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12/08/2013 12:09 EDT | Actualisé 11/10/2013 05:12 EDT

Un transgenre tué en Jamaïque alors que le pays se penche sur l'homophobie

MONTEGO BAY, Jamaïque - Dwayne Jones s'est toujours fait embêter à l'école, parce qu'il était efféminé. Jusqu'à ce qu'il décroche.

Son père l'a mis dehors de la maison à 14 ans et a aidé les voisins à le chasser du bidonville où il a grandi.

À l'âge de 16 ans, il est mort battu, poignardé et écrasé par une voiture. Il avait fait l'erreur de confier à une amie qu'il allait se présenter à une fête de quartier habillé en femme pour la première fois.

«Quand j'ai vu le corps de Dwayne, je me suis mise à trembler et à pleurer, se rappelle Khloe, l'une des deux colocataires transgenres de Dwayne. Les trois partageaient une maison abandonnée dans les collines surplombant la ville de Montego Bay, sur la côte nord de la Jamaïque. Comme beaucoup d'homosexuels et de transgenres du pays, Khloe donne seulement son prénom, par peur de représailles.

Des groupes d'activistes internationaux dépeignent souvent cette île des Caraïbes comme l'endroit le plus hostile dans l'hémisphère ouest pour les homosexuels et les transgenres. Bien que des militants contestent cette étiquette, l'horrible meurtre de Dwayne Jones le 22 juillet a fait les manchettes partout au pays et éveillé quelques consciences.

Le principal organisme de défense des gais de la Jamaïque soutient que deux homosexuels ont été tués l'an dernier en raison de leur orientation sexuelle et que 36 autres ont été victimes d'attaques collectives.

Selon certains activistes, l'homophobie en Jamaïque est alimentée par une loi anti-sodomie vieille de 150 ans et par la culture homophobe des chanteurs de reggae. D'autres croient que l'hostilité serait en partie l'héritage de l'époque de l'esclavage, durant laquelle des Noirs étaient sodomisés pour être humiliés ou punis.

Durant de nombreuses années, les gais jamaïcains sont demeurés discrets et ont gardé le silence sur leur orientation sexuelle afin d'éviter d'attirer l'attention ou pour protéger leurs proches. Mais récemment, des jeunes hardis tels que Dwayne ont contribué à faire sortir leur communauté de l'ombre.

La première ministre Portia Simpson Miller s'est engagée à soumettre la loi anti-sodomie à un «vote de conscience» au sein du Parlement. Elle a également affirmé durant sa campagne électorale de 2011 que seul le mérite pourrait déterminer qui obtiendrait un poste dans son cabinet. En 2008, l'ancien premier ministre Bruce Golding avait déclaré que jamais un homosexuel ne deviendrait ministre dans son gouvernement.

Dana Lewis de l'organisme Jamaica Forum for Lesbians, All-Sexuals & Gays observe qu'il y a une augmentation des «zones de tolérance» sur l'île. «Nous pouvons affirmer que nous devenons plus tolérants. Et c'est grâce à des gens comme Dwayne, qui ont contribué à la cause», considère Mme Lewis, l'une des seules Jamaïcaines gaies à dire publiquement son nom de famille.

Néanmoins, des groupes se plaignent de la lenteur à laquelle l'enquête sur le meurtre de Dwayne Jones progresse. Même si 300 personnes assistaient à la fête, aucune arrestation n'a encore été faite.

Son père n'a pas voulu commenter la vie et la mort de son fils. Selon les amis de Dwayne, la famille n'a même pas réclamé son corps.

Dans la résidence délabrée où vivait le jeune transgenre, Khloe et Keke s'ennuient terriblement de leur ami. Il leur arrive de lui parler, comme s'il était toujours là. «Quand je cuisine, je demande: 'Dwayne, tu as faim?' raconte Keke. Parfois, je pense que je l'aperçois.»

Mais au bout du corridor, la chambre de Dwayne est bel et bien vide, sauf pour des rideaux ornés de roses, sa fleur préférée.

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