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Les experts de l'ONU pris pour cible à Damas

26/08/2013 06:33 EDT | Actualisé 26/10/2013 05:12 EDT

Les experts de l'ONU qui doivent enquêter sur un éventuel usage d'armes chimiques en Syrie la semaine dernière ont entrepris leurs travaux dans la banlieue sud-ouest de Damas, lundi matin, malgré le fait que leur véhicule ait été pris pour cible par des tireurs embusqués en se dirigeant vers les lieux.

« Le premier véhicule de l'équipe de recherche sur les armes chimiques a été délibérément pris pour cible à plusieurs reprises par des tireurs embusqués non identifiés dans la zone tampon », a déclaré un porte-parole des Nations unies, Martin Nesirky. Personne n'a été blessé, mais le véhicule touché a dû être remplacé, a-t-il ajouté.

Les autorités syriennes n'ont pas tardé à imputer ces tirs aux insurgés. « Le gouvernement syrien tiendra les mouvements terroristes pour responsables de la sécurité des membres de l'équipe des Nations unies », selon la télévision publique, qui cite une source proche du ministère de l'Information.

La Coalition nationale syrienne et l'Armée syrienne libre (ASL) ont quant à eux déclaré dans un communiqué qu'ils « condamnent fermement les agissements des milices du régime d'Assad aux entrées de Mouadimiya [...] qui ont tiré sur les voitures qui transportaient l'équipe de l'ONU [...] pour les intimider et les empêcher de parvenir à la vérité ».

Les enquêteurs ont tout de même repris leurs activités peu après à Mouadimiya, une localité détenue par des insurgés, mais assiégée par les forces gouvernementales. Selon des opposants syriens, l'équipe de l'ONU est arrivée via un point de contrôle des services de renseignement de l'armée de l'air.

« Je suis avec l'équipe en ce moment », a déclaré à Reuters un médecin de la localité, Abu Karam. « Nous sommes dans la mosquée Raouda et ils rencontrent des blessés. Nos médecins et les inspecteurs parlent aux patients et prennent des échantillons des victimes. »

Un journaliste de l'AFP a constaté un peu plus tard que les inspecteurs étaient revenus au Four Seasons de Damas. Ils se sont refusé à tout commentaire sur leur visite, qui a duré près de trois heures.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a fait savoir peu après que les experts de l'ONU ont pu recueillir des témoignages dans deux hôpitaux de la région. Il a aussi fait savoir que l'ONU avait émis une « ferme protestation » auprès des autorités syriennes au sujet des tirs dirigés contre eux.

L'opposition soutient qu'une attaque chimique menée par le régime mercredi dernier a fait des centaines de morts dans des localités de la Ghouta orientale. Le régime syrien dément avoir utilisé des armes chimiques.

« Est-ce qu'un État emploierait des armes chimiques ou toute autre arme de destruction massive là où ses propres forces sont concentrées? », a déclaré le président Bachar Al-Assad au journal russe Izvestia. « Ce serait contraire à la logique la plus élémentaire. De telles accusations sont donc entièrement politiques. »

Les autorités syriennes n'ont donné leur feu vert que dimanche aux inspecteurs de l'ONU. Les États-Unis et leurs alliés jugent cette autorisation tardive et craignent que les preuves n'aient disparu sous les bombes qui ont continué à s'abattre sur le secteur depuis.

Selon les Nations unies, Damas et les rebelles de la Ghouta ont accepté le principe d'un cessez-le-feu pendant l'inspection du site.

La visite des enquêteurs de l'ONU se déroule au moment où Londres s'interroge ouvertement sur la possibilité d'attaquer le régime syrien, même sans l'aval du Conseil de sécurité des Nations unies.

La rencontre Genève II compromise

Le secrétaire général de la Coalition nationale syrienne, Badr Jamous, affirme que le projet de conférence internationale sur la Syrie à Genève n'est plus d'actualité en raison de la présumée attaque chimique de la semaine dernière.

« Nous devons punir ce dictateur, Bachar le Chimiste ainsi que nous l'appelons, et ensuite seulement nous pourrons discuter de Genève », a-t-il dit à Reuters, à l'issue d'une rencontre à Istanbul avec des émissaires du groupe des Amis de la Syrie.

« Cette réunion devait porter sur Genève II, mais nous avons refusé d'en discuter après ce qui s'est passé. »

La conférence de Genève II a été proposée conjointement par la Russie et les États-Unis au début du mois de mai. Elle est censée réunir autour d'une même table les représentants du gouvernement de Bachar Al-Assad et de la rébellion.

Les islamistes d'Al-Nosra prêts à venger les victimes

Le Front Al-Nosra, mouvement islamiste se réclamant d'Al-Qaïda, promet de s'en prendre aux villages alaouites en représailles à l'usage présumé d'armes chimiques de la part de l'armée, dans une vidéo diffusée dimanche sur YouTube.

« Pour chaque roquette chimique qui s'est abattue sur notre peuple à Damas, un de leur village paiera, si Dieu le veut », dit Abou Mohammad al Golani, chef de file de ce groupe armé sunnite, qui participe à l'insurrection armée. Les alaouites sont une minorité de l'islam chiite. Le président Al-Assad en est issu.

« Qui plus est, nous allons préparer des milliers de roquettes qui seront tirées sur leurs villes pour venger le massacre de la Ghouta, à Damas », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, la télévision d'État El Ikhbariya a soutenu lundi que quatre obus de mortier se sont abattus sur la vieille ville Damas, qui est inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO. Plusieurs personnes auraient été blessées et une église arménienne aurait été endommagée.

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