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09/08/2013 03:09 EDT | Actualisé 09/10/2013 05:12 EDT

Surveillance: Obama annonce de nouvelles mesures de "transparence"

AP

Le président américain Barack Obama a annoncé vendredi une série de mesures visant à "davantage de transparence" mais démenti tout abus dans les programmes de surveillance de la NSA, après la polémique déclenchée par les révélations d'Edward Snowden.

"Je vais travailler avec le Congrès pour mettre en place des réformes appropriées" de la disposition du Patriot Act qui prévoit la collecte des métadonnées téléphoniques (durée des appels, numéros appelés) par la puissante agence de renseignement chargée des interceptions électroniques.

Après que son administration s'est retrouvée sur la défensive depuis les révélations début juin sur l'ampleur de ces programmes par l'ancien consultant du renseignement Edward Snowden, M. Obama a promis une "nouvelle ère" dans le renseignement avec "davantage de supervision, davantage de transparence et de garde-fous", lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche.

Interrogé sur le jeune consultant réfugié en Russie, le président a estimé qu'il n'était pas "un patriote".

Le programme de collecte des métadonnées téléphoniques est "un outil important dans nos efforts pour prévenir les complots terroristes", a rappelé Barack Obama, qui a réaffirmé que le gouvernement n'écoutait pas les appels téléphoniques des Américains.

"Mais étant donné la taille de ce programme, je comprends les inquiétudes de ceux qui craignent des abus", a-t-il expliqué, assurant que les Etats-Unis ne souhaitaient pas espionner "les citoyens ordinaires".

Parmi les mesures envisagées, le président américain a évoqué le renforcement de la supervision par la Cour de surveillance du renseignement étranger (la FISC), un tribunal secret de 11 juges qui autorise la NSA à réclamer auprès des opérateurs téléphoniques et internet les données de leurs clients.

Jusqu'à maintenant les juges tranchaient sur des requêtes du gouvernement sans contradiction. Le président a dit qu'il envisageait d'instaurer une "voix indépendante" dans le dialogue avec la cour pour "assurer l'équilibre entre sécurité et vie privée".

Autre mesure, la divulgation "d'autant d'informations que possible sur ces programmes" de surveillance, a énuméré M. Obama.

"Nous avons déjà déclassifié un nombre d'informations à propos de la NSA sans précédent. Mais nous pouvons aller plus loin", a-t-il expliqué, évoquant notamment la justification juridique du programme de collecte des métadonnées.

Enfin, la NSA (National Security Agency) nommera un responsable chargé de la vie privée et des libertés publiques tandis qu'un site internet qui "servira de plate-forme à davantage de transparence" sur "ce que font et ne font pas" les agences de renseignement, a annoncé le président.

"Quant aux autres dans le monde, je veux encore une fois rappeler que l'Amérique ne s'intéresse pas à l'espionnage des gens ordinaires. Nos services de renseignement se concentrent sur la recherche d'informations nécessaires pour protéger son peuple et, dans de nombreux cas, protéger ses alliés", a-t-il plaidé.

La révélation du programme de surveillance d'internet, baptisé PRISM, a ulcéré de nombreux pays alliés des Etats-Unis, notamment l'Allemagne.

Les 4 actions promises par M. Obama :

Modifier la disposition 215 du Patriot Act, qui permet au gouvernement de prélever des « items tangibles » en vertu de la Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA). Ces items incluent les métadonnées téléphoniques répertoriées par la National Security Intelligence (NSA).

Permettre à un représentant des groupes de libertés civiles de défendre leur point de vue devant la Foreign Intelligence Surveillance Court (FISC), qui a le mandat d'approuver l'application des lois américaines en matière de cybersurveillance.

Rendre public le plus d'informations possible concernant les programmes de surveillance, notamment par le biais d'un site Internet et par la création d'un poste dédié à la protection de la vie privée et des libertés civiles dans le domaine.

Créer un groupe de travail d'experts explorant les impacts des programmes de surveillance sur la sécurité nationale. Un rapport final devra être produit d'ici la fin de l'année.

