NOUVELLES
09/08/2013 07:39 EDT | Actualisé 09/10/2013 05:12 EDT

Un projet de construction ferroviaire lève le voile sur l'histoire de Londres

LONDRES - Des bijoux, des morceaux de navires, des patins à glace médiévaux, des crânes vieux de plusieurs centaines d'années — certaines des composantes les plus spectaculaires de l'histoire de Londres ne se trouvent pas dans des musées, mais plutôt sous terre.

Et elles y resteraient probablement, si ce n'était de la construction d'un nouveau lien ferroviaire sous la capitale britannique.

Le projet de 118 kilomètres, Crossrail, est le plus ambiteux projet de construction lancé au Royaume-Uni depuis des décennies. Il a aussi donné naissance aux plus importantes fouilles archéologiques réalisées à Londres depuis des années.

Au coeur du quartier des affaires de la ville, les archéologues ont touché le gros lot quand ils ont découvert une multitude d'objets allant des restes d'une rue romaine à des fers à chevaux vieux de 2000 ans, en passant par des bijoux du 17e siècle et les ossements de Londoniens morts depuis longtemps.

«Les gens se promènent sur la rue Liverpool sans être conscients qu'ils marchent sur un des cimetières les plus denses de Londres», a dit l'archéologue Nick Eldsen, du Musée de Londres.

Londres existe depuis 2000 ans et son histoire se trouve à cinq ou six mètres terre — la profondeur qui sépare le niveau de la rue à l'époque romaine des trottoirs d'aujourd'hui. Crossrail permet aux archéologues d'explorer des siècles d'histoire et même de remonter jusqu'à l'époque préhistorique.

«Ce site représente une occasion rare, possiblement sans précédent, a dit M. Eldsen. C'est une route importante devant une des stations de métro les plus achalandées de Londres. Normalement on ne pourrait pas fouiller ici.»

Le projet de 23 milliards $ US, qui doit être inauguré en 2018, traversera la capitale d'ouest en est. Un tronçon central de 21 kilomètres sera caché sous terre, et des tunnels ont donc dû être creusés sous certains des secteurs les plus vieux et les plus densément peuplés de la ville.

La centaine d'archéologues qui ont fouillé une quarantaine de sites depuis le début des travaux ont trouvé de tout, qu'il s'agisse d'ossements de mammouths vieux de 68 000 ans, des restes d'un manoir Tudor entouré d'un fossé, de patins à glace médiévaux, dedébris de navire vieux de 800 ans ou encore des fondations d'un ancien chantier naval.

Plus tôt cette année, les fouilles ont mis à jour les restes de certaines des victimes de l'épidémie de peste noire qui a tué la moitié des habitants de la ville en 1348. Plus récemment, de petits outils de pierre ont été découverts près de la Tamise, dans le sud-est de la ville, ce qui démontre que des chasseurs cueilleurs nomades se sont installés à Londres il y a 9000 ans, après la dernière ère de glace.

M. Elsden et son équipe sont particulièrement excités d'avoir découvert les restes d'une route romaine et une multitude de fers à chevaux vieux de 2000 ans — ou plus précisément, des sandales équestres faites de métal et de cuivre qui étaient attachées aux pattes des animaux. Ils en ont trouvé une quantité tellement élevée qu'ils croient que cette route, comme aujourd'hui, devait être très achalandée et servir au transport de marchandises de la campagne vers les résidants d'une ville alors appelée Londinium.

«Des fers romains coincés dans une route romaine — ça nous donne une petite image incomparable, a dit M. Elsden. On peut imaginer un Romain tirant sa charette sur le pont. C'est un aperçu très rare de la vie quotidienne des Romains.»

Certaines des fouilles archéologiques les plus délicates ont lieu au cimetière Bedlam, qui a été instauré au 16e siècle sous ce qui est aujourd'hui la rue Liverpool, quand les cimetières des églises médiévales de la ville ont commencé à se remplir. Des milliers de Londoniens y ont été enterrés sur une période de 150 ans, qu'ils aient été pauvres, sans religion ou encore des patients de l'hôpital voisin de Bedlam, le premier établissement psychiatrique du monde.

Les restes de quelque 4000 personnes seront déplacés par Crossrail, mais l'archéologue en chef du projet, Jay Carver, a promis que les ossements seront traités avec respect et dignité. Ils seront aussi examinés pour obtenir de l'information concernant l'alimentation et les maladies de l'époque, avant d'être enterrés ailleurs.

M. Carver n'exclut pas non plus que certains de ces ossements puissent être identifiés. Par exemple, on sait que le militant politique Robert Lockyer a été fusillé à la cathédrale Saint-Paul en 1649, après avoir pris la tête d'une mutinerie armée, et qu'il a été enterré à Bedlam.

«Si on trouve les restes de quelqu'un qui a été executé (de cette manière), il va y avoir des dommages, a dit M. Carver. Ce serait très excitant de pouvoir identifier quelqu'un de cette manière.»

PLUS:pc