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06/08/2013 01:01 EDT | Actualisé 06/10/2013 05:12 EDT

37e Festival des films du monde: deux réalisateurs québécois engagés en compétition (VIDÉOS)

MONTRÉAL - Alain Chartrand et Mathieu Roy n'appartiennent pas à la même génération de cinéastes, mais ils partagent sans contredit la même passion pour le cinéma engagé.

Les deux réalisateurs québécois récoltent cette année le fruit de leur labeur puisque chacun a vu sa dernière oeuvre être sélectionnée en compétition officielle au 37e Festival des films du monde (FFM) de Montréal, dont la programmation a été dévoilée mardi.

Avec «La maison du pêcheur», Alain Chartrand propose une incursion à Percé, à l'été 1969, où l'on assiste à la naissance de la cellule Chénier, cette faction responsable de l'enlèvement et de l'assassinat du ministre Pierre Laporte pendant la crise d'Octobre.

Il s'agissait là d'un «chaînon manquant» de l'histoire québécoise qui n'avait pas été transposé au grand écran, selon le cinéaste, qui dit avoir planché sur ce projet pendant environ six ans, à partir d'un scénario soumis par Jacques Bérubé.

«Il y avait un trou dans l'histoire. Là, on va comprendre c'est qui ces gars-là, et on va comprendre pourquoi ils vont passer à l'action directe à la fin du film», a-t-il exposé.

«La maison du pêcheur», long métrage tourné en noir et blanc, prend l'affiche au FFM quelques mois après l'éclatement d'une controverse entourant le dépôt souhaité d'une motion pour souligner le décès de l'ex-felquiste Paul Rose à l'Assemblée nationale.

En digne fils de son père — l'impétueux syndicaliste Michel Chartrand —, le réalisateur ne s'en cache pas: il espère que la sortie de son long métrage ravivera le débat sur les événements de la crise d'Octobre.

«J'aimerais ça qu'on brasse ces idées-là et qu'on aille un peu plus loin, parce que c'est encore une énigme. On pense que c'est une affaire classée, mais ce n'est pas le cas, à mon avis», a-t-il estimé.

Alain Chartrand a derrière la cravate beaucoup plus de productions que Mathieu Roy, mais déjà, ce dernier s'impose dans le paysage cinématographique de belle façon.

Le réalisateur a été heureux d'apprendre que son tout premier long métrage de fiction, «L'autre maison», serait projeté en ouverture du FFM à quelques semaines de sa sortie en salles, prévue pour le mois d'octobre.

«Je suis très, très heureux, très honoré. Ça fait un petit moment que le film est terminé, alors j'avais hâte de le lancer et de le montrer au public québécois. C'est une super belle nouvelle de le lancer en ouverture», s'est-il réjoui mardi.

Le long métrage de Mathieu Roy suit l'histoire d'un octogénaire qui perd peu à peu la mémoire et qui s'évade quotidiennement de sa maison pour en dénicher une plus confortable.

Pour cette oeuvre, le jeune réalisateur — à qui l'on doit le documentaire engagé «Survivre au progrès» (2011) — s'est inspiré du vécu de son propre père, le journaliste Michel Roy, décédé en septembre 2011.

Les aidants naturels

Décochant une flèche à l'endroit de certains créateurs du septième art qui, selon lui, «sont là pour les mauvaises raisons» en privilégiant le médium au message, il a dit espérer que la sortie de son film ramènerait à l'avant-scène la question des aidants naturels au Québec.

«Il y a beaucoup de cinéastes aujourd'hui qui sont là pour des raisons esthétiques, mais je pense qu'on oublie souvent le message. Et pour moi, c'est très important de dire quelque chose, de s'adresser au public et de susciter un débat», a-t-il fait valoir en entrevue.

Alain Chartrand et Mathieu Roy ne sont pas les seuls Québécois à s'être taillés une place dans la sélection officielle du FFM: Christian Duguay est également du nombre grâce à son film «Jappeloup», une coproduction canado-française sortie dans les salles de cinéma de l'Hexagone un peu plus tôt cette année.

Ces trois productions disputeront la plus haute distinction du FFM, le Grand Prix des Amériques, à 17 autres oeuvres en provenance de 15 pays — surtout européens. Mais ce sont des productions du monde entier qui sont au menu du festival, dont la programmation compte 423 films, courts et longs.

Pour une première fois, cette année, les organisateurs du FFM ont relégué «au salon des antiquités» les copies 35mm, ce qui a modifié de façon considérable le processus de sélection des films. Les quelque 2500 courts et longs métrages qui leur ont été soumis l'ont tous été sur support numérique.

Ce qui n'a pas changé, par contre, c'est qu'encore une fois cette année, la question de le bien-fondé du festival est revenue sur le tapis au moment du dévoilement de la programmation.

Le président et fondateur de l'événement, Serge Losique, y est d'ailleurs allé d'une frappe préventive au tout début de la conférence de presse en clamant que son festival est le «porte-étendard» de la culture québécoise et qu'il est le plus cité des événements québécois dans les médias étrangers.

Pour une énième fois, M. Losique a ainsi ressenti le besoin de défendre la pertinence du FFM, qui a été remise en question à maintes reprises au cours des dernières années face à l'émergence d'autres festivals cinématographiques internationaux, dont celui de Toronto, où vedettes et réalisateurs jouent du coude pour se faire voir sur le tapis rouge.

Il faut dire que le FFM mise sur des oeuvres de répertoire signées par des cinéastes et des artisans peu connus du grand public, et qu'il privilégie l'aspect compétitif plutôt que les retombées commerciales, ont rappelé Serge Losique et la directrice générale du festival, Danièle Cauchard.

«N'oubliez pas que parmi des acteurs (qui viendront défendre leur film au FFM), beaucoup sont des 'stars' dans leur propre pays. Ça, il ne faut pas l'oublier», a plaidé Mme Cauchard.

«Quand on a emmené pour la première fois dans un festival, disons, Pedro Almodovar, 'he was nobody'. Même dans nos médias ici. Et regardez aujourd'hui: c'est l'un des plus grands réalisateurs du monde. Pour nous, c'était une star quand on a vu son premier film», a renchéri Serge Losique.

Les organisateurs du festival ont néanmoins déjà confirmé la présence de l'actrice américaine Kathleen Turner, qui sera à Montréal pour venir cueillir un Grand Prix spécial des Amériques.

Le 37e FFM se déroulera du 22 août au 2 septembre.

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