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14/08/2013 03:45 EDT | Actualisé 13/10/2013 05:12 EDT

Répression sanglante en Égypte

EN DIRECT - La présidence égyptienne décrète l'état d'urgence pour un mois dans le pays après une évacuation musclée au Caire des partisans du président déchu Mohamed Morsi. Les différentes interventions, selon les autorités égyptiennes, ont fait au moins 149 morts.

Le président par intérim, Adli Mansour « a donné pour mission aux forces armées, en coopération avec la police, de prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir la sécurité et l'ordre ainsi que pour protéger les biens publics et privés et les vies des citoyens », indique le communiqué de la présidence.

Un couvre-feu a ensuite été décrété pour Le Caire et les provinces de Guizeh, d'Alexandrie, de Beni Sueif, de Minya, d'Assiout, de Sohag, de Beheira, du Nord et du Sud-Sinaï, Suez et Ismailia. Il sera en vigueur « jusqu'à nouvel ordre », a déclaré un porte-parole du gouvernement.

Ces décisions ont entraîné le départ du gouvernement égyptien du vice-président Mohamed ElBaradei. Le Prix Nobel de la paix a expliqué son geste en affirmant qu'il lui était difficile « de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles [ il ] n'est pas d'accord ». Mohamed ElBaradei croit qu'il était possible de mettre fin à la crise politique sans effusion de sang. 

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Le bilan officiel des affrontements publié par le ministère égyptien de la Santé passe de 95 à 147 morts dans tout le pays.

L'Agence France-Presse (AFP) fait état de 124 morts dans un dernier bilan. Un journaliste affirme avoir compté les cadavres dans une morgue de fortune, tous des hommes, dont plusieurs auraient été tués par balle. 

Ce bilan, précise l'AFP, porte sur le nombre de morts sur la place Rabia al-Adawiya. Il ne tient pas compte des morts éventuels sur l'autre sit-in des pro-Morsi au Caire, la place Nahda, ni de ceux d'autres affrontements en cours dans le pays.

La plupart des cadavres portent les marques de blessures par balle à la tête et à la poitrine, selon la même source.

De son côté, la confrérie des Frères musulmans estime plutôt le bilan à 2200 morts et 10 000 blessés parmi les manifestants. Ce nombre est toutefois impossible à vérifier de sources indépendantes.

Pour sa part, le gouvernement a annoncé que six membres des forces de l'ordre ont perdu la vie. Le ministère de l'Intérieur affirme que des manifestants ont ouvert le feu sur la police.

La police a tiré des cartouches de gaz lacrymogène sur le principal campement près d'une mosquée du nord-est de la capitale. Des hélicoptères de la police ont aussi survolé la scène.

« Ils détruisent nos tentes. On ne peut pas respirer à l'intérieur et beaucoup de gens sont à l'hôpital », a déclaré un témoin.

Une autre intervention avait lieu, au même moment, sur une place à l'extérieur de l'Université du Caire. Les images à la télévision montraient des nuages de fumée provenant des gaz lacrymogènes, mais aussi des tentes en feu. Deux heures plus tard, le second campement était « totalement maîtrisé », selon le ministère de l'Intérieur.

De la machinerie lourde a enfoncé les barrières de fortune faites de pavés et de sacs de sable. La télévision égyptienne a montré, en direct, des images d'hommes menottés, assis sur le  sol, et des familles qui portaient des sacs, escortées hors des sites.

Des semaines de confrontation

Cette opération intervient après l'échec de la diplomatie internationale qui a déployé beaucoup d'efforts pour tenter d'éviter un bain de sang.

Depuis des semaines, des milliers de partisans de Mohamed Morsi campaient dans ces deux endroits pour protester contre la destitution par l'armée, le 3 juillet, du président islamiste, le premier chef d'État librement élu dans l'histoire de l'Égypte.

Ses partisans étaient retranchés derrière des barricades, avec femmes et enfants. Les Frères musulmans ont toujours répété que ces rassemblements étaient pacifiques. Toutefois, le gouvernement les accusait d'être des « terroristes » et de stocker des armes sur les campements.

Réactions en chaîne

Les Frères musulmans ont appelé les Égyptiens à descendre dans la rue pour montrer, une fois de plus, leur colère. L'intervention des forces de l'ordre a d'ailleurs suscité de vives réactions chez les partisans de Mohamed Morsi, au Caire et ailleurs en Égypte.

Ils ont commencé à bloquer de grands axes routiers de la capitale, pour tenter de paralyser le pays. Des heurts sporadiques ont été signalés dans plusieurs quartiers du Caire, et dans d'autres villes du pays.

Certains auraient aussi mis le feu à une église copte à Sohag, dans le centre du pays, en guise de représailles, a affirmé l'agence officielle Mena, qui précise que cette ville possède une importante communauté chrétienne.

Des trains ont été arrêtés pour éviter que des partisans de Mohamed Morsi se rendent au Caire, et renforcent ainsi les rangs des contestataires.

Le Canada et la communauté internationale désapprouvent la répression policière

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a condamné la violence de l'intervention policière au Caire contre les partisans du président renversé par l'armée Mohamed Morsi.

L'Union européenne a jugé « extrêmement préoccupants » les récents développements en Égypte.

« Nous réaffirmons que la violence ne mènera à aucune solution et nous exhortons les autorités égyptiennes à procéder avec la plus grande retenue », a déclaré Michael Mann, le porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

Le chef de la diplomatie canadienne, John Baird, se dit profondément inquiet et appelle les deux parties à la réconciliation.

Il exhorte les autorités égyptiennes à instaurer une démocratie transparente pour atténuer les tensions.

Le Royaume-Uni, la Suède, l'Italie, le Qatar et l'Iran ont également condamné l'utilisation de la force pour disperser les manifestants.

La Turquie a exhorté la communauté internationale à faire immédiatement cesser le « massacre » en Égypte.

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