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Commission nationale sur l'assurance-emploi : voix unanimes à Gaspé

26/08/2013 09:54 EDT | Actualisé 26/10/2013 05:12 EDT

Il y a eu bien peu de Gaspésiens, lundi après-midi, à Gaspé, pour trouver des qualités à la récente réforme de l'assurance-emploi du gouvernement Harper.

La première séance de la Commission nationale sur l'assurance-emploi a été l'occasion pour les Gaspésiens de dire à quel point la réforme de l'assurance-emploi fragilise leur économie.

La question politique du régime d'assurance-emploi n'a pas été soulevée par les Gaspésiens. Tous semblaient plutôt préoccupés par les bouleversements qu'ils anticipent dans leur milieu en raison des pertes de revenus ou de l'exode des travailleurs.

D'entrée de jeu, le président de la Conférence régionale des élus (CRE) de la Gaspésie et des Îles, Bertrand Berger, a donné le ton en rappelant l'importance du travail saisonnier pour l'économie de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Si on ne reconnaît pas cette réalité, on ne pourra pas trouver de solution, croit Bertrand Berger, qui préconise des mesures de soutien à la formation et aux entreprises.

Comme plusieurs qui interviendront par la suite, Bertrand Berger a aussi réclamé un statut particulier pour les travailleurs saisonniers. Personne parmi les intervenants entendus par la suite n'a précisé les modalités d'un tel statut, et ce, même si la question a été posée par le coprésident, Gilles Duceppe.

Manque d'écoute

La CRE a aussi relevé le manque d'écoute des conservateurs envers les Gaspésiens et les régions ressources. Il a raconté sa visite à Ottawa avec des membres de la Coalition de l'Est du Québec contre la réforme.

La ministre des Ressources humaines, Diane Finley, n'a rien voulu entendre, a-t-il rapporté aux commissaires. La CRE estime que le régime ne tient plus compte de la réalité économique de petites municipalités dévitalisées ni de celles des sous-régions.

Un seul travailleur saisonnier, Laurent Juneau, qui travaille pour une petite entreprise d'excursions en mer, est venu décrire sa situation.

Ce sont surtout des employeurs et des chambres de commerce qui ont été entendus par les commissaires lors de leur première rencontre publique. Ils ont tous souligné l'attachement envers leur industrie, leur main-doeuvre. Au passage, certains ont souligné que la réforme renforçait les stéréotypes envers les Gaspésiens. « Ce n'est pas le travailleur qui est saisonnier, c'est le travail », a déclaré Bertrand Berger.

Ils ont tous témoigné des difficultés qu'ils vivent déjà et de celles qu'ils anticipent en raison des modifications du programme. Les propos d'O'Neil Cloutier, du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, du Regroupement des organismes communautaires ou du Collectif des entreprises sylvicoles sont à cet égard éloquents. Ce sont les jeunes et la relève qu'on perd, ont-ils dit, tour à tour. O'Neil Cloutier, qui représente quelque 163 homardiers, va même jusqu'à craindre pour l'avenir de son industrie.

« Quand bien même on réussirait à trouver de l'emploi à l'année à tous les travailleurs saisonniers, qui va les occuper ces emplois-là, après? » a lancé un des porte-parole de la CSN lors de la présentation du mémoire conjoint des syndicats CSN, CSQ, CSD et FTQ.

Les représentants régionaux des centrales syndicales ont réitéré les demandes déjà déposées par leurs instances nationales. Pour les centrales, la réforme accentuera l'insécurité et la précarité des travailleurs et déstabilisera certaines industries. Ils veulent entre autres qu'une norme d'admissibilité unique et universelle de 13 semaines d'emploi assurable soit adoptée. Les syndicats demandent surtout que le régime retrouve sa vocation d'origine et protège efficacement les travailleuses et les travailleurs en chômage.

Fragilité économique

La porte-parole de la Table de concertation des femmes de la Gaspésie, Marie-Thérèse Forest, a soulevé un aspect bien particulier des impacts de la réforme. Dans une région pauvre, les femmes sont encore plus pauvres, a-t-elle commenté, soulignant que le troisième emploi en importance occupé par des femmes en Gaspésie est travailleuse dans une usine de transformation de poisson.

Mme Forest s'est aussi attardée sur les conséquences pour les familles ou les femmes dont le conjoint est parti travailler à l'extérieur.

Un des témoignages les plus percutants de la journée a été celui de Sylvain Nadeau, du CSSS de Rocher-Percé, qui comme Mme Forest, s'est attardé sur l'incertitude économique comme source d'angoisse pour bien des gens. Le milieu est déjà très fragile, a-t-il indiqué, rappelant que la MRC de Rocher-Percé ne s'était pas vraiment remise de la fermeture de la Gaspésia. Ces emplois ont été perdus et n'ont pas été remplacés.

L'économie tourne toujours au ralenti dans cette partie de la péninsule. La détresse psychologique y est très grande, notamment chez les hommes. La réforme devient un poids supplémentaire.

Les commissaires seront aux Îles-de-la-Madeleine, mardi. Il y a fort à parier que les discours seront similaires. Plus de 4000 Madelinots, soit le environ le tiers de la population, ont marché en janvier dernier contre les modifications au programme de l'assurance-emploi.

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