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19/08/2013 02:00 EDT | Actualisé 18/10/2013 05:12 EDT

C'est l'argent des contribuables, rappelle le vérificateur aux sénateurs

Alors qu'il s'apprête à passer au peigne fin les comptes de dépenses de chacun des sénateurs, le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, envoie un message clair : tous doivent réaliser que l'argent qu'ils dépensent est celui des contribuables.

Un texte de Martin Bégin

Dans un entretien exclusif avec Radio-Canada, sa première entrevue en français depuis sa nomination, le vérificateur général constate que les Canadiens en ont assez du gaspillage. Il croit que la plupart des sénateurs en sont conscients, mais estime qu'il revient à tous les parlementaires de l'être.

La Chambre haute lui a demandé en juin de « procéder à une vérification intégrée des dépenses du Sénat, les dépenses des sénateurs y comprises », dans la foulée des scandales qui l'ont entachée.

Les sénateurs Mike Duffy, Patrick Brazeau et Mac Harb se sont fait ordonner de rembourser des dizaines de milliers de dollars pour des allocations de logement et de déplacement qu'ils avaient indûment réclamées. Seul le sénateur Duffy l'a fait, grâce à un chèque personnel de Nigel Wright, l'ancien chef de cabinet de Stephen Harper, qui a été forcé de démissionner par la suite.

Les sénateurs Harb et Brazeau contestent les remboursements qui leur sont réclamés.

Plus récemment, Pamela Wallin a appris qu'elle devrait elle aussi rembourser plus de 100 000 $, cette fois pour des voyages qui n'étaient pas en lien avec son rôle de sénatrice. Elle s'est engagée à rembourser cette somme.

Cette fois, ce sont tous les sénateurs qui devront montrer patte blanche. C'est la première fois qu'un tel examen est mené.

« Ce genre d'audit prend normalement 18 mois, nous en sommes encore à l'étape de planification », précise Michael Ferguson. Son bureau songe à présenter un rapport préliminaire d'ici là.

Impossible pour le moment de prédire si l'enquête va mettre au jour d'autres malversations. Le vérificateur général croit que la majorité des sénateurs respectent les règles en place, mais ajoute que si quelques-uns « ont une autre compréhension de leur rôle », cela peut entacher l'image de l'institution.

Michael Ferguson entend aller au fond des choses, même si son bureau a subi des compressions qui se traduiront par une diminution de 10 % du personnel sur une période de trois ans. « Le plan est d'avoir le même niveau d'audit que dans le passé », malgré les coupes.

Il ne veut pas s'avancer à savoir s'il devrait ou non mener le même exercice pour les députés, indiquant simplement que cette question revient à la Chambre des communes.

Huit heures de cours de français par semaine

L'arrivée d'un vérificateur unilingue anglophone, en 2011, avait suscité la controverse. Les partis d'opposition ont dénoncé la situation, et un haut fonctionnaire du comité de vérification du Bureau du vérificateur général a claqué la porte en affirmant que les valeurs des communautés francophones seraient moins prises en considération.

Michael Ferguson s'était donné 12 mois pour atteindre un bon niveau de français, mais il aura fallu près de deux ans pour qu'il accorde une entrevue à Radio-Canada. « J'ai fait l'engagement d'apprendre le français et c'est un engagement sérieux. Je pense que j'ai fait des progrès jusqu'à maintenant. C'est encore un défi et il y a du travail à faire », a-t-il affirmé.

Il passe en moyenne huit heures par semaine à suivre des cours de français. Son bureau précise qu'il tient des réunions dans la langue de Molière.

Cela dit, il maintient que ses lacunes en français ne lui nuisent pas dans ses fonctions : « Je peux faire le travail. Il y a beaucoup de défis, mais il y a ici au bureau des personnes vraiment professionnelles ».

N'empêche, une embauche comme la sienne ne se reverra pas. La Chambre des communes et le Sénat ont adopté avant la pause estivale un projet de loi qui avait été déposé par le Nouveau Parti démocratique.

La capacité de parler et de comprendre clairement les deux langues officielles est dorénavant une condition préalable pour devenir un des 10 agents du Parlement... comme le vérificateur général, le directeur général des élections et le commissaire à la vie privée.

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