POLITIQUE
12/08/2013 03:25 EDT | Actualisé 12/10/2013 05:12 EDT

Bernard Drainville s'interroge sur le sens éthique de Philippe Couillard

PC

L'ex-député libéral de Viau, Emmanuel Dubourg, se couvre de honte en empochant l'indemnité de départ à laquelle il a droit, a estimé lundi le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville.

Le choix de l'ex-député de quitter l'Assemblée nationale vendredi pour tenter sa chance au fédéral va coûter aux contribuables québécois au moins 700 000 $.

Le calcul est simple: en vertu de la loi actuelle, M. Dubourg a droit à une allocation de transition qui dépassera les 100 000 $, alors que la tenue forcée d'une élection complémentaire dans Viau devrait atteindre au bas mot les 600 000 $.

M. Dubourg affirme qu'il n'hésitera pas à empocher sa prime, puisqu'il agit en toute légalité.

Comptable agréé de formation, M. Dubourg dit ignorer le montant exact de la prime de départ auquel il a droit après presque sept années comme député à l'Assemblée nationale. Il dit que sa décision n'est aucunement basée sur cette prime.

«Je pars avec honneur», a-t-il dit lundi en entrevue à La Presse Canadienne, réaffirmant avoir respecté toutes les règles et toutes les lois.

Cela n'empêche pas le ministre Drainville de se demander comment le chef libéral Phillipe Couillard peut tolérer qu'un de ses députés quitte la barque avec un chèque de transition de plus de 100 000 $ signé par les contribuables, moins d'un an après avoir sollicité un nouveau mandat aux électeurs.

Au lieu de spéculer sur la date du prochain scrutin général, M. Couillard ferait mieux de réviser ses standards éthiques et prendre note du profond dégoût de la population pour ce type de privilège, a soutenu M. Drainville en entrevue à La Presse Canadienne.

«Comment se fait-il qu'il est d'accord avec le fait qu'un député libéral parte avec sa prime? On ne peut pas dire que les libéraux ont été des exemples d'intégrité ces dernières années et je regarde leur attitude sur la question des primes et je vois les bons vieux libéraux d'il y a un an, ceux que les Québécois ont mis à la porte (...) Les Québécois sont 'franchement ben tannés' de voir des députés qui ne respectent pas leur parole et qui partent avec une récompense », a-t-il dit.

M. Dubourg a annoncé qu'il quittait la vie politique québécoise pour tenter de succéder à Denis Coderre dans la circonscription fédérale de Bourassa.

Le ministre Drainville a déposé le printemps dernier le projet de loi 33 afin de resserrer la vis aux élus tentés par de «nouveaux défis» en cours de mandat. Le projet de loi, aujourd'hui dans les limbes de l'Assemblée nationale, aurait pour effet de priver de leur allocation de transition les parlementaires qui abandonnent leur siège, sauf en cas d'ennuis de santé personnels ou familiaux.

«Dubourg s'est levé en Chambre le 30 mai contre le projet de loi 33 et on comprend pourquoi, on comprend maintenant ses motivations réelles (...) Il pensait à lui, il ne pensait pas aux contribuables», a décrété M. Drainville.

«Tel que présenté, il est inacceptable», estime de son côté l'ex-député de Viau, en parlant du projet de loi 33. Selon lui, «ce projet de loi c'est une question d'image. Le Parti québécois fait dans l'image».

Chose certaine, une élection complémentaire dans Viau devra être déclenchée d'ici février et la facture sera salée.

A titre d'exemples récents, en 2010, une élection complémentaire dans Saint-Laurent a coûté 591 300 $ aux contribuables, selon les données du Directeur général des élections (DGE), une autre dans Kamouraska-Témiscouata 572 700 $ la même année, et une autre en 2011 dans Bonaventure a grugé 558 200 $ de fonds publics.

S'appuyant sur le fait qu'il n'enfreint aucune loi, M. Dubourg se sent aussi parfaitement à l'aise avec l'idée de quitter son siège après avoir demandé à la population de Viau un mandat de quatre ans il y a de cela moins d'un an.

«J'aime le service à la clientèle», dit M. Dubourg pour résumer son intérêt pour la politique et estimant prendre «un risque, un très grand risque» en cherchant désormais à obtenir l'investiture libérale fédérale dans Bourassa.

M. Drainville fulmine en pensant aux coûts engendrés par les choix de M. Dubourg: «À sa place (M. Dubourg), je serais gêné. Je serais gêné si j'étais à sa place et les gens de Viau ne doivent pas être très contents. Le gars a été réélu il y a même pas un an. S'il n'avait pas l'intention de faire son mandat pourquoi s'est-il présenté? Si la politique québécoise ne l'intéressait plus, il n'avait qu'à passer son tour. Pourquoi se présenter, démissionner moins d'un an après, partir avec 100 000 $ et provoquer une partielle qui va coûter au moins un demi-million?»

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