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12/08/2013 12:00 EDT | Actualisé 12/10/2013 05:12 EDT

Les négociations de paix, pourquoi maintenant?

Israéliens et Palestiniens sont de nouveau réunis autour de la même table pour tenter de trouver une solution au conflit qui les sépare depuis des générations. Pour une énième fois, ils essaieront d'aboutir à des compromis acceptables pour leurs deux peuples, échaudés par de multiples espoirs déçus.

Un texte de Ximena Sampson

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a réussi à les convaincre de l'utilité et de l'urgence de négocier. Et encore, même si un accord est conclu, il restera à convaincre les deux peuples d'y adhérer, ce qui est loin d'être acquis.

Pourquoi négocier maintenant?

Depuis des mois, John Kerry s'active, effectuant des allers-retours au Proche-Orient pour rencontrer le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et les persuader de reprendre les discussions.

Pour les États-Unis, il s'agit de sécuriser au moins une partie du Moyen-Orient, dans le contexte des révoltes arabes et de l'instabilité qu'elles engendrent.

Israéliens et Palestiniens, qui n'ont pas négocié depuis trois ans, ont leurs motivations bien à eux d'accepter l'invitation américaine.

  • Israël

Les Israéliens ont au moins trois raisons de reprendre le dialogue, soutient Sami Aoun, directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la chaire Raoul-Dandurand.

D'une part, ils répondent aux pressions des Américains, dont ils veulent conserver l'appui pour faire face à l'Iran. La crainte de voir Téhéran se doter de l'arme nucléaire est en effet toujours présente chez le gouvernement israélien, souligne M. Aoun.

« Nétanyahou s'approche des Palestiniens pour satisfaire l'administration Obama, mais l'objectif principal est de renforcer ses liens avec les Américains » en vue d'affronter une éventuelle menace iranienne, affirme le chercheur.

En outre, Israël ne veut pas être isolé sur la scène internationale. En juillet 2013, la décision de l'Union européenne de ne plus entreprendre de projets de coopération économique avec les colonies implantées dans les territoires a suscité de fortes réactions dans le pays.

D'autre part, les Israéliens savent que le rapport de force actuel peut jouer en leur faveur. Les pays arabes en ont plein les bras avec leurs propres problèmes et ne s'occupent plus des Palestiniens. Selon M. Aoun, dans ce contexte, les Israéliens pourraient obtenir des concessions majeures sur les questions qui les préoccupent.

Enfin, il y a la question de l'identité juive. Le premier ministre Nétanyahou et ses partenaires font référence au besoin de « créer un État palestinien pour que l'État juif conserve son identité », souligne M. Aoun. Lors de l'annonce de la reprise des négociations, M. Nétanyahou a notamment affirmé qu'Israël voulait « empêcher [l'établissement] d'un État binational [...] qui menacerait l'avenir de l'État juif ».

Cette crainte s'appuie sur une réalité démographique : le taux de natalité est bien plus élevé chez les Palestiniens que chez les Israéliens et l'immigration des Juifs en Israël ne comble pas la différence.

Ainsi, selon des données du Bureau central palestinien des statistiques (BCPS), en 2020, il y aura plus de Palestiniens que de Juifs dans l'ensemble regroupant Israël et les territoires palestiniens.

  • Les Palestiniens

Les Palestiniens s'inquiètent de la situation régionale, qui fait passer leur cause au second plan. Cela crée, d'une part, un sentiment d'urgence, mais cela peut aussi leur permettre de négocier plus librement, sans avoir de comptes à rendre.

Ils répondent eux aussi à des pressions, notamment économiques. John Kerry a annoncé au printemps dernier un plan de 4 milliards de dollars pour relancer l'économie palestinienne, qui pourrait être suspendu si l'Autorité palestinienne ne se prête pas aux discussions.

Le défi : rallier l'opinion publique

Il y a donc une volonté de discuter, mais y a-t-il vraiment une possibilité de parvenir à un accord?

Étant donné le peu d'intérêt que soulèvent ces négociations tant chez les Palestiniens que chez les Israéliens, qui les croient vouées à l'échec, Mahmoud Abbas et Benyamin Nétanyahou ont une certaine marge de manoeuvre pour le moment pour mener les discussions, pensent certains analystes.

Mais les représentants de la droite israélienne, dont certains ne souhaitent ni la création d'un État palestinien ni la concession de territoires en Cisjordanie, et qui font partie de la coalition gouvernementale, ne feront pas la vie facile à M. Nétanyahou si, à leur avis, l'entente se révélait trop généreuse. D'ailleurs, M. Nétanyahou a promis de tenir un référendum pour avaliser un possible accord.

Du côté de M. Abbas, son principal problème est son manque de légitimité, soutient M. Aoun, dans la mesure où son mandat est échu et qu'il n'y a pas d'élections en vue.

La division entre la Cisjordanie, gouvernée par le Fatah, et Gaza, gouvernée par le Hamas, est également problématique. « Il n'y a pas un gouvernement palestinien central qui exerce légitimement et avec une base populaire vaste le pouvoir dans les territoires palestiniens », dit M. Aoun.

Comme l'explique Sami Aoun, « les Palestiniens traînent avec eux le même problème qui a fait achopper les autres tentatives de négociation, soit « le manque de coordination et de vision commune ».

« Quand on arrivera à une entente, est-ce qu'il y aura une bonne foi pour la réacheminer aux deux populations? », s'interroge M. Aoun. Il rappelle qu'en 2000, lors du sommet de Camp David, les parties étaient proches d'un accord, qui n'a finalement jamais été atteint « soit par des pressions sur l'un ou l'autre, soit par la peur d'engager une solution définitive ».

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