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Denis Côté se réjouit du contre-emploi de Pierrette Robitaille dans «Vic+Flo...»

30/08/2013 11:45 EDT | Actualisé 30/10/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le cinéaste Denis Côté, qui déplore les étiquettes de «radical» ou de «films de festival» accolées souvent à son travail, estime avoir des dialogues plus francs ainsi que des personnages plus forts dans «Vic+Flo ont vu un ours».

Il souligne aussi l'étonnement de plusieurs à voir l'actrice Pierrette Robitaille («C't'à ton tour Laura Cadieux») plonger dans son univers, elle-même faisant valoir un rôle à part dans sa filmographie très axée sur la comédie.

Pierrette Robitaille incarne le rôle de Vic, une femme en libération conditionnelle qui veut refaire sa vie à l'écart du monde dans une cabane en forêt, avec Flo — interprétée par la Française Romane Bohringer — avec qui elle a partagé plus de dix ans d'intimité en cellule.

Denis Côté («Bestiaire», «Curling»), qui en est à son septième long métrage, dit ne pas renier son obsession pour la forme et la mise en scène, mais estime pouvoir rejoindre «un peu plus de gens avec des personnages plus définis».

Il ajoute du même souffle voir dans le personnage de Vic un «petit fond autobiographique», s'imaginant parfois vivre comme cinéaste «en dehors de toute industrie cinématographique».

Denis Côté soutient avoir voulu davantage qu'un «psychodrame intime» pour «Vic+Flo...», parlant de notions de thriller, d'humour noir, «jusqu'à aller vers une finale quasiment grotesque».

«J'aime les gens qui se débattent avec l'idée de participer ou non à la société. Si dans 'Curling', j'avais un homme qui ne savait pas s'il devait rejoindre la société ou non, pour Vic, c'est clair, elle n'a plus besoin du monde. Elle dit de la laisser tranquille dans la forêt, avec son jardin, sa blonde. Ce ne sont pas des 'freak'. L'idée de Vic n'est pas folle, mais des événements du passé vont revenir par la bande. Ce ne sera pas aussi facile», relate le cinéaste.

Isolées, Vic et Flo reçoivent tout de même les visites d'un agent de libération conditionnelle, interprété par Marc-André Grondin, et d'une femme, jouée par Marie Brassard, qui demande un droit de passage sur le terrain.

«Vic+Flo ont vu un ours» a remporté en février un Ours d'argent au prestigieux Festival international du film de Berlin, a été vendu à ce jour dans huit pays, et sera encore à l'affiche dans bon nombre de festivals.

Le film sort en salles au Québec vendredi prochain, le 6 septembre, et Denis Côté espère bien qu'il saura plaire.

«Ce n'est pas juste un film de personnages, c'est un film de cinéma. Les gens me connaissent. Souvent, ma priorité, c'est le cinéma et la mise en scène plus que les personnages, heureusement ou malheureusement. On me l'a reproché des fois. C'est vrai qu'on sent ma main partout, que je ne laisse pas facilement aller le film à l'émotion et aux personnages. Il y a des effets de distanciation. Vous êtes en présence de quelqu'un d'obsédé par la forme, par la manière de raconter une histoire au cinéma, comment la déconstruire et la reconstruire», expose Denis Côté.

«Je pense qu'en regardant 'Vic+Flo', il y a ce plaisir-là, que j'espère contagieux, de jouer avec une matière cinématographique, mais je crois que là, en plus, on a des personnages forts, chose que je n'ai pas toujours eue», ajoute le cinéaste.

Pierrette Robitaille s'est dite «ultra contente et fière» de l'honneur obtenu par le film à Berlin. Elle a ajouté avec candeur avoir souhaité un prix d'interprétation, soulignant que beaucoup de femmes «de son âge» avaient des rôles marquants dans la compétition à la Berlinale cette année.

L'actrice Paulina García a finalement décroché le prix pour «Gloria» de Sebastián Lelio, une coproduction Chili-Espagne.

«C'est pas évident, ils savent pas quoi faire avec nous autres, des mères, des grands-mères, lance-t-elle en entrevue. C'est le fun quand on nous voit autrement. Denis (Côté), je ne sais pas ce qui lui a pris. Il n'a pas eu peur de me demander de faire quelque chose de complètement en dehors de ce que les gens connaissent de moi. (...) Moi j'ai tendance à dire que tout le monde peut jouer la comédie ou le drame. On me dit: 'Toi t'es drôle'. Tout le monde vit des drames. Je suis capable d'aller puiser ça.»

Concernant Vic, Pierrette Robitaille y voit «une femme brisée, déçue de la vie à l'âge qu'elle a». «Elle a plus tellement d'ouverture sur grand chose. Ce n'est pas comme Florence, qui est plus jeune, explique-t-elle. Son histoire d'amour est probablement la seule chose qui la touche encore. Elle fait tout reposer sur Flo, en lui disant qu'elle est sa vie, son espoir. C'est lourd à porter, on a beau dire.»

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