DIVERTISSEMENT

FME 2013: Indian Handcrafts, Esmerine, Success, Amantani et Grenadine

01/09/2013 12:50 EDT | Actualisé 01/11/2013 05:12 EDT
Courtoisie

Samedi après-midi à Rouyn, les mines sont toujours heureuses, mais certaines se retranchent derrière leurs grosses lunettes fumées. Les nuits sont souvent longues au FME. À la grande maison, qui sert d’accueil et de salle de presse, perchée sur la colline qui donne vue sur le lac Osisko, ça bourdonne. Responsables du FME, journalistes, artistes ou simples consommateurs de café bougent à des vitesses différentes. Dehors, Dany Placard se tient debout non loin de la porte principale. Il n’est pourtant pas au programme 2013, mais nous apprend qu’il est de la bande qui accompagne Chantal Archambault, invitée à donner un concert extérieur surprise dans le stationnement du garage qui borde le terrain de l’Agora des arts. La journée est partie.

Dans l’arrière-cour, les trois membres du nouveau groupe Dear Criminals - Frannie Holder (Random Recipe), Charles Lavoie (Lackofsleep, b.e.t.a.l.o.v.e.r.s) et Vincent Legault racontent en entrevue cette aventure qu’ils n’auraient pas cru possible il y a un an, mais qui aujourd’hui leur fait du bien. Un folk émotif, hanté et calme qui comble une autre part artistique de ces trois musiciens impliqués aussi dans d’autres destins. Une discussion d’une heure qui s’entamera avec belle humeur et une ribambelles de boutades pour se terminer dans une réflexion sur la signification d’un album dans le monde difficile de l’industrie musicale.

Fin d’après-midi, la lumière change lentement et c’est le moment de se rendre à pied jusqu’au bar Le Groove, où se donne en spectacle la jolie chanteuse québécoise Julie Brunet alias Grenadine (connue davantage pour ses collaborations avec Cœur de Pirate, Carl-Éric Hudon et le Husky). Elle aurait déjà donné 4 performances au FME au cours des années antérieures. Mais cette fois-ci, elle arrive avec du nouveau matériel issu d’un album complet réalisé par Jérôme Minière et qui, normalement, sortira à l’automne. Lors de cette prestation formule 5 à 7, deux gars à la guitare électrique et à la batterie puis elle à la voix (elle sortira aussi un ukulélé durant un moment).

L’artiste, qui plait grandement à nos cousins français, nage toujours dans une pop rétro sucrée mais avec, à entendre quelques pièces, un peu plus de mordant cette fois-ci. Mentionnons cette chanson (le titre nous échappe) offerte après L’amant lamentable, interprétée par une guitare doucement rajeuse qui détonne avec la voix soignée de Grenadine. Pour le reste, difficile de juger de la qualité de ce nouveau concert, préparé d’abord pour cette venue au FME. Le talent est là, l’assurance peut-être un peu moins. Il faudra du temps pour resserrer le tout (elle aura dû s’excuser de ne pouvoir offrir de chanson en rappel, ayant épuisé toutes les pièces pratiquées pour le show). Il faudra également rassurer cette voix quelques fois hésitante. Pour le reste, elle trouvera probablement la vraie identité de cette Grenadine encore, croyons-nous, en construction. À suivre.

Du bon bruit

Après, nous tendons l’oreille au Petit Théâtre du Vieux Noranda où jouent quatre jeunes rockeurs originaires de Saint-Antoine-de-Tilly (mais installé à Montréal) réunis sous le nom d’Amantani. En octobre sortait Les Grandes nocturnes, second EP de la formation. Sympathique rock garage sale mais mélodique, le travail est somme toute assez bien foutu. Les arrangements ne renversent pas, mais ici et là, on se fait accrocher par les rythmes effervescents de Bouger ton corps ou encore Les pieds sur terre. Pour les paroles, c’est essentiellement l’histoire de jeunes gars qui vivent la vie. Rien ne trop poétique ici. À suivre aussi.

La vraie surprise jusqu’à maintenant est incarnée par l'époustouflant chanteur et leader de la formation, Mister Eleganz, une sorte de dandy pervers habillé en vendeur d’assurances qui se démène comme un endiablé. Wow, quelle présence. Les autres musiciens de ce quatuor de Rennes, en France, font aussi du bon travail. Guitare acerbe, batterie énergiques, rythmes synthétiques en toile de fond issus des pads électroniques (et des voix robotiques éparses qui rappellent celles de Daft Punk), tout ça dans une pâte rock’n’roll hard à la limite du stoner qui tient très bien, malgré les nombreux dangers de dérive.

Ici et là, un comportement provocateur de Eleganz, une arrogance cynique très travaillée, des gestuelles quasi chorégraphiées, bref un spectacle rodé au quart de tour soufflé par un dynamisme qui décoiffe. Du début à la fin, la foule danse, se défoule et adore de toute évidence l’énergie « inquiétante » du chanteur.

Seul vrai bémol, la pièce S.U.C.C.E.S.S offerte en fin de concert, sorte de chanson racoleuse qui sent davantage la plage d’un Club Med que le plancher de danse d’une salle électro.

Changement de ton drastique ensuite à l’Agora des arts où la formation canadienne Esmerine propose son post-rock enveloppant et « dreamy ». Signée sous Constellation Record, étiquette des renommés Godspeed You! Black Emperor, le groupe existe depuis une dizaine d’années déjà. Violoncelle (Rebecca Foon), percussions diverses (Bruce Cawdron), tambours et autres jouets à vent sont proposé par le groupe qui avait fait paraître en 2011 l’album La Lechuza, enregistré au studio de Patrick Watson à Montréal. Cette fois-ci, au FME, Esmerine offre une ambiance toute particulière puisée dans leur tout récent disque (septembre 2013) intitulé Dalmak, fait à la fois à Istanbul, Turquie, et dans la métropole québécoise. Inspiré.

Le dernier spectacle de la soirée, mais non le moindre, c’est le cas de le dire, le jeune duo Indian Handcrafts est certainement l’un des coups de cœur du FME 2013. Originaires de Barrie, en Ontario, Brandyn James Aikins à la batterie et Daniel Branden Allen à la guitare ne font pas dans la dentelle. C’est du hard assumé, une musique carrément imbibée du stoner rock. Au bar du Diable Rond, certains le qualifient carrément de métal. En somme, Indian Handcrafts fait du bruit et dès l’après-midi, le bruit courait dans la ville à propos de l’indéniable talent de ses membres qui avait aussi joué la veille, au même endroit, vers minuit.

Pourquoi le buzz ? Bien que le guitariste se tire très bien d’affaire sur scène (les deux gars chantent aussi), il est impressionnant de voir Aikins battre ses caisses et ses cymbales. Et tout ça en livrant un flot de paroles convaincues et pas trop réconfortantes pour les cordes vocales. On suinte pour lui tellement le gars se démène sur ces arrangements pesants, survoltés, forts, mais quand même mélodiques.

Du nombre des festivaliers, la moitié est ressortie de l’endroit ébranlée ou étourdie. Le style ne peut plaire à tous, nous en conviendrons. Mais rares sont ceux qui pourront questionner le talent de ces excellents musiciens, qui réussissent même à faire danser les gens sur une version métal de Detroit Rock City (un cover pour le fun), du groupe Kiss, à 2h du matin.

Pour consulter la programmation, on peut visiter le site du festival à l’adresse www.fmeat.org

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