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Vatican: la révolution François est commencée, mais certains grincent des dents

02/08/2013 07:40 EDT | Actualisé 02/10/2013 05:12 EDT

VATICAN, État de la Cité du Vatican - La révolution François est commencée au Vatican, mais elle ne fait pas le bonheur de tous.

Quatre mois après le début de son pontificat, le pape François a demandé aux jeunes catholiques de monter aux barricades spirituelles pour secouer une Église empoussiérée et doctrinaire qui ne cesse de perdre des fidèles et de la pertinence.

Il a déclaré qu'on doit faire une plus grande place aux femmes — non pas au sein de la prêtrise, mais de manière à refléter que Marie est plus importante que tous les Apôtres.

Et il a complètement chamboulé le Vatican et asséné un coup possiblement mortel à une culture vicieusement homophobe quand il a prononcé le mois «gai» et demandé: et puis après?

Au travers tout ça, il a su charmer des millions de fidèles et les médias de la planète, attirant la deuxième foule en importance jamais vue lors d'une messe papale. Cela devrait lui fournir les renforts dont il a besoin maintenant qu'il s'attaque à sa principale mission: réformer non seulement une bureaucratie vaticane dysfonctionnelle mais l'Église elle-même, en s'inspirant de sa propre histoire.

«Il est en train de restaurer la crédibilité du catholicisme», a déclaré l'historien Alberto Melloni.

Tous ne partagent pas cet enthousiasme.

Le prédécesseur de François, Benoît XVI, avait fait le bonheur des traditionalistes attachés à l'ancienne messe latine et opposés aux réformes du IIe concile œcuménique du Vatican. Cette faction avait accueilli l'élection de François avec inquiétude et voit maintenant ses pires craintes se concrétiser. Le pape a pris position, à la fois publiquement et en privé, contre de tels «groupes restaurateurs», les accusant d'égocentrisme et d'être déconnectés de la mission de l'Église au 21e siècle.

Ces catholiques conservateurs n'ont eu d'autre choix que de battre en retraite.

«Soyez rusés. Le moment viendra d'analyser ce que Vatican II signifie ou ne signifie pas, a dernièrement prévenu le père John Zuhlsdorf, un blogueur conservateur. Mais croyez-moi: si vous dénoncez Vatican II dans le contexte actuel, vous pourriez perdre ce que vous avez déjà gagné.»

Même des catholiques plus modérés demeurent prudents face au pape François. Lors d'une récente entrevue accordée au National Catholic Reporter, l'archevêque de Philadelphie, Charles Chaput, a dit que les catholiques de droite n'ont «généralement pas été très heureux» de François.

Reste que le pape n'a rien changé aux enseignements de l'Église. Rien de ce qu'il a fait ou dit n'est contraire à la doctrine; tout ce qu'il a fait ou dit reprend le concept catholique d'aimer le pécheur mais non son péché, et d'avoir une Église accueillante, compatissante et miséricordieuse.

Mais le simple ton utilisé pour discuter de questions épineuses peut représenter, en lui-même, un changement. Le quotidien du Vatican, L'Osservatore Romano, a utilisé le mot «gai» possiblement pour la première fois de ses 150 ans d'histoire mercredi, lors d'un article qui s'émerveillait des changements engendrés par François.

«Avec seulement quelques mots, la nouveauté a été exprimée clairement et sans menacer la tradition de l'Église, a noté le quotidien au sujet des commentaires de François concernant les gais et les femmes. On peut tout changer sans pour autant changer les règles de base, celles sur lesquelles s'appuie la tradition catholique.»

Le pape a généré le plus de manchettes au moment de rentrer du Brésil, quand il a été questionné au sujet d'un conseiller qui aurait déjà eu une relation homosexuelle.

«Qui suis-je pour juger?», a-t-il demandé concernant l'orientation sexuelle des prêtres, pour autant qu'ils partent à la rencontre de Dieu remplis de bonne volonté.

Compte tenu des moeurs sexuelles qui prévalent normalement au Vatican, un individu dont l'homosexualité est dénoncée peut dire adieu à sa carrière. Avant d'accorder une promotion à qui que ce soit, les responsables du Vatican vérifient habituellement si le candidat est «ricattabile» - si on peut le faire chanter.

Mais François a dit avoir enquêté personnellement sur les allégations à l'endroit de son conseiller et n'avoir rien découvert pour les confirmer. Et de toute manière, a-t-il ajouté, si un individu gai se repend, Dieu lui pardonne et oublie. François a ajouté que tous devraient faire de même. En dénonçant le chantage haut et fort, il pourrait fort bien avoir sonné le glas d'une pratique courante au Vatican.

Et puis il y eu Rio.

Dès son arrivée, on a pu sentir que quelque chose de différent allait se produire. Pas de papemobile blindée, mais seulement une petite voiture Fiat bien ordinaire — qui a d'ailleurs été prise d'assaut par les fidèles quand le conducteur s'est égaré. Plutôt que d'avoir peur, le pape François a descendu sa fenêtre. Ce simple geste était révolutionnaire, quand on se souvient que les papes étaient, jusqu'à tout récemment, transportés sur des chaises pour les mettre hors de portée de la foule.

Il a déclaré à 35 000 pélerins venus de son Argentine natale de «brasser» leurs diocèses, de descendre dans les rues propager leur foi, même si cela se traduit par une dispute avec leurs évêques. Il a prêché par l'exemple quand il a plongé au coeur d'un des favelas les plus malfamés et les plus violents de Rio.

«Soit on voyage comme il faut, soit on reste à la maison», a-t-il expliqué à la télévision brésilienne. Le pape a ensuite ajouté qu'il n'aurait jamais pu «visiter Rio enfermé dans une boîte de verre».

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