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20/08/2013 09:37 EDT | Actualisé 20/10/2013 05:12 EDT

Toronto: comparution mardi du policier accusé du meurtre de Sammy Yatim

L'agent James Forcillo, accusé de meurtre non prémédité après avoir tiré sur Sammy Yatim en juillet dernier, doit comparaître en cour pour la première fois, mardi vers 10 h, à Toronto.

Il est arrivé au palais de justice de l'ancien hôtel de ville peu après 8 h 30.

Le policier à l'emploi de la Ville Reine depuis six ans devait se rendre aux autorités plus tôt en matinée à un endroit qui n'a pas été rendu public, parce que l'agent a reçu des menaces.

Sammy Yatim, un jeune homme de 18 ans, a été tué par balles alors qu'il se trouvait seul dans un tramway, un couteau à la main. Sa mort a choqué de nombreux Torontois, qui ont vu des images de l'événement, saisies sur le vif par des témoins et publiées sur Internet.

L'Unité provinciale des enquêtes spéciales (UES), qui supervise le travail des corps policiers en Ontario, a déposé, lundi, des accusations de meurtre au second degré contre le policier Forcillo, qui avait ouvert le feu, concluant qu'il y avait « des éléments raisonnables de croire » que ce dernier avait commis un acte criminel.

La famille veut des réponses

La famille de Sammy Yatim se dit « soulagée » que des accusations eurent été déposées. Toutefois, les proches de la victime souhaitent aussi que le travail de l'Unité des enquêtes spéciales fasse toute la lumière sur les actions des supérieurs du policier qui a ouvert le feu.

« Plus de 20 agents en uniforme étaient présents et pas un seul n'a tenté d'arrêter la fusillade ou tenté d'amorcer une médiation », ajoute la famille.

En entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes, le spécialiste des affaires policières Stéphane Berthomet a estimé que l'accusation de meurtre non prémédité était une conclusion logique à ce qui s'était passé.

Selon lui, la vie du policier n'était pas en danger. « Sammy Yatim était agité, peut-être très stressé, mais il ne représentait pas un danger direct pour le policier. C'est un cas d'école d'une situation qui a dérapé. »

Un chef d'accusation de meurtre au second degré implique que l'agent avait l'intention de tuer la victime, même si son geste n'était pas prémédité.

Or, selon l'avocat torontois Selwyn Pieters, l'agent Forcillo aurait dû plutôt être accusé d'homicide involontaire. « Ce sera plus difficile pour la Couronne de prouver qu'il s'agissait d'un meurtre au second degré, dit-il. C'est très rare de voir des cas de policiers accusés et reconnus coupables par un jury d'infractions sérieuses. » Il souligne que les jurés hésitent souvent à condamner un agent en service. Selon lui, la Couronne aura une tâche « herculéenne ».

La semaine dernière, plusieurs centaines de Torontois avaient défilé dans les rues du centre-ville pour demander que « justice soit faite ».

L'agent Forcillo était suspendu avec solde depuis les événements. Selon le président de l'Association des policiers de la Ville-Reine, Mike McCormack, le policier est « bouleversé » par les accusations. Selon plusieurs experts, il plaidera la légitime défense.

Accusation très rare :

Seul un autre policier torontois a déjà fait face à des accusations de meurtre non prémédité dans le passé. L'Unité des enquêtes spéciales avait déposé ces accusations en 2012 contre le policier David Cavanagh relativement à une descente dans un appartement ayant mené à la mort d'Eric Osawe en 2010. Toutefois, un juge avait rejeté la cause lors de l'enquête préliminaire.

Pour sa part, la Fédération du travail de l'Ontario affirme que le dépôt d'accusations n'est qu'un « premier pas ».

Tout comme nombre d'organismes, la Fédération du travail demande une réforme de l'ensemble du système policier en Ontario. « Pourquoi les policiers n'ont-ils pas cherché à désamorcer la situation? demande le communiqué. Pourquoi le superviseur qui a utilisé un pistolet à décharge électrique sur Sammy après qu'il eut été atteint par balle ne fait-il pas l'objet d'une enquête? »

Le chef de police, Bill Blair, avait déjà remis en question le travail de ses agents dans cette affaire, nommant l'ancien juge Dennis O'Connor pour examiner les pratiques du corps policier lors d'interventions auprès de suspects perturbés.

Pour sa part, le président de la Commission des services de police de Toronto, Alok Mukherjee, a affirmé, en réponse aux doléances des proches de suspects abattus par la police au cours des dernières années, qu'il y avait eu « assez de morts ». Il a prôné des « changements significatifs ».

Intervention mortelle :

Selon des enregistrements vidéo de l'altercation entre Sammy Yatim et les policiers survenue dans la nuit du 26 au 27 juillet, pas moins de neuf coups de feu ont retenti après que les agents eurent crié au suspect de laisser tomber le couteau qu'il avait à la main. Six des coups de feu auraient été tirés une fois le jeune homme effondré par terre, disent des témoins. Un superviseur a par ailleurs atteint la victime d'une décharge de pistolet électrique après que les premiers coups de feu eurent retenti.

Plus de pistolets Taser?

L'ex-juge et avocat Dennis O'Connor examinera l'ensemble des pratiques de la police de Toronto, pour ensuite formuler une série de recommandations. Il examinera notamment les façons de faire d'autres services policiers, un peu partout dans le monde.

Le juge à la retraite doit entre autres se pencher sur l'utilisation des pistolets à décharge électrique. À Toronto, seuls les superviseurs peuvent en posséder un. Or, dans le cas de Sammy Yatim, un superviseur est arrivé sur les lieux seulement après qu'un autre agent eut ouvert le feu sur la victime.

M. O'Connor doit rendre son rapport avant la fin de l'année. Le chef Blair a demandé à la Commission des services de police de Toronto de le rendre public.

L'ombudsman provincial, André Marin, a lui aussi ouvert une enquête officielle sur les directives du gouvernement aux policiers qui interviennent dans des situations tendues. Il examinera les directives de la province données à la police sur la marche à suivre lorsque des agents doivent calmer un suspect dans une situation tendue.

Des proches de victimes torontoises ont demandé de le rencontrer pour tenter de trouver des solutions.

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