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Istanbul, entre Bosphore et métaphore

04/09/2013 09:10 EDT | Actualisé 04/11/2013 05:12 EST

Le Comité international olympique (CIO) choisira le 7 septembre la ville qui organisera les Jeux d'été de 2020, parmi Istanbul, Tokyo et Madrid.

Ces trois villes avaient franchi avec succès le 25 mai la première étape de la procédure de candidature. Bakou (Azerbaïdjan) et Doha (Qatar) avaient alors été éliminées. Radio-Canada Sports présente (par ordre alphabétique) les forces et faiblesses des trois villes en lice.

Istanbul

Istanbul est la plus grande ville de Turquie avec 13,5 millions d'habitants (2012). Elle a déjà été candidate pour les Jeux d'été de 2000, 2004, 2008 et 2012.

C'est un de ses atouts. Sa persévérance dans l'effort. À sa cinquième candidature, forte d'avoir organisé les Jeux méditerranéens en 2013, Istanbul propose un évènement organisé sur deux continents, l'Europe et l'Asie, une première dans l'histoire olympique, avec pour toile de fond le fleuve Bosphore qui scinde la ville en deux. Les cérémonies d'ouverture pourront être suivies par plus de 500 000 personnes des deux rives de la ville.

Son slogan est: « bridge together », et joue habilement sur les deux ponts (construits en 1973 et 1988) qui relient les deux rives de la ville et la métaphore de la main tendue vers les peuples.

Le CIO pourrait vouloir poursuivre sa quête de nouveaux marchés en offrant les Jeux à un pays à majorité musulmane. La Turquie a une économie florissante, avec des prévisions de croissance annuelle entre 4 et 5% jusqu'en 2016. Les investissements prévus pour les Jeux permettraient à la métropole, dont près de la moitié de la population n'a pas 25 ans, de se doter d'infrastructures dont elle a grandement besoin.

Le budget estimé pour les Jeux olympiques (installations et organisation) est de 2,9 milliards de dollars, tandis que la facture totale (incluant infrastructures) dépasserait les 22 milliards de dollars.

En revanche, la devise turque est malmenée depuis juin sur les marchés, qui ont très mal réagi aux manifestations de la place Taksim.

Les mouvements de protestation ont commencé par une revendication écologique pendant que des riverains se sont opposés à la destruction du parc Taksim, et l'ont occupé le 28 mai. Ce parc est l'un des rares espaces verts du centre d'Istanbul, et il doit disparaître dans le cadre d'un projet de rénovation de la place, qui comprend un projet immobilier et un centre commercial.

Les manifestations se sont intensifiées quand la police a chargé pour déloger le groupe de riverains occupant le parc. Les protestations se sont généralisées avec des revendications anti-gouvernementales. Le 31 mai 2013, la police a réprimé 10 000 manifestants avec des gaz lacrymogènes. Une soixantaine de personnes ont été arrêtées et des centaines ont été blessées. L'action de la police a été largement relayée sur Internet, et a alimenté les critiques envers le premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Après le grand mouvement social en pleine Coupe des confédérations de soccer à Rio, qui organise les Jeux de 2016, les membres du CIO pourraient être frileux à l'idée d'accorder les Jeux de 2020 à un autre pays émergent.

Gros point faible structurel: les embouteillages. Le comité de candidature a choisi de diviser les sites de compétition en quatre grandes zones, et le CIO craint que le déplacement des athlètes ne vire au cauchemar, malgré les travaux prévus dans la ville. Il est prévu l'inauguration d'une nouvelle ligne de métro, la construction d'un troisième pont sur le Bosphore et d'un troisième aéroport.

« Il y a six mois, Istanbul était largement favorite, explique Armand de Rendinger, ancien conseiller du CIO, à Radio-Canada Sports. Elle a été cinq fois candidate.

« Istanbul est placée entre l'Asie et l'Europe, et c'est comme Pékin en 2001, l'occasion pour Jacques Rogge de marquer cette élection de son empreinte et d'accorder les Jeux à la Turquie. La Turquie qui a fait une bonne campagne présente aujourd'hui trois difficultés : elle était favorite, et ce n'est pas toujours le favori qui gagne. Le budget va être très important, et risque de doubler à l'arrivée au minimum. Les membres du CIO, qui réclament un certain contrôle des coûts, vont se poser des questions. Enfin, on se demande comment les membres du CIO vont réagir aux difficultés politiques qu'a connu Istanbul et à la déstabilisation que connaît actuellement le monde musulman. »

« Je crois qu'Istanbul est encore favorite, car c'est le moment d'ouvrir les Jeux à la Turquie, mais ce sera plus serré que prévu », conclut M. de Rendinger.

Avec la collaboration de l'agence AFP et de la presse internationale

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