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05/08/2013 06:13 EDT | Actualisé 05/10/2013 05:12 EDT

Turquie : jour de verdict pour 275 accusés dans l'affaire Ergenekon

Les 275 ex-responsables militaires, politiciens et universitaires turcs jugés dans le cadre de l'affaire Ergenekon, un complot présumé en vue de renverser le gouvernement, connaîtront leur sort ce lundi.

L'affaire Ergenekon, dont la procédure a duré cinq ans, est un symbole de la lutte entre le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan et les élites laïques du pays.

L'affaire a débuté en 2007 avec la découverte d'une cache d'armes dans Istanbul.

Les forces de sécurité déployées en nombre autour du tribunal de Silivri, à l'ouest d'Istanbul, ont eu recours lundi à des grenades lacrymogènes pour repousser des manifestants venus exprimer leur soutien aux accusés.

Selon les procureurs, les accusés appartenaient à un réseau clandestin ultranationaliste impliqué dans des assassinats et des attentats à la bombe. Leur objectif, selon l'accusation, était de renverser le gouvernement Erdogan en provoquant un coup d'État militaire.

Les partisans des accusés se sont élevés contre une « instrumentalisation politique » de la justice et ont dénoncé des charges inventées de toutes pièces afin de museler les tenants de la laïcité.

Erdogan s'est défendu de toute intervention dans la procédure judiciaire, mettant en avant l'indépendance de la justice. Mais il a cependant émis des critiques sur la manière dont les procureurs menaient la procédure et s'est dit troublé par la longueur de la détention provisoire des accusés.

Tensions à Silivri

À l'approche du verdict, les autorités ont interdit tout rassemblement près du tribunal, situé à l'intérieur d'un complexe pénitentiaire. Samedi, une vingtaine de personnes ayant appelé à manifester ont été arrêtées.

Lundi matin, une centaine de manifestants se tenaient à proximité des lieux, dont l'accès est défendu par des blocs de ciment et du fil de fer barbelé, pour dénoncer le gouvernement.

« Un jour viendra où l'AKP (le parti de la Justice et du Développement d'Erdogan, NDLR) paiera », ont scandé des manifestants face à plusieurs centaines de policiers des forces anti-émeutes, qui ont eu recours aux gaz lacrymogènes.

Lourdes peines en vue

En mars, les procureurs ont requis des peines de prison à vie contre 64 des 275 accusés. Le général Ilker Basbug, ancien chef d'état-major de l'armée turque, et deux anciens députés d'opposition sont au nombre des prévenus contre lesquels l'accusation a requis la prison à perpétuité.

Des peines allant jusqu'à 15 ans de prison ont été demandées contre 96 autres accusés, que les procureurs disent coupables d'appartenance à « l'organisation terroriste Ergenekon ».

Dimanche, le général Basbug s'en est pris à ses juges.

« Ce prétendu tribunal va rendre son verdict dans une atmosphère jamais vue même à l'époque de la loi martiale (...) Ils savent qu'ils vont maculer d'une tache sombre l'histoire glorieuse de l'État et de l'armée turcs comme jamais auparavant », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Reuters

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