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Zimbabwe: le camp Mugabe revendique la victoire, Tsvangirai dénonce une farce

01/08/2013 09:23 EDT | Actualisé 01/10/2013 05:12 EDT
AFP

Le Zimbabwe est entré jeudi dans une phase critique avec l'attente des résultats de la présidentielle, au lendemain d'un vote dans le calme mais dénoncé comme "une énorme farce" par l'adversaire du président sortant Robert Mugabe, qui se voit déjà réélu à 89 ans.

"Nous avons gagné dans un fauteuil. Nous avons vaincu le MDC", le parti du Premier ministre Morgan Tsvangirai, a indiqué à l'AFP un haut responsable du parti présidentiel Zanu-PF, à l'origine en 2008 d'un déchaînement de violences contre les partisans de l'oppostion.

Cette victoire "concerne tout, les élections présidentielle, législatives et municipales", a-t-il précisé, ajoutant que le parti avait remporté de nombreux sièges aux législatives dans les villes, traditionnellement acquises au camp Tsvangirai.

Les résultats officiels du premier tour de la présidentielle ne sont pas attendus avant lundi, un éventuel deuxième tour devant être organisé le 11 septembre pour départager MM. Mugabe et Tsvangirai si aucun n'obtient 50% des voix dès mercredi.

"Le décompte est achevé dans les bureaux de vote et leur agrégation a commencé au niveau des cantons et circonscriptions", a annoncé la présidente de la commission, Rita Makarau.

"A notre avis, cette élection est nulle et non avenue", a d'ores et déjà attaqué M. Tsvangirai, qui s'était fait voler la victoire en 2008. En tête à l'issue du premier tour, il s'était désisté pour mettre un terme au carnage, après la mort de 200 de ses supporters.

C'est "une élection factice qui ne reflète pas la volonté du peuple" à cause des manipulations du camp Mugabe, a-t-il dénoncé lors d'une conférence de presse.

M. Tsvangirai n'a pas souhaité commenter les revendications de victoire du camp présidentiel, alors que des policiers anti-émeute étaient déployés à proximité du siège de son parti.

"A notre avis, ce scrutin ne répond pas aux normes de la SADC (Communauté d'Afrique australe, ndlr), de l'UA (Union africaine) et de la communauté internationale pour une élection crédible, légitime, libre et honnête", a-t-il dit, car "sa crédibilité a été entachée par des violations administratives et juridiques qui affectent la légitimité du résultat".

Alors que les observateurs de l'UA ont qualifié mercredi soir le scrutin de "libre et honnête", ceux de la SADC ont annoncé qu'ils rendraient leur avis vendredi midi.

La SADC était intervenue en 2008 pour éviter la guerre civile, alors qu'un début d'exode des population réveillait le spectre d'une déstabilisation régionale, de l'Afrique du Sud notamment qui abrite une importante diaspora zimbabwéenne.

La SADC avait imposé à M. Mugabe de faire des réformes et de former un gouvernement d'union nationale avec son rival.

Le répit a permis un redressement économique et l'adoption d'une nouvelle Constitution. Mais les nouvelles élections générales ont été précipitées par le camp Mugabe.

Résultat, les listes électorales n'ont été rendues publiques que moins de vingt-quatre heures avant le scrutin, rendant impossible toute vérification sérieuse, et a fortiori tout recours.

"Quel que soit le résultat, la crédibilité des élections (...) est sérieusement compromise par un effort systématique visant à priver les électeurs urbains de leurs droits électoraux", a estimé l'ONG Zimbabwe Election Support Network (ZESN), forte de 7 000 observateurs.

L'organisation catholique sud-africaine Denis Hurley Peace Institute a affirmé que la participation avait été de seulement 32% dans la deuxième ville du pays, Bulawayo, contredisant la commission électorale qui s'était félicitée d'une "forte participation" dans tout le pays.

A Washington, le département d'Etat américain a salué la journée pacifique de mercredi, sans s'avancer sur le caractère équitable des élections. "Nous avons fait comprendre aux gouvernements du Zimbabwe et de la région que nous ne réduirons nos sanctions que si ces élections sont crédibles, transparentes et le reflet de la volonté des Zimbabwéens", a indiqué sa porte-parole Marie Harf.

M. Mugabe est au pouvoir depuis l'indépendance en 1980. M. Tsvangirai, bien que devenu premier ministre en 2009, n'a pu imposer ses choix politiques.

Père de l'indépendance au discours anti-occidental --et plus largement anti-blanc--, Robert Mugabe est encore considéré comme un héros parmi l'électorat rural et âgé. Il est en outre à la tête de tout un système qui domine le pays, des forces armées aux médias en passant par les mines de diamants.

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