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17/08/2013 03:20 EDT | Actualisé 17/10/2013 05:12 EDT

Aires Libres: le village gai de Montréal refuse la ghettoïsation (PHOTOS)

Courtoisie

Il paraît que l’art adoucit les mœurs. Pour s’en convaincre, les organisateurs du projet Aires Libres laissent carte blanche aux artistes qui s’amusent à installer leur création en plein cœur du quartier gai de Montréal. Objectif : permettre aux Montréalais homos ou non d’aller au Village comme on va à la Petite-Italie ou au Quartier chinois. Sans a priori.

Denis Brossard prévient poliment qu’il n’aime pas trop les médias. L’ex-directeur artistique du Black & Blue et copropriétaire du Cabaret Mado, préfère de loin rester discret. Pourtant, l’homme timide et réservé demeure l’une des figures les plus incontournables au sein de la communauté gaie de Montréal.

En tant que président du conseil d’administration de la Société de développement commercial du Village (SDC), on le retrouve souvent derrière de nombreuses initiatives, dont celle d’Aires Libres. «C’est une manifestation artistique qui en est maintenant à sa 6e édition, explique-t-il en entrevue. Plusieurs installations artistiques longent l’artère Sainte-Catherine entre les rues Papineau et St-Hubert».

Il faut dire que le projet Aires Libres n’aurait jamais vu le jour sans l’idée de la SDC de demander en 2008 la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine faisant enrager au passage les automobilistes. «On voulait ainsi sortir le Village de son ghetto. Permettre aux gens de venir faire un tour dans le quartier. En faire un lieu ouvert comme pour dire enfin qu’on n’a pas besoin d’être gai pour marcher au Village. Mais en même temps, on ne voulait pas perdre notre spécificité. Aires libres est né de cette volonté de développer notre signature, tout en rendant accessible le quartier au plus grand nombre».

Des milliers de boules roses installées au-dessus de nos têtes, des murs colorés un peu partout et des structures artistiques aussi étranges qu’inusitées font dorénavant partie du paysage. «Lorsqu’au début de chaque printemps, on commence à installer les œuvres, les gens sont vraiment contents, car ils savent que la saison estivale arrive. Justement, les boules roses de l’artiste Claude Cormier sont devenues un véritable emblème. Les habitants du quartier y sont très attachés. Si vous les enlevez, vous risquez l’émeute», prévient-il en riant.

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Sortir le Village de la pauvreté

Autant de couleurs qui n’arrivent pas à masquer la mauvaise réputation que traîne le Village. Drogues, misère, itinérance et prostitution continuent de faire des ravages. «Les choses changent, assure Denis Brossard. Le village en est à ses trente ans d’existence. Il ne faut pas oublier qu’il se trouve sur un point de la Métropole que l’on nomme Centre-Sud, quartier ouvrier historiquement pauvre. Bien entendu, il existe encore des séquelles. On a depuis créé des liens fort avec les associations communautaires, les services de police et les intervenants pour arriver à apaiser les tensions. Tout n’est pas encore réglé, mais en faire un lieu artistiquement dynamique permet aussi la cohabitation».

Malgré ces difficultés, le Village gai de Montréal a réussi à retrouver une certaine vitalité. «À ma connaissance, il n’existe aucun endroit gai au monde de cette ampleur. Il n’y a pas d’équivalent. Regardez New York ou San Francisco, leur quartier gai se résume à quelques commerces. Aires Libres est également présent pour faire en sorte que l’âme du Village ne disparaisse pas. C’est pourquoi on envisage sérieusement d’intégrer l’art public d’une façon permanente».

Des droits fragiles

Selon Brossard, même si les droits de la communauté LGBT (lesbiennes, gaies, bisexuels et transgenres) sont reconnus au Québec comme au Canada, il reste qu’il n’y a rien de mieux que le vivre ensemble pour tuer l’intolérance. «Les gestes que l’on pose sont avant tout des gestes d’art public. Notre démarche n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Par contre, il est certain qu’on a conscience qu’en matière de droit, rien n’est jamais acquis. On reste sur nos gardes, parce qu’il y a toujours une droite quelque part qui peut pointer son bout du nez».

Des exemples, le président n’en manque pas. «Quand on voit ce qui se passe à l’international, je crois que c’est encore plus important d’afficher l’harmonie et l’acceptation. Beaucoup de pays condamnent l’homosexualité. Aux États-Unis, les choses avancent plutôt lentement et je ne parlerais pas des événements récents en Russie qui sont déplorables. Regardez en France avec le mariage gai. Si dans un pays aussi civilisé on a eu droit à tout ce qui s’est passé, on a de quoi être inquiet. Liberté, fraternité égalité pour qui?», s’insurge-t-il.

D’ailleurs, Denis Brossard croit sincèrement que le Québec est en mesure de donner l’exemple. «La bonne direction, c’est ce qu’on vit ici. On montre aux gens qui viennent visiter le Village que la différence n’est pas négative», conclut-il.

La 6e édition d’Aires Libres se termine le 2 septembre.

Le village gai de Montréal

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