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L'Union africaine entérine prudemment la présidentielle zimbabwéenne

02/08/2013 06:12 EDT | Actualisé 02/10/2013 05:12 EDT

HARARE, Zimbabwe - Deux missions africaines d'observation ont prudemment entériné vendredi l'issue de l'élection présidentielle au Zimbabwe, en dépit des affirmations du leader de l'opposition et d'un groupe local qui font état d'une fraude électorale importante.

Le chef de la mission de l'Union africaine, l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, a déclaré vendredi que ses observateurs ont noté certains problèmes, mais que cela ne prouve pas l'existence d'une fraude massive.

Les partisans du président sortant, Robert Mugabe, réclament la victoire et rejettent les allégations de malversations. Le scrutin de mercredi ajoute à l'incertitude dans un pays affligé depuis longtemps par les divisions et les problèmes économiques.

«Oui, c'est une élection libre», a dit M. Obasanjo. Il estime que le vote est crédible jusqu'à preuve du contraire, mais il a demandé aux autorités électorales de déterminer si des dizaines de milliers d'électeurs admissibles ont bel et bien été refoulés aux portes des bureaux de vote.

Un autre groupe qui surveillait le déroulement du vote affirme qu'un million de personnes, sur un total de 6 millions d'électeurs, ont été incapables de voter.

«Si 25 pour cent (des électeurs) n'ont pas pu voter, alors oui, cette élection est invalide», a ajouté M. Obasanjo, qui dirigeait une équipe de 70 observateurs.

Le directeur de la mission d'observation de la Communauté de développement de l'Afrique australe, une organisation régionale, a estimé de son côté que l'élection a été «très libre» et «très pacifique», tout en soulignant que certains problèmes ont été décelés et que l'analyse complète n'est pas terminée.

«La question de justice est très large et on ne peut y répondre en une seule journée, a dit le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Membe. La question pourra être soulevée dans notre rapport final, d'ici 30 jours.»

Le parti du président sortant, Robert Mugabe, affirme avoir remporté une victoire écrasante. Son principal rival, le premier ministre sortant Morgan Tsvangirai, a dénoncé une fraude de grande ampleur et estimé que le résultat n'aurait aucune validité.

Le parti ZANU-PF de M. Mugabe a indiqué vendredi que 3,9 millions de personnes ont voté mercredi, soit un taux de participation de 61 pour cent. En fin de journée, les résultats officiels dévoilés par la commission électorale accordaient 70 des 210 sièges parlementaires au ZANU-PF, contre 38 pour la formation de son adversaire. Les résultats complets ont été promis d'ici à lundi.

Le ministre zimbabwéen de la Justice, Patrick Chinamasa, a lancé vendredi que sa formation se dirigeait tout droit vers une victoire sans précédent.

«Si quelqu'un n'est pas content, il y a les tribunaux. J'invite Tsvangirai à s'adresser à la justice s'il est capable de prouver ce qu'il avance», a-t-il dit.

La loi prévoit une période de sept jours pendant laquelle le résultat d'une élection peut être contesté. Deux autres journées sont prévues pour la décision, après quoi le nouveau gouvernement est assermenté.

M. Obasanjo a confirmé que le déroulement du scrutin a été pacifique, tout en soulignant que les observateurs ont été témoins de situations qui auraient pu être évitées et qui frôlaient même l'illégalité. La confusion et la mauvaise organisation auraient ainsi privé plusieurs personnes de leur droit de vote, mais M. Obasanjo a indiqué qu'il s'agissait essentiellement d'erreurs provoquées par un problème de financement.

«Je n'ai jamais vu d'élection parfaite, a-t-il lancé. Le processus continue et nous devons limiter nos commentaires.»

La commissaire de l'Union africaine pour les affaires politiques, Aisha Adbullahi, a noté certaines améliorations depuis le vote de 2008, mais elle a déploré que les listes électorales n'aient pas été prêtes à temps pour pouvoir être vérifiées par les électeurs, les partis politiques et les candidats. Une telle inspection était essentielle, a-t-elle dit.

Elle a aussi souligné que la commission électorale a préparé 8,7 millions de bulletins de vote pour 6,4 millions d'électeurs, ce qui représente un excédent de 35 pour cent. La norme internationale est de 5 à 10 pour cent.

De plus, l'annonce tardive de l'emplacement des bureaux de vote - dans certains cas, seulement 48 heures avant la tenue du scrutin - a vu plusieurs électeurs se présenter au mauvais endroit et être refusés.

Mme Abdullahi a ajouté que plusieurs observateurs ont vu des électeurs âgés ou handicapés être aidés à voter par des agents qui pourront avoir influencé leur choix. Dans certains bureaux reculés, jusqu'à 25 pour cent des électeurs ont reçu une telle aide.

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