DIVERTISSEMENT

«Que sommes-nous devenus?» : le nouveau credo d'Espace Libre (VIDÉO)

26/08/2013 08:24 EDT | Actualisé 27/10/2013 05:12 EDT

La direction d’Espace Libre avait convié ses artisans, les familles de ceux-ci et les médias à une grande épluchette de blé d’inde à l’heure du 5 à 7, jeudi dernier, pour lancer sa saison 2013-2014. Manque de bol, une pluie torrentielle s’est abattue sur la métropole peu avant la fin de l’après-midi. Qu’à cela ne tienne; le pique-nique s’est tenu à l’intérieur du petit établissement de la rue Fullum. Avec le DJ qui assurait une ambiance musicale décontractée et les enfants qui couraient un peu partout, l’absence de soleil ne marquait aucune différence.

Festif et joyeux, le rassemblement reflétait en partie la thématique de la 32e année d’existence d’Espace Libre, qui se déclinera sous l’existentielle question « Que sommes-nous devenus? » « On propose 12 projets de théâtre, d’exploration, de recherche, qui réfléchissent chacun à leur façon au groupe, au territoire, à la société, aux frontières, à la nation, au pays, a énuméré Philippe Ducros, directeur artistique de l’endroit. Je crois que le théâtre peut redéfinir le vocabulaire de certaines bases sur lesquelles on construit le monde de demain.

On parlera donc de globale surveillance, de douleurs entre francophones et anglophones, de la place de l’homme dans la société moderne et de l’importance qu’on accorde au bonheur. On se demandera aussi pourquoi on a à la fois le meilleur niveau de vie et le plus haut taux de suicide, pourquoi les gens sont prêts à tuer pour venir jusque chez nous, et comment évolue la pensée autochtone. L’Espace Libre a un mandat de création, et on est les seuls à Montréal à être aussi pointus dans notre rôle de laboratoire théâtral et humain. »

12 univers différents

Une douzaine de compagnies proposeront donc des pièces apportant un point de vue unique sur notre identité et ses mille dérivés. Dominion, de Sébastien Dodge, ouvrira le bal à compter 10 septembre. Félix Beaulieu-Duchesneau, Patrice Dubois, Myriam Fournier, Miro Lacasse et Mathieu Gosselin interpréteront cette fable sanglante, campée à la naissance de la Confédération, image d’une plaie entre nature et urbanité, entre Français et Anglais, portrait de notre mémoire et des cicatrices du passé.

Ce corps qui parle, écrite, jouée et mise en scène par Yves Marc (et qui sera précédée de Splendeur et misère d’une courtisane), braquera une immense loupe sur nos rapports avec notre corps, évoquera nos désirs, nos pulsions, nos somatisations, du 8 au 26 octobre.

Du 30 octobre au 9 novembre, ce sera Andreï ou le frère des trois sœurs, adaptation libre des Trois sœurs, d’Anton Tchekhov, qui tiendra l’affiche. Justin Laramée dirigera Olivier Aubin et Émilie Gilbert dans cette tragicomédie traitant de la masculinité et sa dualité.

Frédéric Dubois s’attardera au capitalisme, à « l’homme et son péché », dans Viande à chien, qui mettra en vedette Guillaume Baillargeon, Louise Cardinal, Sébastien Dodge, Jonathan Gagnon et Noémie O’Farrell. Alexis Martin et Daniel Brière ont apporté leur contribution à ce texte, qui résonnera du 19 novembre au 7 décembre.

Symphonie indisciplinée et multidisciplinaire se penchant sur l’envoûtement et le pouvoir, Les oiseaux mécaniques questionnera l’obéissance, sous les traits d’une dizaine d’acteurs et selon la vision de neuf concepteurs, du 11 au 21 décembre.

On accueillera l’hiver 2014 avec Le souffleur de verre, portrait d’une communauté en mode survie, repliée sur elle-même, réunissant notamment Henri Chassé, Denis Gravereaux, Marcel Pomerlo, Vincent Magnat et Monique Mercure, sous les ordres de Denis Lavalou. À voir, du 14 janvier au 1er février.

Amours fatales combinera trois créations de Jean Racine et soulignera la domination de l’amour sur notre monde, sa violence, sa possession, ses passions aveugles, sa fougue. Cinq comédiens encore inconnus se donneront la réplique, du 11 février au 8 mars.

On reprendra du 11 au 15 mars le succès de l’an dernier, Ignorance, collectif écrit et matérialisé par la troupe The Old Trout Puppet Workshop, qui oppose les modes de communication des hommes préhistoriques (qui hurlaient sur des carcasses de mastodontes) et ceux des êtres d’aujourd’hui (qui tweetent en 140 caractères). Où avons-nous perdu le chemin du bonheur dans cette évolution?

Globale surveillance ne sera pas sans rappeler Big Brother avec ses caméras et ses satellites qu’on étudiera avec attention, ces écrans qui régissent désormais nos intimités. On applaudira cette production française du 18 au 22 mars.

On enchaînera après avec Eden Motel, œuvre de Philippe Ducros, du 1er au 19 avril. Des naufragés du rêve américain, incarnés notamment par Guillaume Cyr, Sébastien Dodge, Marie-Laurence Moreau, Dominique Quesnel et Sébastien René, échoueront dans un motel d’autoroute et discuteront de valeurs collectives.

T’en souviens-tu, Pauline? amalgamera théâtre, musique et vidéo pour faire de la vie de Pauline Julien une métaphore de notre époque, de notre désir de pays et de changements, du 10 au 19 avril. Audrée Southière portera sur ses épaules cette reformulation de la question nationale, assistée de la metteure en scène Mathilde Addy-Laird.

Enfin, Comme des sauvages, d’Hugo Latulippe, nous emmènera dans un voyage initiatique au cœur du monde autochtone. Cette performance documentaire, construite sur une recherche de Guylaine Bombardier, s’inspirera des territoires d’hier et de l’esprit des Premières Nations. Cette clôture sera présentée du 12 au 23 juin.

Pour davantage de renseignements sur l’Espace Libre, on consulte le www.espacelibre.qc.ca

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