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Un camp d'internement oublié de la mémoire du Nouveau-Brunswick

03/08/2013 04:07 EDT | Actualisé 03/10/2013 05:12 EDT

RIPPLES, - Adolescent de 15 ans sous le coup de la menace nazie en Autriche, Fred Kaufman pouvait à peine imaginer qu'il se retrouverait bientôt éloigné de sa famille, jetant un regard au-delà des barbelés clôturant un camp de prisonniers situé profondément dans les bois du Nouveau-Brunswick.

Le camp d'internement B70, situé à Ripples, a abrité plus de 700 juifs durant les premiers mois de la Deuxième Guerre mondiale.

Plus de 70 ans plus tard, il s'agit d'un morceau de l'histoire de la province qui est rarement mentionné, et connu de peu de gens.

Alors que la situation empirait pour les familles juives autrichiennes— à la suite de l'annexion du pays par l'Allemagne — dans les mois précédant le conflit, le père de M. Kaufman a décidé d'envoyer son fils en Angleterre, l'un des 10 000 enfants juifs transportés en Grande-Bretagne dans le cadre d'un programme d'aide appelé Kindertransport.

«Scinder la famille fut une décision difficile», a déclaré M. Kaufman lors d'une entrevue accordée à son domicile de Toronto.

Le premier ministre britannique de l'époque, Winston Churchill, craignait toutefois que des espions puissent se cacher au sein de ces réfugiés, et a demandé au Canada et à l'Australie de les héberger comme prisonniers.

M. Kaufman, qui deviendra plus tard juge à la Cour d'appel du Québec, était l'un des 711 hommes et garçons s'étant retrouvés à descendre d'un train le 12 août 1940 et à marcher vers le camp de prisonniers de Ripples, une communauté isolée à environ 30 kilomètres à l'est de Fredericton.

«Le camp était dans le milieu de la forêt et nous passions nos journées à couper des arbres pour en faire du bois de chauffage, a dit M. Kaufman. Il faisait froid.»

Le site de 21 hectares avait servi de camp d'aide lors de la Grande Récession avant de rouvrir comme camp de prisonniers en 1940, l'un des 26 lieux similaires au pays, et le seul des Maritimes.

Les prisonniers dormaient dans des baraquements militaires, et portaient des vestes avec un grand cercle rouge dans le dos.

«C'était en cas d'évasion, vous pouviez être identifié, a précisé M. Kaufman. Cela faisait également une bonne cible si quelqu'un voulait vous tirer dessus.»

Six tours de mitrailleuses étaient installées le long du périmètre.

Au bout d'un an, la Grande-Bretagne a réalisé que plusieurs prisonniers pouvaient contribuer à l'effort de guerre, et ceux-ci ont pu choisir entre le retour en Angleterre pour s'engager dans l'armée ou trouver un parrain et demeurer au Canada. M. Kaufman a choisi la seconde option.

Le camp a été fermé en 1941 pendant trois semaines pour se préparer à accueillir des prisonniers de guerre. Au cours des quatre années suivantes, l'endroit accueillera 1200 détenus, dont des marins allemands et italiens, ainsi que des objecteurs de conscience canadiens.

Lors de la fermeture définitive du camp en 1945, les 52 bâtiments de l'endroit ont été vendus et déplacés aussi loin qu'à Fredericton.

La région est demeurée inoccupée jusqu'en 1997, lorsque le professeur Ed Caissie a recruté un groupe d'étudiants dans le cadre d'un projet pour en apprendre davantage sur le camp et déterrer des objets afin de créer une exposition dans la ville voisine de Minto.

«Alors que la demande circulait, les gens ont commencé à donner des objets provenant du camp, a dit M. Caissie. Dans certains cas, leurs pères faisaient partie des 350 gardes du camp, où ils avaient acheté des objets fabriqués au camp.

Rapidement, le New Brunswick Internment Camp Museum héritait de 600 objets et obtenait un domicile permanent au sous-sol de l'hôtel de ville de Minto.

En 2006, M. Caissie affirme que des bénévoles gérant le musée ont décidé de créer un sentier historique sur le site de l'ancien camp.

«Il existe encore des structures en béton, une route, des tuyaux et nous avons pu tout localiser», a-t-il dit.

L'ancien camp est situé près d'une section isolée de l'autoroute 10. À l'exception d'un panneau, la seule indication de présence humaine est un ensemble de piliers en béton qui servait autrefois de fondation pour le château d'eau du camp.

M. Caissie rêve de mettre en valeur davantage le site.

«Je crois qu'il est très important, pour les prochaines générations, de connaître l'histoire», affirme-t-il.

Selon lui, des informations sur le camp devraient être incluses dans le programme scolaire provincial.

Lori-Jean Wallace, une porte-parole du ministère de l'Éducation, précise que si le programme ne fait pas mention du camp, les enseignants sont libres d'en parler.

Dans le cas de M. Kaufman, il est devenu journaliste, avocat puis juge pendant plus de 20 ans à la Cour d'appel. Ses parents ont pu fuir l'Autriche pendant la guerre et la famille a plus tard été réunie.

Malgré les nombreuses années écoulées, l'ex-prisonnier n'est jamais retourné au camp, affirmant qu'il s'agissait de quelque chose qu'il préférait enfouir dans son passé.

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