La Russie au programme

La rhétorique anti-américaine est en hausse en Russie depuis le retour au Kremlin de Vladimir Poutine, a accusé vendredi son homologue américain Barack Obama, à qui le chef de la diplomatie russe a répondu que les deux pays n'étaient "pas en Guerre froide".

Le président Obama a toutefois assuré lors d'une conférence de presse qu'il n'avait "pas de mauvaises relations" avec le président Poutine.

Le président américain, qui a annulé un sommet avec son homologue russe prévu début septembre, a en revanche écarté l'idée d'un boycott des jeux Olympiques d'hiver de Sotchi, en Russie, en 2014, estimant qu'un tel geste serait "inapproprié".

Le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a assuré dans le même temps depuis l'ambassade de Russie à Washington qu'il n'y avait "pas de Guerre froide" avec les Etats-Unis, une expression employée mardi par M. Obama.

Il a affirmé aussi que l'affaire Snowden ne pesait pas sur la relation des deux pays.

"Il est clair que l'on ne peut pas s'attendre à une Guerre froide" entre Washington et Moscou, a déclaré M. Lavrov, via un traducteur, ajoutant que le "dossier Snowden n'affecte pas les grandes lignes de la relation".

Edward Snowden est l'ancien consultant informatique américain qui a révélé l'ampleur de la surveillance des communications par les Etats-Unis et à qui Moscou a accordé l'asile temporaire.

Lors d'un face à face "2+2" vendredi à Washington entre les secrétaires d'Etat et à la Défense John Kerry et Chuck Hagel et leurs homologues russes Sergueï Lavrov et Sergueï Choïgou, les deux pays ont fait valoir leurs intérêts communs sur la scène internationale, tel le désarmement ou la non prolifération, plutôt que leurs contentieux et leurs relations glaciales après l'affaire Snowden et le sommet Obama/Poutine annulé.

"L'humeur générale était très positive, ce qui inspire l'optimisme", a dit M. Lavrov après la réunion "2+2".

"Nous ne devrions pas voir la moindre aggravation", a assuré le Russe, parlant d'une "relation normale" entre les deux puissances.

Depuis le début de l'affaire Snowden et vu l'émotion qu'elle a provoqué aux Etats-Unis et à l'étranger, le président américain a répété que la surveillance des communications électroniques était légale et avait contribué à sauver des vies en empêchant des attentats. Il a aussi assuré à ses compatriotes que personne n'écoutait leurs appels téléphoniques.

Le porte-parole de M. Obama, Jay Carney, avait indiqué le 11 juin que le président souhaitait un débat sur la surveillance mais qu'il était nécessaire de "trouver un équilibre" entre sécurité et respect de la vie privée.

Jeudi, M. Obama a rencontré des dirigeants de géants de l'informatique et des télécommunications, dont Apple, Google et AT&T, pour parler justement de surveillance, selon le journal Politico.

"Cette rencontre s'inscrit dans le cadre du dialogue que le président a souhaité sur la façon de respecter la vie privée tout en protégeant la sécurité nationale à l'ère du numérique", avait expliqué à l'AFP un autre haut responsable de la présidence américaine, sans plus de détails.

L'affaire Snowden, par ricochet, a provoqué un coup de froid avec Moscou et contribué à l'annulation d'un sommet bilatéral entre le président et son homologue Vladimir Poutine.

En vacances

A son retour, M. Obama retrouvera plusieurs autres dossiers brûlants à Washington, et sur lesquels se profilent des affrontements à l'automne avec le Congrès.

Les républicains, majoritaires à la Chambre des représentants, ont jusqu'ici contré toutes les ambitions législatives de M. Obama depuis le début de son second mandat en janvier.

Le dossier le plus urgent avec les parlementaires sera d'ordre économique, un nouveau budget devant être adopté avant l'échéance du 1er octobre.

La crise budgétaire en devenir se double de la nécessité de relever le plafond de la dette, là aussi une prérogative du Congrès. Le Trésor a mis en garde contre le danger d'un défaut dès la mi-octobre.

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