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La commission Charbonneau s'intéresse aux motards

04/09/2013 02:01 EDT | Actualisé 03/11/2013 05:12 EST
Capture d'écran

Les escouades sur le crime organisé et les produits de la criminalité qui se sont attaquées aux motards criminalisés du Québec au début du siècle ont incité ses groupes à infiltrer l'économie légale, a soutenu à la commission Charbonneau le sergent-enquêteur Alain Belleau de la Sûreté du Québec.

Un texte de François Messier

« Les enquêtes conjointes, le partenariat, le [fisc] qui s'intéresse aux Hells Angels, à leur train de vie, à leurs activités financières, en même temps que les produits de la criminalité, ça les a obligés à changer leurs façons de faire », affirme le policier, spécialiste du renseignement criminel sur les motards depuis 2006.

Le sergent-enquêteur Belleau n'a pas donné d'exemple précis pour appuyer ses dires. Son témoignage, qui se poursuivra jeudi, se décline plutôt comme un cours « Hells Angels 101 », destiné à mettre la table pour les prochains jours d'audiences.

La commission Charbonneau aborde en effet le second volet de son mandat, qui consiste à étudier « de possibles activités d'infiltration de l'industrie de la construction par le crime organisé ».

La procureure en chef Sonia Lebel avait précisé mardi lors de son allocution d'ouverture que les prochains témoins permettraient à la commission d'examiner différentes questions, dont:

  • l'intérêt pour le crime organisé d'acquérir des entreprises où le contrôle dans des secteurs donnés de l'industrie;
  • l'intérêt de développer des liens avec des dirigeants de syndicats, que ce soit par le crime organisé ou tout autre acteur de l'industrie;
  • l'attrait que peut représenter l'accessibilité à de grandes ressources de mains-d'oeuvre et de capitaux, ainsi que l'influence économique et politique qui peut en découler;
  • et l'influence que peut avoir la main-d'oeuvre sur l'octroi et la gestion des contrats publics.

Les explications du policier de la SQ pourraient par exemple permettre de mieux comprendre les liens entre l'ancien dirigeant de al FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, et le Hells Angels Normand « Casper » Ouimet, arrêté lors de l'enquête Diligence.

Des chapitres québécois amoindris, mais toujours actifs

Alain Belleau a donc donné une sorte de cours magistral sur le fonctionnement des groupes de motards criminalisés, en s'attardant plus particulièrement aux Hells Angels, le groupe de motards le plus puissant au Québec, où ils sont implantés officiellement depuis 1977.

Sur le plan juridique, a-t-il expliqué, une bande de motards criminalisés se définit depuis 1986 comme « un groupe d'amateurs de moto qui décident volontairement de s'associer et d'exister selon les règles de l'organisation, qui sont mises en force par la violence, qui s'engagent dans des activités, qui les amènent, eux et leur club, dans des conflits répétés et sérieux avec la société et la loi ».

Après avoir expliqué comment les motards criminalisés sont nés aux États-Unis dans les années 40, Alain Belleau a retracé l'histoire de ces groupes au Canada et au Québec. Il a décrit comment des chapitres pouvaient être constitués, leur hiérarchie, leurs règles internes, leur processus de recrutement, leur financement, etc.

Il a rappelé que les Hells Angels avaient encore cinq chapitres au Québec, soit deux à Montréal (le chapitre South étant né d'une scission du chapitre original), un à Sherbrooke, un à Québec et un à Trois-Rivières. Si l'opération Printemps 2001 a déstabilisé l'organisation, a-t-il dit, plusieurs chapitres ont pu se restructurer et « garder le contrôle sur le territoire québécois ».

Ces chapitres sont cependant tous considérés « gelés », puisqu'aucun d'eux ne compte au moins six membres criminellement actifs non emprisonnés, comme le stipule les règles du club. Cela diminue leur influence lors des rencontres de Hells Angels canadiens, qui se tiennent quatre fois par année.

Jeudi, journée de requêtes

Le témoignage de M. Belleau devrait durer encore une partie de l'avant-midi jeudi. Le reste de la journée sera consacré à l'audition de diverses requêtes, dont plusieurs risquent d'être entendues sous ordonnance de non-publication, a prévenu la procureure Sonia Lebel.

il avait déjà été convenu avant la pause estivale que les avocats débattraient jeudi du moment où les articles concernant les témoignages concernant la Ville de laval, le printemps dernier, seront frappés d'une ordonnance de non-publication.

Il a déjà été établi que les reportages concernant la majorité des témoins entendus pour cette portion des travaux pourront rester sur les sites Internet des médias, mais qu'il sera interdit pour les médias de les référer à nouveau à compter d'une certaine date, pour ne pas compromettre les procès des accusés de l'opération Honorer.

Le DPCP doit aussi présenter jeudi des requêtes en ordonnance de non-publication pour une série de témoignages qui doivent être livrés au cours des deux prochaines semaines à la commission. Les noms de ces témoins ne sont pas connus.

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