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Les designers montréalais sur la passerelle à la 25e Semaine de mode de Montréal

02/09/2013 06:34 EDT | Actualisé 02/11/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Après plus de 20 ans comme designer, Christian Chenail a traversé bien des épreuves, mais la plus grande demeure les arrivées régulières de grandes chaînes de magasins qui offrent la mode à prix réduit.

«La fille qui achèterait peut-être mes morceaux en rabais à 50 pour cent à la fin de la saison, elle ne vient même plus les voir. Elle achète chez Zara», regrette M. Chenail, dont les créations canadiennes de sa griffe Muse se détaillent à environ 450 $ pour un veston et entre 350 $ et 400 $ pour une robe.

«J'ai encore de très bons clients qui aiment mon travail et qui dépensent entre 3000 $ et 4000 $ par saison dans les magasins. Mais la fille qui allait me laisser peut-être 500 $ par saison en achetant en spécial, elle n'est plus là. Alors ça nous nuit», poursuit-il.

«Mais j'ai deux choix: produire en Chine ou continuer de faire ce que je fais le mieux et essayer de trouver le moyen d'attirer ces gens à nouveau.»

Durant la Semaine de mode de Montréal (SMM) qui débute mardi et se termine le 6 septembre, M. Chenail sera l'un des premiers créateurs à dévoiler sa collection printemps-été 2014, inspirée principalement par l'actrice et icône de style Grace Kelly.

«J'ai encore l'énergie et l'excitation de montrer ma collection sur la passerelle, affirme le designer. C'est l'une des choses les plus importantes pour moi: retirer du plaisir de mon travail.»

Jean-François Daviau, co-président de la firme Sensation Mode, qui organise la SMM, affirme que si les designers locaux ne peuvent pas toujours rivaliser avec les prix et la performance des grandes chaînes, ils se distinguent par leur originalité sur le marché.

«On doit créer des produits authentiques (...) à bon prix, mais pas de la mode rapide. On ne peut pas faire ça, considère M. Daviau. On ne peut pas se comparer à H&M ou Zara. Eux, ils font du volume, de la production de masse. On ne pourra jamais concurrencer leurs prix.»

«La niche pour les designers, c'est vraiment d'avoir leur propre boutique et de faire des transactions sur le web ou de créer un produit tellement différent, tellement spécifique que personne ne peut le reproduire. Ça prend de la qualité.»

À l'occasion de la 25e Semaine, un événement qui se déroule à tous les six mois, la SMM invite les designers à dévoiler leur nouvelle collection sans exiger de frais d'inscription.

M. Daviau affirme que les 1500 $ demandés couvriraient normalement des éléments tels que la coiffure et le maquillage. Les organisateurs ont également obtenu la collaboration des agences montréalaises de mannequins. Le complexe d'art contemporain Arsenal, qui accueille l'événement, se veut également un bon partenaire.

Avec les constants changements de direction de l'industrie, M. Daviau voit les semaines de mode comme une constante importante.

«C'est une manière d'élaborer des outils de marketing, comme les photos et le portfolio (lookbook), qui mèneront à des ventes. Je pense que ça demeure l'une des meilleures options pour les designers», exprime-t-il.

«De plus, je pense que quand un designer va faire un défilé, ça stimule sa créativité et le pousse à explorer davantage et à se mettre au défi parce qu'il voit la réaction du public», ajoute-t-il.

«Si on reste toujours dans notre atelier et qu'on n'a pas de relations avec les médias, les acheteurs ou les consommateurs, notre produit n'évolue pas. On crée seulement pour soi. [La SMM] est vraiment un endroit pour établir des contacts. Et je pense qu'elle est importante pour les designers mais aussi pour la ville. C'est une manière de se distinguer et d'apporter beaucoup d'énergie dans une industrie créative.»

La prochaine SMM célèbrera notamment deux griffes: le 15e anniversaire de Bodybag by June et le 10e de Dinh Ba Design.

Les amateurs de mode qui n'auront pas la chance d'accéder aux défilés pourront les regarder en direct sur le site internet de la SMM.

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