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15/08/2013 12:28 EDT | Actualisé 15/10/2013 05:12 EDT

Au moins 18 morts lors d'un attentat dans un fief du Hezbollah à Beyrouth

AFP

Au moins 18 personnes ont été tuées jeudi dans le plus sanglant attentat en trois décennies ayant frappé la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah qui combat les insurgés en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad.

La puissante explosion, revendiquée par un groupuscule inconnu se réclamant des rebelles syriens, sonne comme un défi au chef du mouvement chiite Hassan Nasrallah, qui a affirmé la veille avoir pris des mesures pour éviter un second attentat après celui du 9 juillet dans ce quartier.

Selon un bilan de la Croix-Rouge publié à 22h00 (19h00 GMT), au moins 18 personnes ont été tuées et près de 250 blessées dans la déflagration, survenue à un carrefour de Roueiss, un secteur résidentiel et commercial densément peuplé de la banlieue chiite.

Un habitant a raconté sur une chaîne libanaise avoir vu une fourgonnette tourner trois fois dans le secteur, comme si elle recherchait un endroit pour se garer, avant d'exploser en pleine rue. Un autre témoin a parlé de véritable "séisme".

Un photographe de l'AFP a vu des voitures en feu, des corps calcinés et des immeubles en flammes obligeant les pompiers à utiliser leurs échelles pour faire descendre des occupants bloqués dans leur appartement. Certains portaient des masques pour éviter d'être asphyxiés.

Des hommes de sécurité en civil du Hezbollah étaient présents en masse près du site, où des enquêteurs étaient à la recherche d'indice au milieu d'un amas de carcasses de voitures calcinées.

La chaîne du Hezbollah, Al-Manar, a montré une foule paniquée et en colère attroupée sur les lieux.

"Le terrorisme frappe de nouveau la banlieue sud", a commenté le présentateur d'Al-Manar, pour qui le parti chiite "paye le prix de sa position".

Le Hezbollah, un allié indéfectible du régime Assad et qui combat depuis des mois avec ses troupes contre les rebelles en Syrie, est devenu la bête noire des insurgés syriens, en majorité des sunnites.

Un groupuscule inconnu portant un nom à forte connotation sunnite, "les compagnies d'Aïcha oum el-Mou'minine" (du nom de l'épouse favorite de Mahomet), a revendiqué dans une vidéo l'attentat, sans qu'il soit possible de l'authentifier.

"Hassan Nasrallah, nous t'envoyons notre deuxième puissant message, car tu ne comprends toujours pas", a indiqué un homme cagoulé lisant un communiqué aux côtés de deux hommes armés.

C'est le second attentat en six semaines à avoir lieu entre les secteurs populaires de Bir el-Abed et de Roueiss. Le 9 juillet, une voiture piégée avait fait une cinquantaine de blessés.

Un groupuscule syrien inconnu, Brigade 313, avait revendiqué cet attentat, disant riposter à l'implication du Hezbollah dans les combats en Syrie.

"Piste israélienne"

Le président de la République libanaise Michel Sleimane a condamné l'attentat "terroriste", "criminel" et "lâche", qui porte selon lui les "empreintes d'Israël", ennemi juré du Hezbollah.

Le ministre syrien de l'Information Omrane al-Zohbi a également dénoncé "fermement" l'attentat, estimant qu'il s'agissait d'un "service rendu à l'ennemi israélien".

L'analyste et expert du Hezbollah, Waddah Charara, a aussi avancé la piste israélienne.

"Cet attentat s'inscrit dans la guerre que se livrent Israël et le mouvement chiite et qui s'est traduit récemment par l'incursion de soldats israéliens en territoire libanais", a-t-il dit. "L'Etat hébreu et le Hezbollah s'échangent actuellement des messages explosifs".

Dans une interview télévisée mercredi, le chef du Hezbollah a revendiqué deux explosions qui ont blessé le 7 août quatre soldats israéliens, affirmant que son parti "fera face" à toute nouvelle violation de la part de l'État hébreu.

Le Premier ministre sortant Najib Mikati a décrété un deuil national vendredi tandis que l'ex-chef du gouvernement Saad Hariri, rival du Hezbollah, a également condamné "cette explosion qui vise à "semer la dissension au Liban".

Ce pays voisin de la Syrie est profondément divisé entre partisans du régime syrien, menés par le Hezbollah, et les détracteurs de Bachar al-Assad, menés par M. Hariri. Les divisions sur la Syrie ont exacerbé les tensions dans le pays entre communautés sunnites et chiites.

A l'étranger, le ministre britannique pour le Moyen-Orient Alistair Burt a condamné l'attentat, affirmant que "le terrorisme et l'extrémisme n'avaient pas leur place au Liban".

L'attentat de jeudi est le plus meurtrier dans la banlieue depuis la tentative d'assassinat en 1985 par la CIA de Mohammad Hussein Fadlallah, alors guide spirituel du Hezbollah, qui avait fait près de 80 morts.

C'est également le plus sanglant à Beyrouth dans la période de l'après guerre civile, après celui en 2005 de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, qui a fait 23 morts.

Le chef du Hezbollah doit s'exprimer vendredi à l'occasion d'une cérémonie qui était prévue avant l'attentat, pour commémorer la fin de la guerre de 2006 entre le puissant parti armé et Israël.