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05/08/2013 06:02 EDT | Actualisé 05/10/2013 05:12 EDT

États-Unis : deux ans sans AAA

Un texte de Dominique Scali

Il y a deux ans jour pour jour, l'agence de notation Standard & Poor's (S&P) privait les États-Unis de leur note de crédit AAA pour la première fois de leur histoire. Alors que certains y avaient vu le début de la fin pour la première puissance mondiale, force est de constater que l'hécatombe annoncée n'a pas eu lieu.

Suite à cette annonce, « il y a eu un petit emballement temporaire », indique François Barrière, vice-président au développement des affaires à la Banque Laurentienne. Mais en fin de compte, il y a eu plus de peur que de mal.

La perte du triple A américain devait avoir d'importantes répercussions sur les marchés financiers et entraîner une hausse des coûts d'emprunt, tant pour le gouvernement que pour les entreprises et les consommateurs.

Or, deux ans plus tard, Washington peut toujours emprunter à sa guise sur les marchés avec de faibles taux d'intérêt et la dette américaine est une des plus sécuritaires au monde.

Les Américains ont prouvé une fois de plus leur capacité à se redresser, « grâce à leurs importantes liquidités, à leur capacité de générer [des revenus] et à couper dans leurs dépenses, contrairement à la Grèce », explique M. Barrière.

« Ceux qui ont eu peur se sont mis à acheter de l'or, mais au final ça leur a fait mal », ajoute François Barrière. La valeur de l'or a d'ailleurs atteint un sommet un mois plus tard, en septembre 2011.

Selon l'agence de presse financière Bloomberg, le dossier de crédit de l'État américain se trouve maintenant favorisé par une croissance économique qui dépasse celle des nations détenant toujours la note parfaite.

En juin dernier, Standard & Poor's a d'ailleurs relevé de « négative » à « stable » la perspective attachée à la note de AA+ des États-Unis.

Le problème de la dette américaine ne doit toutefois pas être minimisé, met en garde François Barrière. « Le déficit mensuel des États-Unis est d'environ 55 milliards de dollars par mois en moyenne. On est revenu à un déficit semblable à celui de 2008. »

« S'il advenait un relâchement délibéré de la politique fiscale, une tentative d'aggraver les déficits [...] sans qu'il y ait en échange un plan de rattrapage à long terme, cela pourrait nous amener à reconsidérer le sérieux de Washington dans sa gestion de la question fiscale », prévient quant à lui l'analyste Nikola Swann.

Perte de crédibilité

La perte du sceau d'excellence AAA a démontré qu'une rétrogradation de la part des agences de notation n'entraîne pas forcément une hausse des coûts d'emprunt pour l'État en question, la hauteur du risque n'étant pas l'unique facteur influençant les marchés.

L'an dernier, 32 changements de note ont été apportés par les agences. Dans 53 % des cas, les rendements ont évolué dans la direction opposée à celle reflétée dans la notation, révèlent des données compilées par Bloomberg en décembre dernier.

« Plus personne ne se soucie de ce que les agences [de notation] pensent », va même jusqu'à écrire le blogueur et commentateur financier Jeff Macke.

À l'époque de la dégradation de la note, le Trésor américain avait contesté les prévisions et calculs des analystes de S&P, l'accusant d'avoir fait une erreur de 2000 milliards de dollars.

Les deux autres grandes agences de notation internationales, Moody's et Fitch, ont quant à elles toujours maintenu leur note de AAA aux États-Unis.

Clivage politique

Si la saga de la note de crédit a eu peu d'impact sur le plan économique, François Barrière croit qu'elle a eu pour effet de « réveiller les politiciens ». Séparés par un fossé idéologique qui ne semble pas vouloir se résorber, républicains et démocrates ont quand même « fait des compromis politiques » depuis 2011, estime-t-il.

Peu avant la dégradation, il avait fallu plusieurs mois de débats entre les élus pour parvenir à une entente sur le relèvement du plafond de la dette. Puis, en mars dernier, le gouvernement américain a finalement frappé le mur budgétaire qu'il avait évité l'année précédente, les deux camps étant incapables d'arriver à un accord pour empêcher à temps les compressions automatiques de 85 milliards de dollars.

Pour M. Barrière, la décision d'abaisser la note américaine en 2011 relevait du commentaire politique, une façon pour S&B d'envoyer un message aux élus du Congrès, qui avaient « fait croire qu'ils étaient prêts à mener le pays jusqu'à la faillite plutôt que de s'entendre ».

La dette publique américaine dépasse actuellement 16 700 milliards de dollars.

Avec Bloomberg et Wall Street Journal

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