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Edward Snowden est maintenant un homme libre en Russie

01/08/2013 08:17 EDT | Actualisé 01/10/2013 05:12 EDT

MOSCOU - Défiant les États-Unis, la Russie a accordé l'asile temporaire à Edward Snowden jeudi, permettant à l'Américain en fuite de quitter la zone de transit de l'aéroport international de Moscou où il était retranché depuis des semaines dans l'espoir d'échapper aux accusations d'espionnage qui pèsent contre lui dans son pays.

L'ancien employé de l'agence américaine de sécurité nationale (NSA), à l'origine des révélations sur un vaste programme de surveillance du gouvernement américain, a obtenu l'asile politique en Russie pour un an.

Il pourra désormais se déplacer librement sur le territoire russe, mais son avocat, Anatoly Kucherena, a indiqué jeudi que ses déplacements en Russie seraient gardés secrets pour des raisons de sécurité.

La décision de la Russie de lui accorder l'asile pourrait nuire aux relations américano-russes déjà tendues. La Maison-Blanche s'est dite «extrêmement déçue» et a prévenu que la décision pourrait remettre en question la rencontre prévue entre le président Barack Obama et son homologue russe à l'automne.

Dans un communiqué diffusé par WikiLeaks, qui a adopté la cause de l'Américain en fuite, Edward Snowden remercie la Russie de l'accueillir et critique le gouvernement américain.

«Depuis huit semaines, nous avons vu que l'administration Obama n'a aucun respect pour le droit international et national, mais à la fin, c'est la loi qui l'emporte», a-t-il dit. «Je remercie la Fédération de Russie de m'accorder l'asile conformément à la loi et à ses obligations internationales.»

Dans sa demande d'asile, M. Snowden a affirmé qu'il craignait d'être torturé ou exécuté s'il était renvoyé aux États-Unis, mais le gouvernement américain a assuré à la Russie qu'il ne réclamerait pas la peine de mort contre le fugitif.

Les États-Unis ont révoqué son passeport, ce qui a grandement compliqué ses démarches pour se rendre dans les pays qui lui ont offert l'asile, dont le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie.

«Il est maintenant l'un des hommes les plus recherchés du monde», a déclaré Me Kucherena devant les journalistes réunis à l'aéroport de Moscou. «La question de sa sécurité est très importante pour lui.»

L'asile d'un an qui lui a été accordé pourra être prolongé indéfiniment, et il pourra également demander la citoyenneté russe. En vertu des lois russes, une personne qui obtient l'asile temporaire peut se déplacer librement sur le territoire, mais perd son droit de voyager à l'étranger.

Me Kucherena a déclaré qu'il reviendrait à Edward Snowden de décider s'il veut voyager dans un autre pays, mais qu'il n'avait pas de projets en ce sens pour l'instant.

Les États-Unis réclament le retour d'Edward Snowden au pays afin qu'il réponde à des accusations d'espionnage en lien avec ses révélations, mais le président russe, Vladimir Poutine, a écarté cette possibilité.

«Nous sommes extrêmement déçus que le gouvernement russe ait pris cette décision, malgré nos demandes très claires et légales, en public et en privé, réclamant l'expulsion de M. Snowden et son retour aux États-Unis», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney.

D'autres élus à Washington ont tenu des propos encore plus tranchés. Le sénateur républicain Lindsey Graham a estimé que cette décision pourrait changer radicalement les relations entre les États-Unis et la Russie. «C'est un signe clair du manque de respect du président Poutine envers le président Obama», a-t-il dit.

Le sénateur républicain John McCain a pour sa part estimé que la Russie avait volontairement voulu embarrasser les États-Unis. «C'est une gifle au visage de tous les Américains», a-t-il déclaré. «Il est maintenant temps de repenser fondamentalement notre relation avec la Russie de Poutine.»

Le porte-parole de la Maison-Blanche n'a pas dit si les États-Unis allaient appliquer des mesures de représailles, précisant seulement que le président Obama reconsidérait sa rencontre avec Vladimir Poutine à l'automne.

Me Kucherena n'a pas dit où Edward Snowden habitera en Russie, ni ce qu'il y fera. Son titre de séjour prévoit qu'il perdra son statut s'il quitte la Russie «pour un lieu de résidence».

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