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Syrie : un accord se dessine au Sénat américain

03/09/2013 11:01 EDT | Actualisé 03/11/2013 05:12 EST

La commission des Affaires étrangères du Sénat américain est parvenue mardi soir à un accord sur un projet d'autorisation de l'usage de la force armée en Syrie qui exclut l'envoi de troupes au sol.

Le projet fixe également une limite de 60 jours à une éventuelle intervention militaire en Syrie, avec la possibilité d'une prolongation unique et sous conditions de 30 jours.

Le texte sera soumis mercredi au vote des membres de la commission sénatoriale. S'il est adopté, il sera alors transmis en séance plénière au Sénat, qui reprend ses travaux lundi prochain.

Le compromis a été rédigé par le sénateur démocrate Robert Menendez, président de la commission, et le républicain Bob Corker.

Au-delà de la « sanction » de l'utilisation de gaz de combat par le régime de Bachar Al-Assad, il requiert que Barack Obama consulte le Congrès et soumette au Sénat et à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants une stratégie de négociation d'une solution politique au conflit en Syrie intégrant un réexamen de toutes les formes d'assistance aux insurgés.

Cette disposition était notamment réclamée par l'influent sénateur républicain John McCain.

Ce projet de texte, explique le sénateur Menendez dans un communiqué, « donne au président l'autorité nécessaire pour déployer la force en réponse à l'utilisation criminelle par le régime Assad d'armes chimiques contre le peuple syrien tout en s'assurant que cette autorisation est étroite et focalisée, limitée dans le temps et qu'elle assure que les forces armées des États-Unis ne seront pas déployées dans des opérations de combat en Syrie ».

Les poids lourds de l'administration Obama devant la Chambre haute

L'accord a été conclu après l'audition mardi du secrétaire d'État John Kerry, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel et le général Martin Dempsey, président de l'état-major interarmes des forces armées devant la commission sénatoriale.

« Washington doit réagir pour protéger sa sécurité et ses valeurs », a soutenu John Kerry, qui a affirmé une fois de plus qu'il ne fait aucun doute que le régime Al-Assad a orchestré l'attaque chimique du 21 août.

Le secrétaire d'État a ajouté que Washington ne devait être ni isolationniste ni spectateur d'un massacre, et que l'inaction des États-Unis enverrait un mauvais message à l'Iran, allié de Damas et ennemi d'Israël, de même qu'à la Corée du Nord, dans la mire des États-Unis pour son programme nucléaire militaire.

De son côté, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel a affirmé que l'attaque chimique du régime syrien menace la sécurité des États-Unis, une affirmation qui pourrait servir de justification légale si Washington frappe la Syrie sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU.

MM. Kerry, Hagel et Dempsey seront entendus mercredi par la commission des Forces armées de la Chambre des représentants.

La Chambre des représentants tranchera

Le président de la Chambre des représentants, John Boehner, et la leader de la minorité démocrate, Nancy Pelosi, ont également annoncé mardi qu'ils soutiendront le projet de résolution du président Obama concernant une intervention militaire limitée en Syrie.

Estimant que le recours aux armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad est un acte qui ne peut rester sans réponse, John Boehner a du même souffle exhorté ses collègues de la Chambre à en faire de même.

Également interpellée par la nécessité d'agir rapidement dans ce dossier, la leader démocrate, Nancy Pelosi, a elle aussi affirmé qu'elle soutiendra la résolution du président Obama autorisant l'usage de la force contre le régime syrien. Évoquant la gravité et la singularité de telles attaques contre des populations civiles, notamment contre des enfants, Nancy Pelosi a estimé qu'on ne peut attendre l'assentiment de l'ONU, « le plus lent navire du convoi ».

Au cours de sa rencontre avec Mme Pelosi et M. Boehner, Barack Obama a demandé aux membres de Congrès de voter rapidement en faveur d'une intervention en Syrie, assurant que son administration a élaboré une stratégie beaucoup plus large que de simples frappes pour soutenir les forces de l'opposition syrienne.

Barack Obama a aussi répété qu'il n'était pas question d'engager le pays dans une nouvelle guerre à l'étranger, comme ce fut le cas en Irak et en Afghanistan.

Cette offensive politique de l'administration du président Barack Obama est destinée à forger un consensus solide au Congrès après que le président eut annoncé samedi qu'il consulterait les élus américains avant d'autoriser le déclenchement d'une intervention armée en Syrie.

Un pari risqué pour Obama

A priori, le président des États-Unis n'a pas besoin de l'assentiment du Congrès pour ordonner de telles actions militaires à l'étranger. La volonté de Barack Obama d'avoir l'appui du Congrès peut sembler d'autant plus surprenante que les élus ne se sont pas montrés des plus coopératifs avec le président américain ces dernières années, que ce soit sur la question du plafond de la dette ou encore la réforme du système de santé.

Mais l'appui du républicain John Boehner à la Chambre des représentants ainsi que des sénateurs républicains John McCain et Lindsey Graham montrent que la position des élus sur une intervention en Syrie ne suit pas de ligne de parti.

Reste que pour l'instant, les Américains sont majoritairement opposés (59 %) à une intervention militaire en Syrie, selon un sondage publié mardi par le Washington Post et le réseau ABC, réalisé auprès de 1012 répondants et ayant une marge d'erreur de 3,5 %.

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