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Barack Obama n'écarte pas une intervention militaire unilatérale en Syrie

29/08/2013 05:19 EDT | Actualisé 29/10/2013 05:12 EDT

WASHINGTON - Le président américain Barack Obama envisageait, jeudi, la possibilité de lancer une intervention militaire unilatérale contre la Syrie d'ici quelques jours, dans la foulée de l'étonnant rejet par le Parlement britannique de toute action en ce sens.

Faisant également face à du scepticisme chez elle, l'administration américaine a partagé des renseignements avec les législateurs dans le but de les convaincre que le gouvernement syrien a utilisé des armes chimiques contre son peuple, et doit être puni.

Malgré la présence d'embûches à la formation d'une coalition internationale, M. Obama n'a pas paru découragé et des conseillers ont confié qu'il serait tenté de riposter à la Syrie sans l'aide de quiconque. Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche, a d'ailleurs rappelé que le président est élu avec le mandat de protéger les intérêts de sécurité nationale aux États-Unis.

Avant même le vote à Londres, les États-Unis se préparaient à agir sans l'autorisation formelle des Nations unies, où la Russie a bloqué les tentatives pour adopter une résolution approuvant l'utilisation de la force, ou du Capitole. Mais les États-Unis s'attendaient à ce que la Grande-Bretagne, l'un de ses principaux alliés, contribuent à un tel effort.

De hauts responsables américains ont discuté avec un certain nombre de législateurs pendant plus de 90 minutes, dans le cadre d'une téléconférence jeudi soir, pour leur expliquer pourquoi ils croient que le gouvernement de Bachar el-Assad est coupable d'une présumée attaque chimique la semaine dernière.

Ces responsables ont affirmé aux législateurs que 1300 hommes, femmes et enfants ont perdu la vie lors des présumées attaques, a confié le représentant démocrate C.A. Dutch Ruppersberger, qui siège au sein du Comité du renseignement de la Chambre des représentants. Ce chiffre est beaucoup plus élevé que ce qui a été rapporté; le groupe humanitaire Médecins sans Frontières a estimé que l'attaque survenue près de Damas avait tué 355 personnes.

Des législateurs des deux partis politiques pressent M. Obama de leur fournir des arguments juridiques sur lesquels se fonderait une action militaire et d'en spécifier les objectifs, ainsi que de de monter un dossier liant clairement M. El-Assad aux présumées attaques.

Durant la réunion d'information, plusieurs législateurs ont soulevé la question du financement d'une opération militaire, au moment où le Pentagone est confronté à des compressions automatiques des dépenses et des réductions de budgets.

Jim Inhofe, le principal sénateur républicain à siéger au sein du Comité des services armés et un participant à la téléconférence, a confié dans un communiqué que l'administration avait présenté une «grande variété d'options» pour traiter de la question de la Syrie, mais avait été incapable de proposer un plan unique, un échéancier, une stratégie ou une explication sur le financement de toute opération militaire.

Il reste à savoir si certains sceptiques ont pu être influencés par la téléconférence, compte tenu du fait que plusieurs prévoyaient que les hauts responsables tairaient des informations classifiées afin de protéger les sources de renseignement et leurs méthodes.

«Il ressort qu'ils n'ont aucun doute que les forces d'El-Assad ont utilisé des armes chimiques», a déclaré, après la réunion, Eliot Engel, le principal représentant démocrate au sein du Comité des Affaires étrangères de la Chambre des représentants et un partisan de l'approche du président Obama.

Mais il a ajouté que les responsables n'avaient pas amené beaucoup de nouvelles preuves à cet effet.

Le représentant républicain Howard McKeon, président du Comité des services armés de la Chambre des représentants et un autre participant à la téléconférence, a confié que les responsables de l'administration avaient amorcé le processus visant à déclassifier les preuves qu'ils possèdent selon lesquelles le gouvernement syrien a utilisé des armes chimiques.

«Lorsque ce sera complété, nous comprendrons. Mais c'est au président des États-Unis de présenter sa thèse, de la vendre à la population américaine. Elle est très lasse de la guerre. Nous sommes en guerre depuis plus de dix ans», a déclaré M. McKeon à des journalistes lors d'une conférence de presse qui a suivi la téléconférence, de son bureau de Valencia, en Californie.

Caitlin Hayden, la porte-parole de M. Obama au Conseil de sécurité nationale, a fait savoir que les États-Unis continueraient de consulter la Grande-Bretagne, mais que le président prendrait sa décision en tenant compte «des meilleurs intérêts des États-Unis».

Il n'était pas certain, par ailleurs, que les États-Unis devront agir seuls. La France a annoncé que ses forces armées «ont été placées en position pour répondre» si le président François Hollande décide de mobiliser des troupes pour une intervention en Syrie. M. Hollande n'a pas besoin d'une approbation parlementaire pour lancer une action militaire d'une durée inférieure à quatre mois.

M. Obama a poursuivi ses démarches auprès des leaders mondiaux afin de répliquer de façon énergique, discutant jeudi avec la chancelière allemande Angela Merkel. Mais avec des élections nationales prévues pour le mois de septembre en Allemagne, il est peu probable que Mme Merkel pousse son pays dans un conflit militaire.

Mme Merkel a également discuté du dossier de la Syrie avec le président russe Vladimir Poutine, insistant sur le fait que l'attaque «nécessitait une réaction internationale», a confié Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière.

Bachar el-Assad, qui nie avoir fait usage d'armes chimiques, a promis que son pays allait «se défendre contre toute attaque».

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