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Déraillement en Espagne : le conducteur accusé de 79 homicides par imprudence

28/07/2013 05:36 EDT | Actualisé 27/09/2013 05:12 EDT

Le conducteur du train qui a déraillé mercredi en Espagne a été accusé de 79 homicides par imprudence, après avoir été entendu par un juge dimanche au tribunal de Saint-Jacques-de-Compostelle. 

Après une audition de deux heures devant le juge, Francisco José Garzon Arno, 52 ans, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le juge a évalué qu'il n'existait pas « de risque de fuite ni de destruction de preuves ».

Le magistrat lui aurait retiré son passeport et exigé qu'il se présente à lui une fois par semaine en attendant son procès.

Selon le quotidien espagnol El Pais, il aurait avoué avoir fait preuve d'« imprudence » en cour. Plus tôt cette semaine, le conducteur avait refusé de parler aux enquêteurs.

L'accident a fait 79 morts et 177 blessés. Le bilan de la catastrophe s'est alourdi dimanche, après le décès d'un blessé. Une trentaine de passagers sont toujours dans un état critique. Les autorités ont annoncé que les corps ont tous été identifiés. 

Des funérailles solennelles sont prévues lundi soir. 

Une erreur humaine?

Lors de l'accident de mercredi, les huit voitures du train transportant 218 passagers se sont violemment renversées dans une courbe, certaines frappant un mur. Du carburant diesel a également déclenché un incendie.

En entrevue, un passager américain blessé dans l'accident a déclaré avoir vu un écran de télévision dans le train indiquant que le conducteur roulait à 194 km/h quelques secondes avant le déraillement.

À cela s'ajoute la retranscription d'une communication radio rendue publique par El Pais dans laquelle le conducteur Garzon admet qu'il circulait à 190 kilomètres à l'heure. La limite de vitesse à cet endroit est de 80 km/h.

Le gestionnaire du réseau ferroviaire Adif a assuré que le chauffeur avait reçu des alertes sur la voie l'incitant à ralentir, tandis que le président de la Renfe, la compagnie de chemins de fer espagnole qui l'emploie depuis 30 ans, a insisté sur la parfaite connaissance qu'il avait de la ligne.

Des enquêteurs examinent les boîtes noires du train, mais ils n'ont pas encore révélé la vitesse à laquelle celui-ci circulait au moment du déraillement.

Selon un des premiers témoins arrivés sur les lieux après la catastrophe, le conducteur blessé tenait des propos désespérés au moment d'être évacué. « Je veux mourir, je veux mourir, je ne veux pas voir ça », aurait-t-il clamé.

À la défense du conducteur

Le syndicat des conducteurs de train dénonce la façon dont est traité Francisco José Garzon, reprochant à la police de s'appuyer sur des informations non vérifiées. « On l'a emmené, menottes aux poignets, c'est quelque chose qu'on ne peut pas faire comme cela », a déclaré le porte-parole du syndicat Santiago Pino.

De leur côté, certains commentateurs tentent de minimiser la responsabilité de Garzon. Le quotidien La Vanguardia dénonce par exemple la possibilité que le contrôle de la vitesse du train reposait entièrement sur le conducteur à l'endroit où l'accident s'est produit.

« Je crois vraiment qu'il y a eu quelque chose qui ne tournait pas rond avec ce train, ce n'est pas possible que le conducteur soit le seul fautif », soutient la commerçante Dolorès Mato, qui tient boutique près de la cathédrale.

Mais pour Julio Gomez-Pomar, patron de la société des chemins de fer espagnols, l'hypothèse d'une défaillance du système de sécurité « n'a pas beaucoup de sens ». Le ministre espagnol de l'Intérieur, Jorge Fernandez, avait d'ailleurs déclaré samedi qu'il existait suffisamment de preuves pour porter des accusations contre le conducteur.

 

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