BIEN-ÊTRE

Dans les villes d'Europe, l'été au bord de l'eau

30/07/2013 10:26 EDT | Actualisé 29/09/2013 05:12 EDT

Hier symboles de l'automobile toute puissante, aujourd'hui lieux de détente et de loisirs, les berges des grands fleuves européens offrent désormais un peu d'oxygène à des grandes villes surchauffées l'été en retrouvant un usage récréatif et touristique.

La Seine entourée des somptueux monuments parisiens, le Danube où les Viennois aiment à venir faire trempette, la Vistule à Varsovie ou la Manzanares à Madrid qui sont redevenus des lieux de promenade très courus.

"Dans l'ensemble de ces villes, la présence d'eau sert d'aimant. Le désir était déjà là et ne demandait qu'à être suscité", observe la géographe Maria Gravari-Barbas, auteur d'une étude sur la reconquête des fronts de fleuve urbains. "On ne compte plus le nombre de fêtes et festivals qui ont comme décor, voire même comme raison d'être, une portion urbaine d'un front de fleuve. Comme si la présence de l'eau était en soi le prétexte pour faire la fête, pour s'y rassembler", constate-t-elle.

À Vienne, où l'on a l'habitude de se baigner dans le Danube depuis plus d'un siècle, l'île Donauinsel, créée dans les années 1970 et 1980, accueille chaque année sur trois jours un festival de musique très prisé.

"Ici, il n'y a pas la mer, mais on a la Donauinsel ! L'été, c'est génial pour se détendre ou faire du sport", se réjouit Claudio, un étudiant italien de 28 ans, originaire de la région de Vérone.

Paris fut pionnière dans ce bouillonnement. Chaque été depuis 2002, les rives de la Seine se transforment en une immense plage éphémère, de mi-juillet à mi-août. Pour Paris-Plage, on amène des tonnes de sable, des transats et des parasols. On s'y fait bronzer en bikini ou en short de bain, se rafraîchit sous des brumisateurs géants. Les enfants font des châteaux de sable ou gravissent des murs d'escalade.

Claudine, une Parisienne de 67 ans, est venue jeudi "pour la première fois" avec sa petite-fille Marion, 9 ans. "Cette année on ne pouvait pas partir en vacances, car on manque d'argent. D'habitude, on part dans mon appartement à Cannes, mais j'ai préféré le louer pour gagner un peu de sous. Mais ici c'est super, c'est comme à Cannes!", s'enthousiasme-t-elle.

En fin de journée, Parisiens et touristes peuvent écouter des concerts, danser le tango ou la valse, en se rappelant le temps pas si lointain des bals musettes et des guinguettes de bord de fleuves.

La fête plutôt que l'auto

Pour le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, Paris-Plage a sonné le début d'une reconquête des berges de la Seine. Dix ans après, il vient d'inaugurer une promenade piétonne permanente sur la rive gauche du fleuve, reprise à la circulation sur 2,3 km au pied la Tour Eiffel.

Si l'opposition de droite et les associations d'automobilistes ont bataillé contre le projet, prédisant des embouteillages monstres dans la capitale, les critiques se sont rapidement tues.

Dans ce retour à l'eau, Jean-Pierre Gautry, président d'honneur de la Société française des urbanistes, voit la fin "d'une grande parenthèse liée à l'automobile" qui "avait coupé la vie des populations par rapport aux fleuves", le coeur des villes "depuis des siècles".

Le phénomène est général en Europe. Les rives de la Manzanares, longtemps ignorées en contrebas de Madrid, ont été aménagées en 2011 dans le cadre d'un vaste projet baptisé Madrid Rio. Une coulée verte de huit kilomètres a été tracée, 25.000 arbres plantés, et 30 kilomètres de pistes cyclables ouverts.

Le projet, qui a mis sept ans à voir le jour, remplaçant des avenues bruyantes et polluées par des espaces verts, a largement contribué à l'amélioration du cadre de vie dans les quartiers populaires du sud-ouest de Madrid. La M30, le boulevard périphérique, passe désormais à cet endroit, mais au-dessous du site de Madrid Rio.

L'ancien président français Georges Pompidou (1969-74), à l'origine des voies automobiles sur les berges de la Seine, disait que la ville devait "s'adapter à la voiture". "Aujourd'hui on dit l'inverse", se réjouit Jean-Pierre Gautry pour qui les citadins redécouvrent "toute une série de valeurs essentielles autour de la qualité de vie liées à l'eau: relations apaisées, biosphère, qualité de vie..."

Et parmi ces valeurs, la fête. À Berlin, la Spree fait partie intégrante de la vie nocturne avec de nombreux clubs sur ses berges notamment à Kreuzberg et dans les quartiers branchés de l'ancien Berlin-est. Une partie du fleuve reste cependant le théâtre d'un bras de fer entre investisseurs et un lobby d'opposants réclamant une "zone verte".

À Varsovie, les rives de la Vistule sont redevenues un endroit à la mode depuis les années 2000. Le jour, les plages sont occupées par les amateurs de bains de soleil. Les feux de bois pour les grillades, autour desquels les fêtards dansent et chantent, les font briller tard dans la nuit.

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