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Albanie: la coutume des «vierges sous serment» (PHOTOS, VIDÉO)

26/08/2013 01:06 EDT | Actualisé 26/10/2013 05:12 EDT
Flickr/grofjardanhazy

Bradley Manning révèle sa volonté de devenir une femme, une loi inédite en Californie autorise depuis peu les élèves transgenres à utiliser les toilettes de leur choix, et la vidéo choc d'un transsexuel qui se fait rouer de coups à Moscou émeut les réseaux sociaux.

La transsexualité fait la Une de l'actualité et divise l'opinion publique. Mais ce que peu de gens réalisent, c'est que vivre dans la peau du sexe opposé n'est pas nouveau. Dans certains pays, cela relève même d'une tradition vieille de plus de 500 ans.

Ces photos de Jill Peters intriguent, fascinent, dérangent et questionnent. Plus que de simples portraits, elles racontent une histoire, celle des "vierges jurées" albanaises.

Elles ne sont plus qu'une poignée en Albanie, dans une société longtemps considérée comme la plus tribale d'Europe, régie par le patrilignage et la Vendetta. Elles, sont en fait des "ils". Ou presque...

Une question de survie

Croyez-le ou pas, c'est bien de femmes qu'il s'agit sur ces clichés.

Surnommées les "burrneshë" (de "burrë", homme, et "neshë", suffixe féminin), ces femmes ont bousculé les rapports de genres.

Cette tradition des "vierges jurées" remonte au 15ème siècle, légitimée par une nécessité sociale.

La loi du Talion dans le nord de l'Albanie décimait à l'époque la population masculine, et lorsqu'un patriarche mourait sans héritier mâle, sa famille courait le risque de tout perdre.

"Le droit de voter, de conduire, de gérer une affaire, de gagner de l'argent, de boire, de fumer, de jurer, de posséder une arme ou de porter des pantalons étaient traditionnellement du ressort exclusif des hommes", explique la photographe Jill Peters.

Le "Kanun" (code coutumier albanais) réduisait en effet le rôle de la femme aux tâches domestiques et à l'éducation des enfants. Et si ce n'était que cela... Ce code oral prescrivait aussi que la vie d'une femme vaut la moitié de celle d'un homme, dont elle est la propriété. Mais celle d'une vierge était la même, c'est-à-dire 12 bœufs! Ainsi, les femmes ne pouvaient être ni des victimes honorables, ni des vengeurs potentiels.

"Devenir vierge jurée n'était pas un choix, dit l'ethnologue albanais Mark Tirta. Seuls deux motifs étaient valables : l'annulation d'un mariage ou l'absence de chef de famille."

Il en allait, le plus souvent, de leur survie.

Selon la coutume, la femme pouvait donc faire vœu de virginité et vivre dans la peau d'un homme pour le restant de sa vie. Avec le pantalon, c'est la culotte qu'elle peut ainsi porter, aux yeux de son foyer comme de la société. Et du coup, c'est l'ensemble des attributs de l'autorité masculine qu'elle se voit conférer (y compris le devoir de venger la mort de ses proches), tout en gardant son nom et son corps "intacts". (Suite de l'article après les portraits)

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En voie de disparition

Difficile aujourd'hui de dénombrer le nombre exact de "vierges jurées" toujours en vie dans la région Nord de l'Albanie. En 2000, l'anthropologue Antonia Young en avait compté plus d'une centaine, dans "Women who Become Men" ("Les femmes qui se transforment en hommes"). Cette étonnante coutume est en voie de disparition. On en gardera, tout du moins, ces magnifiques photos qui rendent hommage à ces femmes d'un autre genre.

"Les vierges jurées existent encore aujourd'hui, mais avec la modernisation qui prend progressivement le dessus dans les petits villages alpins en Albanie, cette tradition archaïque est devenue de plus en plus obsolète", constate Jill Peters.

Une masculinité féminine. Un homme au féminin. Une "elle" qui devient un "il". Ou presque...

Sworn Virgins of Albania from T.Poppy on Vimeo.

Le troisième genre

Dans un autre portfolio tout aussi troublant appelé "le Troisième Genre", la photographe met cette fois-ci joliment en scène des hommes sous l'apparence de femmes.

Jill Peters explique au HuffPost Maghreb qu'il s'agit en fait d'eunuques, c'est-à-dire d'hommes castrés.

Les termes de "troisième genre" et de "troisième sexe" désignent des individus qui sont considérés comme n'étant ni homme, ni femme, ou des personnes appartenant à une catégorie sociale dans des sociétés qui reconnaissent plus de deux genres (comme les "Hijra" en Inde et au Bangladesh).

L'Allemagne vient par ailleurs de devenir le premier pays européen à reconnaître les bébés hermaphrodites (ou intersexués).

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