INTERNATIONAL
15/08/2013 06:04 EDT | Actualisé 15/10/2013 05:12 EDT

Égypte: les dessous de la propagande des deux camps

L'escalade de la violence tient l'Égypte en suspens. Après l'assaut donné par les forces de l'ordre sur les deux places occupées par les partisans des Frères musulmans, des violences ont éclaté à travers le pays, faisant des centaines de morts. Le vice-président égyptien Mohamed El-Baradei a annoncé sa démission dans la journée. Après plus d'un mois de tensions suite à la destitution de Mohamed Morsi, le chaos est le plus total, et l'état d'urgence est déclaré.

Alors que les autorités ont annoncé 464 morts, les Frères musulmans parlent, eux, de 2 200 victimes et de plus de 10 000 blessés. Ces chiffres sont difficiles à évaluer, tant les deux partis sont enclins à l'exagération, dans un sens comme dans un autre. Chacun fait par ailleurs état de ses victimes: les Frères musulmans ont ainsi annoncé la mort de la fille de 17 ans de Mohamed Al-Beltagui, un des leaders du mouvement, aurait été tuée par balles, tandis que les forces de l'ordre ont insisté sur la mort de leurs membres.

Capture d'écran d'une vidéo de source policière, juillet 2013

egypte

Dans le même temps, une autre guerre fait rage. Depuis le 3 juillet et la destitution de Mohamed Morsi, les différents acteurs, soutenus par des médias partisans, rejettent sur l'autre le "péché originel" dans une tentative de répondre à la question décisive: qui a tiré le premier? Les organisations internationales et les observateurs sont encore dans le flou.

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Mais sur le terrain, les images, photos ou vidéos, sont aujourd'hui les meilleurs sources de preuves. On assiste à un torrent de publications, autant sur les réseaux sociaux que dans les médias. Souvent floues, les images sont censées venir étayer les différentes versions. Dans un conflit qui peine à identifier les fautifs, la plupart de ces "preuves" n'amènent finalement que peu de conclusions. L'existence de "Baltagiyas" ou "voyous" payés par le régime pour infiltrer les manifestations et les échanges de tirs afin de faire croire à de la violence civile peut ainsi remettre en question la portée des vidéos de la police montrant un opposant armé.

Images publiée par les forces de l'ordre

Un présumé "Baltagi"

baltagyia

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Des armes de part et d'autre

"On ne crée pas la démocratie avec le canon d'un pistolet", écrivait la journaliste américaine Helen Thomas. Mais ces jours-ci, dans une Égypte en transition démocratique, c'est bien l'arme qui règne. À la vue des échanges de tirs, un seul constat ne fait aucun doute: les forces de l'ordre ne sont pas les seuls acteurs armés de ce face-à-face. À la frontière de la Libye et de la bande de Gaza, l'Égypte est un terrain favorable au trafic et à la contrebande d'armes.

Plusieurs rapports font ainsi état de livraisons destinées à l'Égypte et interceptée par les autorités. Le Washington Post avait déjà dénoncé ces réseaux en octobre 2011, s'appuyant sur des déclarations de cadres gouvernementaux égyptiens et sur des témoignages de contrebandiers. D'importantes livraisons d'armes auraient ainsi atteint la péninsule du Sinaï, une des zones les plus instables du pays.

En Libye, de nombreux entrepôts d'armement ont été vidés par des groupes tribaux ou criminels à la suite de la chute de Muammar Kadhafi. Les armes exportées, qui font route vers la bande de Gaza ou la Syrie, trouvent l'Égypte sur leur chemin. Les autorités égyptiennes auraient ainsi saisi, en mai 2013, un important convoi d'armes en provenance de la Libye, ainsi qu'un autre lot il y a deux semaines. Les sources policières n'ont alors pas manqué d'affirmer que cette livraison aurait été destinée aux Frères musulmans.

La Tunisie n'est par ailleurs pas exempte de cette tendance. Pays de transit des contrebandiers libyens pendant la guerre au Mali, des stocks d'armes y seraient restés "en vue d'un usage par des groupuscules locaux", prévenait un rapport de l'ONU en février 2013.

En Égypte, la possession d'armes, restreinte aux petits calibres, quoique soumise à la délivrance d'un permis, est autorisée. L'organisation Gun Policy a estimé que les civils égyptiens possèdent environ 1.900.000 armes à feu achetées légalement. Le marchandage d'armes en Egypte a d'ailleurs sa propre page facebook: Weapons in Egypt. On y trouve des Walter 38 ou encore des Beretta 84 à vendre d'occasion.

weaponsinegypt

Plusieurs médias égyptiens, pro-gouvernementaux, rapportent la saisie, dans la journée, d'armes à feu parmi les opposants. Peu de doutes subsistent quant à l'utilisation de ces armes par les Frères musulmans. Peu de doutes subsistent aussi quant à l'impact du trafic d'armes sur les combats. L'état d'urgence est déclaré. Que ce soit l'un ou l'autre qui ait tiré en premier.

Les manifestations au Caire

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