menées en laboratoire avant de compléter leur rapport.

«S'il y a des données qui démontrent que des armes chimiques ont été utilisées, et utilisées spécifiquement par l'armée régulière, alors ces preuves devraient être présentées au Conseil de sécurité des Nations unies, a dit M. Poutine. Et il faudrait que ce soit convaincant. Ça ne devrait pas être basé sur des rumeurs ou des informations obtenues par les services spéciaux avec de l'écoute électronique, des conversations ou des trucs du genre.»

Il a comparé le tout aux éléments présentés par l'administration Bush, en 2003, pour justifier l'invasion de l'Irak, en raison de la présence présumée d'armes de destruction massive.

«Tous ces arguments se sont révélés impossibles à prouver, mais ils ont été utilisés pour lancer une action militaires, qui a été qualifiée d'erreur par plusieurs aux États-Unis, a dit le président russe. Avons-nous oublié ça?»

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