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Bradley Manning coupable de violation de la loi sur l'espionnage

30/07/2013 01:13 EDT | Actualisé 29/09/2013 05:12 EDT
AP

Le soldat américain à l'origine de la plus importante fuite de documents de l'histoire des États-Unis, Bradley Manning, est reconnu non coupable de collusion avec l'ennemi pour avoir transmis plus de 700 000 documents gouvernementaux secrets au site WikiLeaks, qui les a mis en ligne.

La juge militaire Denise Lind, qui préside le procès sur la base de Fort Meade, au Maryland, a annoncé son verdict en début d'après-midi.

L'accusation de collusion avec l'ennemi, passible de la prison à vie sans possibilité de libération, était la plus grave des 21 accusations portées contre le soldat.

Bradley Manning a toutefois été reconnu coupable de cinq accusations d'espionnage, de cinq accusations de vol, d'une accusation de fraude informatique et d'autres infractions militaires.

Il est passible de 154 ans de prison. Les recommandations sur la peine devraient commencer mercredi.

Le procès du soldat Manning, âgé de 25 ans, avait commencé le 3 juin dernier à la base militaire de Fort Meade, au nord de Washington.

Informateur ou un traître?

Bradley Manning a admis en février avoir transmis à WikiLeaks plus de 470 000 rapports de terrain sur les guerres en Irak et en Afghanistan, 250 000 câbles diplomatiques du département d'État américain et plusieurs vidéos de terrain, alors qu'il travaillait comme analyste du renseignement militaire à Bagdad au début de 2010.

Le soldat affirme qu'il a transmis ces documents à WikiLeaks pour exposer des crimes de guerre et les mensonges de la diplomatie. Il se décrit comme un informateur, mais refuse le titre de « traître ».

« J'assume l'entière responsabilité de mes actions », avait-il dit lors d'une audition en février.

« J'avais le sentiment d'accomplir quelque chose qui me permettrait d'être en paix avec ma conscience. »

— Bradley Manning

Dans son plaidoyer final la semaine dernière, l'avocat de la défense, David Coombs, a d'ailleurs présenté le soldat comme un dénonciateur naïf, qui n'a jamais souhaité que les documents qu'il a divulgués soient vus par l'ennemi.

Le soldat affirme avoir choisi du matériel qui ne nuirait pas aux troupes ou à la sécurité nationale.

Pendant le procès, la défense a par ailleurs tenté de démontrer que les documents révélés par Bradley Manning n'étaient pas d'ordre confidentiel. Les avocats du soldat citent en exemple le cas d'une vidéo de 2007 montrant un hélicoptère américain tuer huit civils à Bagdad, dont un photographe de Reuters et son chauffeur.

Stratégie du procureur

Pendant le procès, le procureur a fait témoigner un membre du Pentagone, qui a déclaré que cette vidéo révélait des tactiques et procédures militaires secrètes.

Le procureur a qualifié Bradley Manning de pirate anarchiste et de traître qui a divulgué des informations classifiées qu'il était chargé de protéger, en sachant qu'elles seraient vues par Al-Qaïda. Il a aussi tenté de montrer que le chef de l'organisation terroriste, Oussama ben Laden, avait obtenu des copies de certains documents publiés par WikiLeaks avant d'être tué en mai 2011.

Informations volées

Pendant le procès, l'expert du département d'État Nicholas Murphy a indiqué que, selon lui, au moins 117 des 250 000 documents révélés contenaient des informations confidentielles « volées » au gouvernement américain.

Selon lui, 96 documents portaient le sceau « confidentiel » et au moins 21 autres étaient identifiés comme « secrets » lorsque le soldat Manning les a donnés à WikiLeaks.

Le procureur tentait, avec ce témoignage, de prouver que le soldat Manning a consciemment publié des informations classées secrètes.

Liens avec WikiLeaks

Le procureur a aussi tenté de prouver que le lien entre WikiLeaks et Bradley Manning est plus fort que ce que le jeune soldat raconte et qu'il répondait directement aux demandes des dirigeants de WikiLeaks.

Bradley Manning a admis avoir livré les documents à WikiLeaks, mais a toujours déclaré l'avoir fait selon ses propres conditions.

Si des liens serrés entre le soldat américain et les têtes dirigeantes du site sont prouvés, cela pourrait aider le procureur à prouver que Bradley Manning a « aidé l'ennemi ».