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Intervention en Syrie: la Maison-Blanche tente de convaincre le Congrès

02/09/2013 01:09 EDT | Actualisé 02/11/2013 05:12 EDT

WASHINGTON - Le président des États-Unis, qui tente d'obtenir l'appui du Congrès en vue d'une intervention militaire américaine en Syrie, a reçu deux influents sénateurs républicains lundi à la Maison-Blanche, dans une tentative de vendre sa position à un pays profondément marqué par plus d'une décennie de guerre.

Barack Obama a annoncé samedi qu'il tenterait de rallier le soutien des membres du Congrès avant de lancer une opération contre le régime du président Bachar el-Assad, après l'attaque chimique alléguée du 21 août dans la région de Damas. Il s'agira de l'un des plus importants tests de politique étrangère de la présidence de M. Obama.

Les sénateurs John McCain et Lindsey Graham ont affirmé que le Congrès commettrait une erreur s'il refusait la requête présidentielle. Autrefois critiques du type de frappe limitée vantée par des responsables de l'administration, les deux sénateurs ont indiqué qu'ils seraient davantage portés à soutenir l'appel à l'intervention militaire de M. Obama contre la Syrie, si un tel geste permettait d'aider à détruire les capacités de tir du régime, et si les États-Unis s'engageaient à offrir plus d'appui aux forces de l'opposition syrienne.

MM. McCain et Graham, qui s'expriment fréquemment à l'unisson sur les questions d'affaires étrangères, ont rencontré le président pendant environ une heure, dimanche, pour exprimer leurs inquiétudes quant à l'ampleur trop limitée de l'intervention américaine, et au fait que celle-ci aurait bien peu d'impact sur la guerre civile faisant rage depuis deux ans et demie.

«Nous devons clairement indiquer qu'un vote contre [la proposition] aurait des conséquences catastrophiques» dans l'immédiat et lors de futures crises internationales», a déclaré M. McCain à des journalistes à l'extérieur de la Maison-Blanche. Au dire de M. Graham, «il n'y aura jamais d'accord politique en Syrie pendant aussi longtemps qu'el-Assad aura l'avantage».

La rencontre avec les deux républicains survient alors que le Congrès est sceptique quant à la sagesse d'une telle frappe. Lors d'une conférence téléphonique avec des responsables de l'administration, plusieurs démocrates se sont opposés à une intervention militaire. D'autres ont réclamé une autorisation moins vaste que celle réclamée par le gouvernement.

Certains élus républicains et démocrates s'opposent ainsi à toute intervention américaine en Syrie.

«Le peuple américain mérite d'en savoir plus quant aux raisons qui justifient une action militaire en Syrie, sur l'objectif d'une telle intervention et sur les assurances que cela sera suffisamment limité pour éviter que les États-Unis soient davantage entraînés dans le conflit en Syrie», a déclaré le sénateur républicain Bob Corker, membre de la commission des affaires étrangères du Sénat.

Le représentant démocrate Eliot Engel, de l'État de New York, a quant à lui déclaré qu'il soutenait la position du président, mais que celui-ci devrait réussir à convaincre l'ensemble du Congrès.

Mardi après-midi, le secrétaire d'État John Kerry, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel et le chef d'état-major Martin Dempsey doivent témoigner publiquement devant la commission des affaires étrangères du Sénat.

Plus tôt mardi, d'autres responsables de la sécurité au sein de l'administration Obama tiendront des rencontres à huis clos avec tous les membres du Congrès. Des réunions semblables ont déjà eu lieu dimanche et devraient se poursuivre jeudi et vendredi.

Le secrétaire d'État témoignera également mercredi devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants. M. Kerry et le directeur national du renseignement, James Klapper, tiendront aussi une réunion à huis clos mercredi avec des membres de la commission des affaires étrangères du Sénat.

Des membres du caucus démocrate à la Chambre des représentants ont participé lundi à une conférence téléphonique avec la conseillère à la sécurité nationale Susan Rice, ainsi que les autres responsables de la sécurité de l'administration Obama.

Le président a indiqué qu'il voulait lancer une action militaire limitée en réponse à l'attaque chimique. Selon son administration, les forces gouvernementales syriennes ont utilisé du gaz sarin et tué 1429 civils, dont plus de 400 enfants, lors de l'attaque du mois d'août.

La stratégie de la Maison-Blanche pour convaincre les membres du Congrès consiste à dire que le fait de ne pas agir face au régime syrien affaiblirait toute tentative de dissuasion contre l'utilisation d'armes chimiques et pourrait renforcer non seulement le président Bachar el-Assad, mais aussi l'Iran et le Hezbollah libanais.

La décision du président Obama d'obtenir le feu vert des élus avant une intervention en Syrie ouvre la voie au plus important vote de politique étrangère au Congrès depuis la guerre en Irak.

M. Obama peine à rallier ses partenaires internationaux à l'idée d'une opération contre Syrie. Parmi les grandes puissances, seule la France semble prête à se lancer dans une intervention. Le Parlement britannique a voté contre l'usage de la force en Syrie la semaine dernière.

La Russie s'oppose à toute intervention en Syrie et affirme que les preuves présentées par les États-Unis au sujet de l'attaque chimique ne sont «absolument pas convaincantes».

La Chine a pour sa part appelé les États-Unis à ne pas entreprendre d'action unilatérale contre la Syrie, estimant que cela pourrait aggraver le conflit et entraîner toute la région dans un désastre encore plus grand.

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