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Le pipeline de TransCanada en trois questions

01/08/2013 05:54 EDT | Actualisé 01/10/2013 05:12 EDT

Le projet de pipeline de TransCanada sera-t-il profitable aux Canadiens? Au Québec? Sinon, la province a-t-elle un droit de veto? Les pipelines sont-ils plus sécuritaires que les trains? Les spécialistes analysent le dossier.

1.  Le projet rendrait-il plus sécuritaire le transport de pétrole?

Si l'on pose la question aux compagnies de pipeline, elles répondront que les pipelines sont plus sécuritaires, croit Steven Guilbeault, le directeur d'Équiterre. Mais si on la pose aux compagnies ferroviaires, elles diront que le train est plus sûr, ajoute-t-il. « L'agence internationale de l'énergie, qui est un acteur un peu plus neutre [...] dit qu'il y a plus d'accidents en train qu'en pipeline, mais les accidents en pipeline déverse beaucoup plus de pétrole », nuance l'écologiste.

Le spécialiste des politiques énergétiques et professeur aux HEC Pierre-Olivier Pineau fait pour sa part valoir que le Québec dispose déjà de pipelines sur son territoire. « On reçoit du pétrole à Montréal du Maine [et son transport] a toujours été sécuritaire. On a un pipeline récemment ouvert entre Lévis et Montréal qui achemine des produits pétroliers raffinés de Québec à Montréal. Encore une fois, c'est opéré de manière sécuritaire ».

M. Pineau dit tout de même que le transport de pétrole comporte des risques. « On peut émettre des doutes et il faut faire des pressions pour que les compagnies soient tenues responsables ».

2.  À qui le projet profitera-t-il?

Ottawa croit que le projet est une bonne nouvelle pour l'économie canadienne. Il permettra « de traiter beaucoup plus de pétrole canadien à des prix qui pourraient être plus bas », en plus d'améliorer la sécurité énergétique du pays et « de rendre notre pays moins dépendant du pétrole étranger », fait valoir le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, David Alward, estime qu'il permettra la création d'emplois et de « de rebâtir les bases » de l'économie de la province.

Mais au Québec, Steven Guilbeault ne voit pas beaucoup d'avantages pour la province. « Il faut comprendre que 70 % des sables bitumineux n'appartiennent plus aux Canadiens. Il appartient à des intérêts étrangers », dit le directeur d'Équiterre qui cite la Chine, l'Angleterre, les Pays-Bas et la France.

« Ce projet-là, il n'est pas la sécurité énergétique de l'est du Canada. Il n'est pas pour qu'on paye notre essence moins cher ici. Ce pétrole-là, il vise l'exportation. On veut l'exporter. Pourquoi? Parce que les gens à qui il appartient disent : nous, on veut avoir accès à notre pétrole ».

Selon M. Guilbeault, le Québec assumera tous les risques du passage du pipeline sur son territoire, mais en tirera très peu de bénéfices.

Pierre-Olivier Pineau juge pour sa part que pour le Canada dans son ensemble, « il y a des bénéfices économiques, mais qui restent très marginaux ».

Toutefois pour l'Alberta, qui compte beaucoup sur la croissance de sa production de pétrole, c'est un projet très important, explique-t-il, dans un contexte ou d'autres projets de pipeline (KeyStone-XL et Northern Gateway) connaissent des difficultés.

« Si on prend la perspective québécoise, c'est très difficile de voir, à court, moyen et long termes, quels sont les bénéfices pour le Québec. Peut-être que ce serait un bénéfice pour pouvoir négocier d'autres choses », spécule-t-il.

3.  Le Québec pourrait-il s'opposer?

« Techniquement parlant, le Québec ne pourrait pas s'opposer au projet parce que c'est un pipeline qui va traverser le Canada. Donc il est de responsabilité fédérale », expose le spécialiste des politiques énergétiques Pierre-Olivier Pineau.

Si l'office national de l'Énergie - l'équivalent fédéral de la Régie de l'Énergie au Québec - approuve le projet, TransCanada pourra aller de l'avant, dit le professeur aux HEC.

Mais la question ne serait pas pour autant si simple, advenant une opposition de Québec. M. Pineau cite l'exemple du projet de pipeline Northern Gateway, en Colombie-Britannique, qui avait reçu l'approbation fédérale, mais était confronté à une opposition de la province. « Northern Gateway ne veut pas aller à l'encontre de la volonté populaire de la Colombie-Britannique », explique Pierre-Olivier Pineau.

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