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Syrie: Kerry affirme que l'idée d'une intervention militaire se précise

01/09/2013 01:22 EDT | Actualisé 01/11/2013 05:12 EDT

DAMAS, Syrie - Un haut responsable du gouvernement syrien a qualifié l'administration Obama de confuse et d'hésitante, alors même que le secrétaire d'État américain John Kerry a déclaré que Washington possédait des preuves de l'utilisation de gaz sarin en Syrie, et que l'appui envers une attaque militaire était «de plus en plus solide».

Au Vatican, le pape François a condamné l'utilisation d'armes chimiques et a appelé toutes les parties de la guerre civile syrienne à déposer les armes. Le souverain pontife a dit qu'il organiserait une veillée de prière pour la paix en Syrie le 7 septembre.

M. Kerry s'est exprimé une journée après que le président Barack Obama eut annoncé, de façon inattendue, qu'il tenterait d'obtenir l'appui du Congrès avant d'entreprendre des actions militaires contre le régime du président Bachar el-Assad en lien avec une présumée attaque chimique contre des régions rebelles situées près de Damas, le 21 août.

Cette décision représente un changement important pour la Maison-Blanche, qui semblait sur le point d'ordonner aux forces américaines de lancer une attaque de missiles contre la Syrie.

L'agence de presse officielle Sana a cité M. el-Assad qui affirme que son gouvernement est capable de faire face à une frappe américaine, mais n'a pas directement transmis ses déclarations. Plus tôt cette semaine, le président syrien avait affirmé que son pays «se défendrait» contre les attaques militaires occidentales.

Le sous-ministre syrien des Affaires étrangères, Faysal Mikdad, a affirmé dimanche que M. Obama avait reculé par rapport à sa menace parce que son administration ne disposait pas de preuves officialisant l'implication du gouvernement syrien dans les présumées attaques au gaz.

«L'hésitation et la déception est si évidente dans les mots du président Obama», a déclaré M. Mikdad à des journalistes à Damas. «La confusion était également évidente.»

Le régime el-Assad allègue que les attaques du 21 août ont été menées par des combattants rebelles, mais n'a pas présenté de preuves.

Le quotidien syrien officiel Al-Thawra, adoptant un ton quelque peu vantard, a écrit que la décision de M. Obama était significatif d'une défaite.

«Que le Congrès donne ou non l'autorisation de déclencher une agression, et si l'éventualité d'une guerre disparaît ou non, le président Obama a annoncé hier [vendredi] le début d'une retraite américaine historique», a écrit le journal, qui reproduit la ligne de parti du gouvernement.

M. Kerry, lors de passages dans diverses émissions télévisées, dimanche, a déclaré que le président avait le droit d'agir contre la Syrie, qu'il dispose ou non de l'approbation du Congrès.

Il n'est cependant pas allé jusqu'à dire que M. Obama s'engageait à aller de l'avant même si les parlementaires refusaient le recours à la force. Le Congrès doit reprendre ses travaux le 9 septembre.

Le secrétaire d'État a maintenu qu'il n'y avait aucune faiblesse dans la décision présidentielle.

Selon lui, «les Américains devraient célébrer le fait que le président n'agit pas de façon unilatérale».

Sur les ondes de «State of the Union», à CNN, il a affirmé que des échantillons de cheveux et de sang provenant de victimes de l'est de Damas avaient «révélé des traces de sarin».

Ces échantillons, dit M. Kerry, ont été offerts aux États-Unis, et ne proviennent pas des experts en armes chimiques des Nations unies.

Ces experts ont passé une semaine en Syrie, recueillant des échantillons biologiques et de sol dans les zones touchées. Le secrétaire général Ban Ki-moon a dit qu'il présenterait les conclusions aussi rapidement que possible.

Le pape, pendant ce temps, a laissé de côté le traditionnel thème religieux de son apparition hebdomadaire sur la Place Saint-Pierre, dimanche, et a consacré la quasi-totalité de son homélie à la Syrie.

«Mon coeur est blessé par ce qui se passe en Syrie, et angoissé par les développements dramatiques» à l'horizon, a dit le souverain pontife, en faisant supposément allusion à la possibilité de frappes américaines et françaises.

Le pape a réitéré ses appels pour que toutes les parties déposent les armes et «écoutent la voix de leur conscience et, avec courage, prennent le chemin de négociations».

Au cours de la dernière semaine, la marine américaine a déplacé des navires de guerre dans l'est de la Méditerranée, alors que l'administration Obama évaluait ses options. Le président a choisi d'aller chercher l'appui du Congrès avant de lancer des frappes, disant croire que ce chemin «renforcerait» les États-Unis.

La Maison-Blanche a envoyé au Congrès une première version d'une résolution pour obtenir un appui favorable à une réponse militaire pour «nuire» à la capacité d'utilisation des armes chimiques du régime el-Assad. Le Sénat tiendra des audiences la semaine prochaine pour qu'un vote puisse avoir lieu après la reprise des travaux.

La stratégie présidentielle comporte d'énormes risques pour la crédibilité de M. Obama et celle des États-Unis, et l'administration a argué que le «sérieux» du pays était menacé par rapport à la Syrie. Il y a longtemps, le président a déclaré que l'utilisation d'armes chimiques était une «ligne rouge» qu'el-Assad ne serait pas autorisé à franchir avec impunité.

Le premier ministre britannique David Cameron a emprunté une voie similaire, la semaine dernière, en demandant aux Communes d'appuyer une action militaire contre la Syrie, seulement pour y subir une cuisante défaite.

Pour certains membres de l'opposition syrienne, qui plaçaient de grands espoirs dans des frappes américaines, la décision de M. Obama de repousser l'intervention s'est révélée être une source de désespoir et de tourment quant au moment — et la possibilité — que Washington agisse.

Pour d'autres, le choix du président correspond à l'attitude habituelle d'un pays qui, disent-ils, n'a rien fait pour mettre fin au conflit meurtrier et au bain de sang en Syrie.

En prévision des frappes potentielles, l'opposition et des résidents de Damas ont fait savoir que le régime el-Assad avait déplacé ses troupes et son équipement militaire à l'extérieur de ses bases pour les stationner dans des zones civiles.

Le principal groupe d'opposition, la Coalition nationale syrienne, a déclaré dimanche par voie de communiqué que l'armée avait déplacé des lance-roquettes, de l'artillerie et d'autres armes lourdes dans les quartiers résidentiels des villes à l'échelle du pays.

Au Caire, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe devaient tenir une réunion d'urgence, dimanche soir, pour discuter de la Syrie. La semaine dernière, le groupe de 22 nations a condamné l'attaque du 21 août à l'extérieur de Damas, mais a dit qu'il n'appuyait pas une action militaire sans le consentement des Nations unies.

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